LIVRE III, DOCUMENT GGLXXIX
de la déclaration de 1682. Eh bien, supposons que le Pape proclame par un décret solennel une erreur dogmatique, toute rÉglise sera, par conséquent, obligée de l'admettre? — Nous avons, dites- vous, un remède, c'est le Concile œcuménique. — Mais si le Concile œcuménique, pour être valide et efficace, doit être convoqué, dirigé, présidé et confirmé par le Pape, nous tombons évidemment dans une pétition de principe.
Pour les hommes de peu de foi^ il y a là aussi, me semblet-il^ matière à de sérieuses difficultés. Pour les gens, au contraire, dont la foi est profonde, bien raisonnée, la croyance à l'infaillibilité est chose toute simple, toute naturelle; si Dieu, pensent-ils, a préservé de Terreur les Prophètes et les Apôtres afin de leur permettre de nous enseigner exactement sa loi et sa doctrine, pourquoi ce môme Dieu ne pourrait-il pas veiller sur celui qu'il a chargé de gouverner et d'instruire cette Église qui conserve et transmet cette loi et cette doctrine? Ce serait un miracle continuel ! Sans doute; mais l'infaillibilité de l'Église n'est-elle pas aussi un miracle continuel que, pour être catholique, il faut admettre? Et ce miracle ne deviendrait-il pas encore plus difficile à comprendre si le Chef et le Maître suprême de cette Église infaillible était lui-même faillible?
Ahl pour les hommes de peu de foi, je ne vois plus que deux alternatives : il faut ou que nous les délivrions de tous les miracles, de tous les mystères, ce à quoi nous ne sommes certes pas disposés, ou qu'eux-mêmes s'humilient et prient. L'humilité leur apprendra que dans les choses de Dieu et de son Église, on ne procède point avec l'équerre et le compas, mais par la recherche de la vérité, recherche qui est à la fois modeste, pénible et profonde; elle leur enseignera que ce n'est pas seulement dans les questions théologiques, mais même dans les vérités naturelles qu'on rencontre sans cesse des miracles et de profonds mystères ; le simple rayon de lumière, la corolle d'une fleur en est remplie ; elle leur apprendra, aux laïques surtout, à ne pas porter, jusque dans le sanctuaire, les voiles toutes gonflées de leurs opinions téméraires et à ne pas juger légèrement là où ils doivent apprendre et obéir. Et
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si Forgueil persiste à les tourmenter, qu'à deux genoux ils demandent à Dieu de vouloir bien les délivrer du plus terrible ennemi de la foi, de celui qui a transformé des anges de lumière en anges de ténèbres. — Mon Dieu ! les hommes de peu de foi s'effrayent de U infaillibilité du Pape! Mais la société civile la suppose à chaque instant, cette infaillibilité. — La loi est infaillible, l'arrêt d'une cour de cassation, d'un jury, de quelques officiers qui condamnent à mort, est infaillible; en douter est un délit, alors même que des faits anciens, ou modernes offrent la preuve de terribles erreurs. Et ici, au contraire, dans cette société que Dieu a établie sur la terre pour conduire et sauver l'humanité, où une seule erreur produirait une indicible confusion, où, après une succession de deux cent cinquante-sept Pontifes, on est contraint de glaner trois ou quatre faits douteux, que dis-je, erronés, pour démontrer que les Papes peuvent errer en matière de foi ; Tinfaillibilité, si elle était définie, serait fatale!
L'illustre Prélat suppose ensuite le cas extrême d*uQ Pape tombé dans l'hérésie. Un tel cas, répondrons-nous, ne s'est jamais présenté. A quoi bon parler d'événements, qui jamais ne se sont réalisés et qui, avec la grâce de Dieu, ne se réali* seront jamais?
Mais s'il se présentait? — Eh bien! le traité le plus élémentaire de théologie ou de droit canon nous en donue la solution. Au moment même où il est hérétique, le Pape devient un étranger pour l'Église qu'il a quittée. Il est comme mort, car l'hérésie est la mort de l'âme, ou, si vous le voulez, il est censé avoir abdiqué, car c'est renoncer à l'Église que de nier la foi.
Mais ce Pape hérétique, qui le jugera? — De fait, comme le cas ne s est pas présenté et ne se présentera très probablement jamais, on n'a pas songé à désigner de tribunal. Qui jugera ce Pape hérétique? Tout Évêque, tout fidèle» le premier venu qui le rencontrera, qui sera dans son voisinage. Dans un cas pareil, Dieu, s'il permettait qu'un jour il se réalisât, saurait bien se montrer. Et s'il a suscité un saint Pierre