LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX
Aussi, la définition de Tinfaillibilité était-elle dans TÉglise universelle l'objet d'un vœu ardent.
« Mais le Pape, dans ses allocutions, n'en a pas parlé! » A cela je réponds que les Pontifes n'ont pas l'habitude d'indiquer rigoureusement tous les décrets à rendre S'il l'avait fait en cette circonstance, n'aurait-on pas proclamé bien haut que c'était violer la liberté des Pères du Concile. Il suffit d'un article dans les colonnes de deux journaux pour qu'on s'écrie : Quelle liberté laissent dès à présent de telles discussions menées de cette façon par le journalisme? Jugez ce qui serait advenu si le Pape avait clairement dit quelle décision il fallait prendre !
Mais, est-il bien vrai que les deux allocutions par lesquelles le Pape convoque le Concile ne renferment rien à ce sujet? Après avoir rappelé dans celle du 26 juin 1867 les célèbres paroles : Ego rogavi pro te, ut non deficiat /ides tua, le Saint- Père cite le texte de saint Léon : Specialis cura Pétri a Domino suscipitur, et pro Pétri fide proprie supplicatur tanguam aliorum certior sit futura, si mens principis victa non fuerit? (lib. III, in Anniv. Assump.)
Dans la seconde, il parle de definitionem judiciorum suorum in cœlis mansuram, et dans l'une et l'autre il invite les Évoques à fortifier supremam hujûs apostolicœ Sedis auctoritatem, si odieusement insultée, foulée aux pieds. Ce n'étaient que des indices, mais ils suffisaient à montrer vers quel but le Pontife voulait voir se diriger l'esprit des Pères; dies paroles plus précises eussent été un commandement, ce commandement il ne voulait pas, il ne devait pas le donner.
Oui, le Pontife suprême invite les Évèques de toute la terre à venir soutenir, raffermir son autorité. Ce n'est pas dans son intérêt qu'il les convie, mais dans celui de l'Église, dans le leur propre, car l'autorité du Pontife, une fois affaiblie, il ne reste* rait plus, à eux aussi, que César et son épée.
Le sort de l'Église grecque et russe, celui de l'Église anglicane et Scandinave en sont la preuve.
Les Papes qui sauvèrent l'Église des mains des Barbares, dans le v® et le vi* siècle ; des empereurs byzantins, dans
tiiS LE CONCILE DU VATICAN.
le vu* et le vin*'; des empereurs d'Allemagne, dans le xi* et le xu®; des rois de France, au xiu® et au xiv®; de la réforme protestante, auxvi^ de Napoléon, au siècle passé et dans le nôtre ; les Papes prient de nouveau les Évêques de les aider en ce péril extrême ; ils n'ont pas à espérer d'autre secours icibas. Vers qui se tourneraient-ils? Où trouver encore sur la terre, en dehors de l'Église, la fidélité et la justice? Paul III put bien en appeler aux Princes. Pie IX ne le peut plus : les bons catholiques me coniprendront.