‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 314 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCLXXI · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCLXXI

vœu des populations, les journalistes sont-ils si coupables de Texprimer et de le provoquer?

Mgr Dupanloup dit avec bonheur : « Oui, ô très chers fils, nous pourrons rendre au Père commun des fidèles un bon et consolant témoignage de la dévotion du diocèse d'Orléans à la très sainte Vierge. Nous pourrons lui attester le pieux et inébranlable attachement de vos esprits et de vos cœurs à tous les privilèges que le sens commun de TÉglise reconnaît à l'incomparable Reine du ciel. »

Le sens commun de l'Église! Voilà une phrase digne d'un grand théologien. Ce sens commun est une des sources aux~ quelles on va demander les vérités révélées, quand tous les fidèles croient la même chose; quand, par exemple, ils acclament l'infaillibilité du Pape, il ne se peut pas que ce ne soit point là une vérité révélée du Seigneur Dieu qui se manifeste aussi, nous dit saint Augustin, par les voies ordinaires, à l'esprit de chacun.

Nous aurions cru que l'Évêque d'Orléans, arrivé à Rome, au lieu de blâmer les journalistes, les aurait vivement félicités de lui avoir procuré une si grande consolation. Mgr Dupanloup est en effet de ceux qui croient à l'infaillibilité pontificale. Il déclare à plusieurs reprises, en y mettant une insistance toute particulière, qu'il ne combat pas la doctrine de l'infaillibilité, mais qu'il soutient qu'il est inopportun de la définir dogmatiquement.

Soit! Mais alors pourquoi, au lieu de redire à son clergé ce qu'il lui avait dit, quelques années auparavant, à propos du dogme de l'Immaculée Conception : « Nous pourrons rendre au Père commun des fidèles, un bon et consolant témoignage de votre attachement aux privilèges que le sens commun de l'Église reconnaît à la Chaire de saint Pierre en acceptant l'infaillibilité du Vicaire de Jésus-Christ, » déclare-t-il qu'il n'est pas opportun de parler de ce point de doctrine et de le définir comme dogme de foi?

Nous ne voyons vraiment pas la force des arguments du Prélat. En tout cas, ils sont tous réfutés parle mandement oti il

sollicite la définilioa du dogme de rimmaculée Gonceplion. Le Concile de Trente, dit-il, n'a pas défini Tinfaillibilité du Pape. — Le Concile de Trente n'a pas non plus déiini Tlmmaculée Conception. — L'Église a bien vécu dix-huit siècles sans la définition de Tinfaillibililé. — Elle a bien aussi vécu autant de siècles sans la définition de l'Immaculée Conception. — Mais les protestants et les schismatiques ne s'éloigneront-ils pas davantage du Catholicisme, si on leur proppse un nouveau dogme de foi? — Pourquoi n'en aurait-il pas été de même pour le dogme de Tlmmaculée Conception ! Est-ce que, par hasard €e dernier dogme n'éloignait pas encore plus de nous les hérétiques et les schismatiques? Et pourtant Mgr Dupanloup luimême a signalé les conquêtes extraordinaires de l'Église dans ces derniers temps, et fait remarquer qu'après la proclamation de ce dogme Londresprotestante et Constantinople schismatique et mahométane ont de nouveau entendu le son de nos cloches. Mais ne sortons pas des limites que nous nous sommes tracées. Nous n'avons pas la témérité de vouloir, dans cet article, réfuter 1 Évêque id'Orléans; notre but est simplemeut de défendre notre journal. Nous sommes pour la définition dogmatique de l'infaillibilité du Pape. Les plus humbles des enfants de TÉglise catholique, nous confessons notre foi, les traditions de nos ancêtres et le sens commun de la chrétienté, et nous invitons le peuple chrétien à élever la voix, à faire connaître sa croyance aux Pères du Concile. Dire que le Pape, le Vicaire de Jésus-Christ, comme la foi nous l'enseigne, n'est pas, d'après cette même foi, infaillible quand il parle comme Vicaire de Jésus-Christ, c'est faire violence et à nos cœurs de fils et à notre raison.

Page 1