LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX
(c Mais alors, comment se fait-il que le sixième Concile œcuménique ait dit anathëme à Honorius et inscrit son nom à côté de ceux des hérétiques? »
Les actes du sixième Concile œcuménique nous sont-ils parvenus dans leur intégrité? ou plutôt n'ont-ils pas été altérés par Tartitice des Grecs? C'est là, répondrons-nous, une question à débattre. L'hypothèse d'une falsification est admise par Baronius et Pagi; ils pensent que les Grecs ont remplacé le nom de Théodore, qui figurait primitivement sur ces actes, par celui d'Honorius; car ces deux noms, écrits en onciale grecque ont une assez grande ressemblance. Â cette date, les falsifications étaient très fréquentes, et bien peu de monuments dans l'antiquité ont été respectés. Le sixième Concile œcuménique dut consacrer trois sessions (les 3®, 12^ et l¥) k vérifier l'authenticité des actes du cinquième Concile tenu un siècle auparavant, dans la même ville, et à examiner s'ils n'avaient pas été altérés. Mais supposé que ces actes soient entiers, que le Concile ait réellement déclaré Honorius hérétique, qu'il lui ait dit anathème, eh bien alors, cela prouverait combien l'antiquité grecque avait en horreur l'hérésie, puisqu'elle donnait le nom d'hérétique et disait anathème même à ses moindres fauteurs ; nous savons par le Pape Léon II, qui approuva le Concile, dans quel sens il cou' firmale décretrelatif à Honorius : « C'est, écrit Léon aux Évèques d'Espagne, parce qu'Honorius n'a pas étoufi'élaflanmie du dogme hérétique dès son origine, comme le demandait la majesté du Siège apostolique, mais qu'il fa favorisée par sa négligence '. »
Ou encore parce que, comme l'écrit le même Pape au roi Egfrid : « Honorius a laissé souiller la règle immaculée de la tradition apostolique qu'il avait reçue de ses prédécesseurs'. » Le Pape Honorius n'est donc coupable ni d avoir suscité et entretetiu la flamme de t hérésie; ni d avoir terni la foi, mais d avoir permis qu'elle fût profanée.
1. Cum HonoriOy qui ftammam hdêretici dogmatis, non, ni decuit apostolicam atictoriiatem, incipientem extinxit^ $ed negligendo confovU.
2. Honorius qui immacidatam apostoliccB Sedis regulam, quam a prœde* cessoribus suis accepit, maculari consensit.
Où donc voyez-vous même l'ombre d'un jugement solennel et erroné en matière de foi?
Arrive enBn Pascal II. Les contradicteurs de rinfaillibilîté se sont peu occupés de lui; car, à vrai dire, cet infortuné Pape n'a pas, que Ton sache, défini ou traité la moindre question de foi.
(( Mais, dit Mgr d'Orléans, un Archevêque de Vienne (dans le Dauphiué), qui devait plus tard monter lui-même dans la Chaire de saint Pierre sous le nom de Galixte II, déclare dans un Concile, que la concession faite par le Pape & Tempereur Henri Y, impliquait une véritable hérésie : hœresim esse judicavimus, »
Cela prouve tout simplement, que TArchevéque et le concile de Vienne ont très mal jugé les choses. Cette question des investitures, qui se débattait entre Pascal et l'Empereur, n'intéresse nullement la foi, et par conséquent n'offre matière à aucune hérésie possible
Apprenons-le à ceux qui l'ignoreraient : les deux fléaux de Dieu, Henri IV et Henri V, empereurs d'Allemagne, voulaient faire leur règne du règne de Dieu (tentative qui se renouvelle aujourd'hui) ; ils conféraient les Évêchés et les abbayes à leurs protégés ou plutôt à ceux qui payaient davantage. Sans s'occuper beaucoup de l'Église et du Pape, ils leur donnaient l'investiture, c'est-à-dire la possession du bénéfice, avec l'anneau et le bâton pastoral, symboles de la juridiction ecclésiastique. Saint Grégoire VII aval t courageusement combattu cette absurde prétention, mais il était mort en exil, après s'être échappé miraculeusement des mains de Henri IV qui assiégeait Rome. Le fils de Henri, bien digne d'un tel père et le résumé fidèle de toutes les iniquités, continua à persécuter l'Église. Pascal II partageait bien les mêmes convictions que Grégoire, mais il n'avait pas le même courage. L'empereur Henri, voyant qu'il ose lui résister, s'avance vers Rome," à la tête d'une armée et s'en empare. Il jette en prison le Pape et les Cardinaux, pille les églises et les demeures particulières, à l'exemple de tant d'autres, avant et après lui, et comme beaucoup encore voudraient le faire de nos jours. Le peuple romain (celui d'autrefois) se soulève et cliassc les Allemands, qui, campés hors des murj*.