LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX
lorsqu'il parle, écrit ou fait imprimer sur des matières étrangères à la foi ou à la morale ; ni s^il jouit de ce privilège lorsque, sur des matières qui touchent à la foi, il parle, écrit ou fait imprimer, mais simplement en qualité de docteur ou écrivain privée comme tout autre théologien, moraliste ou canoniste catholique, sans aucune intention d'obliger TÉglise.
Il est encore moins question de savoir si le Pape est impeccable. On ne rencontrerait pas un homme jouissant de quelque autorité qui hésite un instant à rejeter de pareilles extravagances, mises en avant pour troubler les esprits et obscurcir la vérité. Mais il s'agit de savoir :
Si le Pape, lorsqu'il décide solewiellement, c'est-à-dire comme docteur universel de f Église, sur une question relative à la foi ou à la morale ou, en dC autres termes, sur une question appartenant au domaine de la révélation chrétienne, peut être sujet à l'erreur et imposer aux fidèles une fausse doctrine.
L'école romaine croit et enseigne que, dans ce seul cas et en vertu de l'assistance divine, le Pape est infaillible ; les écoles gallicane, fébronienne, janséniste, régaliste, le nient. En qualifiant cette doctrine de romaine^ je ne prétends point qu'elle no soit enseignée qu'à Rome ; de même quand j'appelle la doctrine contraire gallicane^ je ne veux pas dire qu'aujourd'hui elle soit soutenue par la très grande majorité des membres de cette illustre Église qui a donné en tout temps et donne encore aujourd'hui au Saint-Siège tant de preuves si éclatantes de son attachement, de son dévouement. En France aussi les noms de saint Thomas, de Bellarmin, de saint Alphonse de Liguori sont en honneur et il y a bien peu de séminaires où Ton n'étudie pas les livres de ce dernier auteur, de ce docte et saint écrivain qui ne craignit pas de déclarer erronée et presque hérétique la doctrine qui fait le Pontife romain faillible, même lorsqu'il décide solennellement en matière de foi.
De fait, cette doctrine n'est pas encore définie ; elle appartient à cet ordre de vérités qu'on peut nier sans, pour cela, se séparer formellement de l'Église, sans être hérétique, mais non toutefois sans encourir la note de témérité. Il y a en efi'et dans
l'échelle des doctrines de TÉglise bien des gradations : tel point peut être librement nié ou affirmé, tel autre au contraire jouit d'une si grande autorité, qu'une àme catholique, libre de préjugés, ne peut hésiter un instant à Tadmettre, sans manquera Tamour que tout homme doit à la vérité, à la vérité religieuse surtout. Mais enfin, cette doctrine si importante n'a pas encore reçu la consécration dogmatique.
Un très grand nombre de fidèles de toutes les parties du monde, des Évèques de très haute autorité, en France et en Allemagne, les Métropolitains de Belgique et d'Angleterre, plusieurs conciles particuliers ont demandé une solution définitive, sans appel de la question. Nous exposerons plus bas les raisons sur lesquelles ils s'appuient.
Des voix hostiles se sont aussi élevées; signalons entre autres celle de Mgr Muret, Eyèque de Sura in pariibus infide- Hum, et surtout celle, bien autrement autorisée, de Mgr TÉ vèque d'Orléans. Les journaux à leur tour n'ont pas tardé à s'occuper delà question. Comment les en eût-on empêchés? Il y avait là une nécessité contre laquelle il eût été insensé de vouloir lutter; bonne ou mauvaise, bienfaisante ou funeste, la presse joue un rôle considérable à notre époque et mieux vaut l'accepter, s'en servir même, que de s'en plaindre inutilement. Pour la mauvaise presse et la bonne, je le sais, les conditions sont loin d'être égales.
Le journaliste catholique doit se résigner à de grands sacrifices; s'il veut être romain dans toute la force du terme, il lui en faut faire de plus considérables encore. Celui qui consent à brûler quelques grains d'encens sur l'autel de la Révolution, i employer les formes, les procédés, les maximes du libéralisme, un peu mitigés, un peu christianisés pour les rendre acceptables aux hommes qui trouveraient trop amère la vérité pure, la vérité entière, celui-là peut espérer quelque indulgence et parfois des applaudissements. Nous tenons pour des alliés dangereux les esprits de cette trempe; les ennemis de la foi chrétienne voient en eux des adversaires moins décidés; ce ne sont peutêtre pas, suivant l'expression de Mgr TArchevêque de West-