LIVRE III, DOCUMENT GCLXXIX
question. Il est bon de se rappeler ici, en passant, qu'au Yii^ siècle, il n'y avait pas de communications postales bien régulières, qu'il n^ avait ni télégraphes, ni voies ferrées, ni imprimerie, mais qu'au contraire il existait de nombreux barbares, de nombreux faussaires, tout autant de causes d'une foule de fraudes de toutes sortes, d'où difficulté de connaître exactement ce que tel ou tel personnage avait pensé, voulu, ou même écrit. Le Pape Honorius, partisan à tout prix de la conciliation, ordonna à Sophrone de garder le silence sur la question de deux opérations, c'est-à-dire sur un point de foi orthodoxe, tant que Sergius n'agiterait pas l'opinion d'une seule opération. D'un autre côté, il recommandait à Sergius de faire observer le même silence par tous ses adhérents. Fit-il bien en agissant de la sorte? Personne n'oserait le soutenir. Peut-être jugea-t-il que la discussion était futile et devait tomber d'ellemême dans l'oubli; peut-être aussi négligea-t-il de se renseigner sur la matière véritable du litige, ou bien encore espéra-t-il que le calme et le silence pourraient un jour ramener les monophysites à l'Église? — Pauvre Pontife! il ne comprit pas suffisamment combien les droits de la vérité sont éternels et inviolables et de quelle faute se rendent coupables en gardant le silence ceux dont la mission est d'enseigner cette vérité.
Mais peut-on conclure de là qu'il ait décrété solennellement l'hérésie? Non ! Le principal chef d'accusation, ses deux lettres à Sergius, subsiste encore; en les lisant nous constatons qu'au fond le Pontife y professe la doctrine orthodoxe, mais que peut-être ne l'exprime-t-il pas avec la clarté voulue et en termes bien nets. Cependant on ne peut nier Torthodoxie de cette phrase de sa première lettre : « Malgré la double nature duChrist, iln^y a qu'une seule personne qui opère : Jésus-Christ; il opère ce qui est divin et ce qui est humain par le moyen (ctoc) de deux natures. » La seconde lettre est encore plus claire : «Nous confessons quelesdeux natures en Jésus-Christ opînTnt et agissent chacune avec la participation de l'autre, la ualure divine opérant ce qui est do Dieu^ la nature humaine opérant