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LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX

puissant protecteur. Les Papes reviennent, mais il n'en va pas toujours de même des rois et des empereurs.

Les grecs et les protestants savent bien qu'ils trouveront toujours les portes de notre Église ouverte et dans le cœur du Saint-Përe et dans le nôtre une ardente charité, une indulgence qui, à regard de TÉglise grecque, touche cette extrême limite au delà de laquelle commence Thérésie. A cette Église on accordait une entière liberté, on validait jusqu'à ses canons disciplinaires qui s'éloignent le plus des nôtres. Les meilleurs d'entre eux le reconnurent et ils vinrent à nous, les uns à Constantinople, les autres à Lyon ou à Florence. De temps en temps on a vu un Patriarche, un Évêque, touché par l'esprit de Dieu, se réconcilier encore avec l'Église. Mais, aujourd'hui, les hommes qui tiennent dans leurs mains le sort de l'Église orientale se sentent-ils même le plus faible désir de suivre cet exemple? Nous l'ignorons, disons mieux, nous sommes certain du cou* traire. Le schisme n'a-t-il pas cruellement détruit la hiérarchie catholique dans la malheureuse Pologne, après y avoir commis des atrocités qui ne provoquèrent pas un mot de blâme de la part de la diplomatie des souverains catholiques? En revanche, quelques communes roumaines, impatientes du joug des exécuteurs juifs, trouvèrent cette diplomatie toute disposée à partager leurs colères. N'a-t-on pas entravé par toutes sortes d'artifices et de violences la conversion des Bulgares, si heureusement commencée? Ne savons-nous pas que dans tout l'Orient le schisme et l'hérésie sont fraternellement unis pour détruire jusqu'aux derniers vestiges de ces glorieuses Églises dont le seul nom fait battre si fort tout cœur catholique ^ Le pope avec ses roubles russes et le pasteur anglican avec ses bibles et ses intérêts commerciaux tendent par des routes diverses au même but. Leurs desseins se résument en deux mots : « A bas le Pape ! » Sans doute on ne renverse pas d'un seul coup une autorité dix-huit fois séculaire, mais on espère y

i. On sait à quelles violences fut en butte le vénérable Patriarche arménien schismatique de Gonstantinople qui voulait venir au Concile, et comment elles furent provoquées.

arriver peu à peu. Toutes les mesures sont prises : « Les jours de la Papauté sont comptés, » lit-on dans une infinité d'opuscules allemands, anglais et français qu'il serait fastidieux de citer.

Quelle doit être la conduite des catholiques dans ce moment décisif? Celle des soldats à l'heure de la bataille. Nos armes sont la prière, une entière soumission aux Évéques et au Pape, leur chef. Nous prierons aux portes du Concile; mais il faut que, de leur côté, ceux qui les franchiront, comme c'est leur droit et leur devoir, laissent sur le seuil leurs passions^ leurs sentiments personnels, pour s'absorber dans cette seule et grande pensée : sauver l'Église. Nous ignorons quel sera, sur la question qui nous occupe, le jugement suprême porté; nous ignorons même si cette question sera posée ; mais nous avons la très ferme conviction que si, contrairement aux prévisions de Mgrl'Évêque d'Orléans, on vient à la résoudre, elle n'empêchera pas le retour d'un seul grec, d'un seul protestant vraimeot désireux de rentrer dans le sein de l'Église. S'il en était autrement, comment expliquer la présence parmi les champions de l'infaillibilité de Mgr l'Archevêque de Westminster, un converti lui-même et qui séjourne au milieu de protestants dont un grand nombre lui doivent plus qu'à tout autre peut-être leur retour à l'Église. Comment expliquer le zèle que témoignent pour cette doctrine les Évéques irlandais et américains, qui, eux aussi, vivent parmi les chrétiens dissidents? Comment se fait-il que quarante-sept de ces derniers, réunis à Baltimore, il y a trois ans, en un grand concile, aient pu souscrire ces paroles : Diviiia eloqiiia eo plane sensu sunt accipienda^ quem tenuit ac tenet hxc Romana beatissimi Pétri Cathedra^ quse omnium Ecclesiarum mater et magistra fidem a Chrisio Domino traditam integram inviolatamque semper servavit, eamque fidèles edocuity omnibus ostendens salutissemitam et incorruptse veritatis doctrinam\f Comment des hommes de tant de science, de zèle,

1. Ex encyclicaPii PapselX, 9 noyemb. 1846. (Concilii plen. Baltim. n, 1866, tit. II, de Hierarchia.)

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