‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 334 sur 536 · VII. Dogme nouveau · texte numérisé non relu

VII. Dogme nouveau

Voilà le grand argument mis en avant par Mgr Maret au chapitre iv du livre V® de son ouvrage, et par Mgr d'Orléans dans Ja première partie de sa lettre. L'accord entre les deux écrivains est complet; ce sont les mêmes idées, parfois les mêmes expressions. « Pour définir le dogme nouveau il faudrait en démontrer clairement l'étroite connexion avec la sainte Écriture; car il a évidemment contre lui la Tradition. Pendant au moins dix siècles, le privilège en question est resté ignoré d'une foule de saints personnages, des plus grands docteurs; les Conciles œcuméniques ne l'ont pas tous respecté, ni pris en considération. »

Dogme nouveau! Voilà la grande objection d'il y a quinze ans contre la dernière définition dogmatique; que dis-je, c'est celle que firent, il y a quinze cents ans, les eusébiens aux Pères orthodoxes du premier Concile de Nicée, — « 'Oîxoou<jtoç, cela ne se trouve pas dans l'Écriture, c'est un mot nouveau I » s'écrient de concert Eusèbe de Nicomédie, Téognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Théodore d'Héraclée et treize autres qui par la suite se réduisirent à trois. — Derrière eux se tenait l'éloquent et souple Eusèbe de Césarée, tout occupé à jeter, entre l'erreur et la vérité, ce fameux pont que de nos jours aussi on voudrait établir. Après qu'on eut proclamé à Nicée le dogme îiouveau, de l'ôfxoouacoç, c'est-à-dire de la consubstantialité du Fils avec le Père, on promulgua à Constantinople le dogme nouveau de la ffU{jLicpo<jxuv^(m ou de l'égale adoration due au Saint-Esprit; ensuite on défiuitàÉphèsele Oeoroxoç (Deipara), à Chalcédoine l'Ix 8iK>(puaéa>v (de deux natures), puis enfin, dans les Conciles suivants le xal Ut6\jtjioij(/iiioque) et la transsubstantiation ; toutes définitions de dogmes nouveaux^ comme l'affirment les nestoriens et les

monophysites 'depuis quatorze siècles, les Grecs depuis dix, et M. Ffoulkes depuis six mois. Aussi, ce dernier, bon catholique, il le dit, voudrait-il qu'on les abandonnât tous pour revenir au symbole de Nicée. Quoi! des dogmes nouveaux? Mais tout enfant catholique sait que l'Église n'invente pas de nouveaux dogmes, qu'elle se contente de les définir, de les expliquer, de les promulguer; il sait aussi que, gardienne et interprète de l'immense et riche dépôt de la révélation divine, elle peut arriver à dégager des conclusions de prémisses existant dès l'origine, mais qui, n'ayant pas encore été contredites, manquaient de netteté et de précision dans la forme. Avant le Concile de Nicée, les Pères croyaient à la consubstantialité du Fils, comme nous y croyons; mais, quand le sophiste Anus, avec ses phrases à double entente, laissa douter s'il tenait le Fils pour créateur ou pour créature, ils jugèrent nécessaire de lever toute équivoque, de là ce mot fameux de consubsiantieL Les plus anciens elles plus illustres des Pères, Alhanase S Basile ', Ephrem ', Grégoirede Nysse*, Cyrille *, Epiphane • ont enseigné que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils ou du Père par le Fils, et cependant ce mot Filioque ne se trouvait pas dans le Symbole; il y fut introduit lorsque les byzantins nièrent l'antique doctrine.

L'Église ne pouvait-elle le faire, et aujourd'hui encore ne lui est-il pas permis de tenir la même conduite? Serait-elle donc une plante morte, incapable de produire aucun fruit? N'est-elle pas plutôt un corps plein de vie, agissant, fécond, une maîtresse assistée de Dieu, toujours enseignante, toujours visible? Osera-t-on prétendre qu'elle a épuisé le trésor de ses doctrines? Avait-elle, oui ou non, le droit d'ajouter au symbole des Apôtres, le symbole de Nicée, puis celui de Constantinople, enfin celui de saint Athanase que même les sectes protestantes

i. Contra arianos, orat. i, 49, 50. -

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