‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 333 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT CCLXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT CCLXXIX

Jes circonstances : tout ce qu'on peut dire c'est qu'elles revêtent le caractère de jugements solennels.

11 est impossible, ai-je dit, d'en fixer exactement toutes les formes; ici le Janvs, les Bemerkungen et la lettre de Mgr d'Orléans triomphent.

Donc, si l'on ne peut les déterminer, s'écrient-ils tous les trois, on ne saura jamais, d'une manière certaine, si le jugement est dogmatique, s'il oblige. Pour rassurer les fidèles il faudrait établir bien nettement, une fois pour toutes, à quels caractères se reconnaît un pareil jugement.

On conçoit parfaitement qu'on puisse fixer, déterminer les règles de procédure que devra suivre en tout temps, hors des époques de révolution, la cour de cassation de Paris. Ce tribunal, sous la protection puissante d'une grande nation, fonctionne avec la régularité d'un chronomètre. Pour le Pape, il n'en va pas de même. Évidemment un homme revêtu d'une charge aussi redoutable, appelé à résoudre les problèmes les plus difficiles, les plus élevés, aura recours à ces nombreux auxiliaires et conseillers dont l'Église l'a toujours entouré. Bien plus, c'est un devoir pour lui de les consulter. De fait, tous les Papes s'y sont soumis ; ils le témoignent du reste dans leurs décisions : De consilio venerabilium filiorum nostrorum, S. R. Ecclesi^ Cardinalmm... venerabilium fratrum noslrorum Episcoporum,.. Jamais aucun Pontife ne s'est acquitté de cette obligation plus religieusement, plus strictement que Pie IX dans sa dernière définition dogmatique. Mais il est impossible, pour les raisons précédemment indiquées, d'obliger le Pape, par une loi formelle, stricte, à consulter ces conseillers, d'en fixer le nombre, de déterminer leurs attributions. En France, la cour de cassation qui a autour d'elle un puissant rempart de 600,000 baïonnettes, peut agir en tout avec maturité et circonspection. Les Papes, au contraire, n'ont d'autre protection que la seule Providence, et encore permet-elle souvent qu'ils soient persécutés, délaissés et même enchaînés et exilés. De grâce, quelles solennités préalables, dites-moi, auriez-vous voulu imposer aux pauvres Pontifes Pie VI et Pie VII, enfermés

soit à Valence, soit à Savone, soit à Fontainebleau? Ils étaient séparés du monde et condamnés à ne voir que six ou sept misérables Prélats français et italiens vendus au gouvernement impérial. Ce sont là, me direz-vous, des situations exceptionnelles. — A mon avis, elles ne sont déjà pas si rares. Soixante Papes environ connurent ces extrémités. Supposons maintenant que dans de semblables conditions il soit nécessaire de définir quelque principe de foi; irons-nous rejeter le jugement d'un Pape confesseur de la foi, par cela seul qu'il n*a pu prendre Tavis des Évèques ou même des Cardinaux?

Enfin, qu'est-ce donc que le Pape? N'est-il pas, par luimême, le véritable, le légitime, le suprême maître et docteur, comme Ta défini le Concile de Florence, comme Ta reconnu rÉglise, à travers tous les âges? Est-ce à lui, oui ou non, que le Christ a dit : Tu es le fondement sur lequel je bâtirai mon Église? Solide fondement, en vérité, quand celui dans lequel réside toute la force, toute la puissance, fléchirait et céderait! N'estrce pas à lui que le Christ a ordonné de confirmer les Apôtres, ses frères? Singulière façon de les confirmer que de les égarer par un jugement erroné sur ce qui constitue la première et la suprême raison de leur mission !

C'est un dogme nouveau, dites-vous. Nouveau? Mais depuis dix-huit cents ans l'Église obéit au Pape, elle vénère en lui son juge suprême, regardant comme hors de son sein quiconque repousse les décisions qu'il a rendues. Hé quoi ! ce serais une nouveauté de lui attribuer une prérogative qui est la conséquence logique, nécessaire de prémisses que tout catholique est tenu d'admettre? Seize cent quatre-vingt-douze ans avant que Mgr Dupanloup publiât sa lettre, un grand et saint Évêque de son pays écrivait un livre où on lit textuellement ce qui suit ' : « C'est avec cette Église (romaine), à cause de sa dignité supérieure, que doivent nécessairement {necesse est,

{ . Ad hanc enim Ecclesiam (Romanam) propter potentiorem principalitatem necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est eos qui sont uodique fidèles, in qua semper ab his qui sunt undique conseryata est ea quse est ab Apostolis traditio. «(S. Irbx., Contra hœreses. — Edidit Stiercn, apud Weigel, Lipsiœ, 1853; lib. III, p. 142.)

Page 1