XVIII. Gloires et erreurs d'une grande nation
« Par la grâce de Dieu, l'Église de France a, depuis deux siècles, largement mérité d'être affranchie de tous les ombrages surannés. Cette Église, j'ose le dire, a été et sera toujours héroïne et martyre de l'unité. Depuis cent années surtout, il n'est pas de branche de l'arbre divin qui ait été mieux unie au tronc et à la racine ; pas de branche plus catholique, pas de branche plus apostolique, pas de branche plus romaine. »
Au moment oii il nous faut écrire et parler de la France, de ce cher pays, si glorieux et si noble, de ce pays qu'il est impossible de ne pas aimer, pour peu qu'on possède l'amour de la science, de la civilisation, de l'Église même, notre main tremble, notre cœur se trouble et le courage nous fait défaut. La France est, parmi les plus grandes nations des temps modernes, une nation catholique. Depuis la croisade dirigée par saint Louis jusqu'à la croisade toute récente entreprise contre les ennemis du Saint-Siège, elle a donné à l'Église d'admirables témoignages de générosité et de bravoure. Mais, comme dans la vie des individus et de l'humanité, nous trouvons aussi dans l'existence des nations des pages bien affligeantes que l'esprit et la main n'abordent qu'avec répugnance ; ce sont de ces pages que l'auteur nous force aujourd'hui à parcourir.
« Dans ce dernier espace de cent années, dans cette époque de l'histoire française où il n'est pas, dit-il, de branche de l'arbre divin qui ait été mieux unie au tronc », nous voyons se dérouler le drame sanglant de la Révolution qui, de France, passe en Italie, puis bientôt gagne rA.llemagne, la Belgique,
l'Espagne, celte Révolution, l'ennemie naturelle de FÉglisc catholique, qu'elle a renversée complètement en France, persécutée et dépouillée dans les autres pays.
Durant ces derniers cent ans, deux fois Tannée française a jeté des Papes en prison ; et, sous le Pontificat actuel, la France a toléré une spoliation qu'elle pouvait et devait empêcher.
Durant ces derniers cent ans encore, nous avons vu promulguer, puis mettre à exécution dans toute la France la constitution civile du clergé, qui rompait l'unité et anéantissait toute dépendance hiérarchique entre les membres de l'Église de France et le Souverain Pontife. Sans doute, le concordat signé par Napoléon vint améliorer cette situation ; mais cette convention, déjà si dure par elle-même et que l'Eglise n'accepte qu'à regret, devint un instrument de tyrannie véritable, par l'addition des articles organiques, insérés frauduleusement le jour même de sa publication. Ces articles organiques ne sont ni catholiques, ni apostoliques, ni romains; et ils en fournissent par eux-mêmes une preuve qui n'est que trop évidente.
Durant ces derniers cent ans aussi, au lieu de disparaître, les vieilles défiances du gallicanisme n'ont-elles pas survécu et même grandi. Peu avant le commencement de cette dernière période, en 1766, on im^Timala, Dé fense des quatre proposiHom de Bossuet, et une loi imposa l'obligation d'enseigner cette doctrine. De nouveau Napoléon P' en rendit obligatoire, sous les peines les plus sévères, l'enseignement dans tous les séminaires. Dans la suite, il alla même jusqu'à vouloir enlever au Pape l'élection des Évêques; avec le concours du concile qu'il tint à Paris en 18H, on le vit tenter de créer un schisme, tandis que l'un de ses ministres. Bigot de Préameneu, inondait de lois ultra-gallicanes la France et l'Italie, alors simple province française. Louis XVIII et Charles X furent aussi des gallicans, et plusieurs circulaires du ministre de l'intéri eur, des années 1818 et 1824, réitérèrent l'ordre d'enseigner les quatre Articles. Inutile de parler de Louis-Philippe. En France, le premier prêtre venu qui a connu cette époque n'en a que trop conservé le souvenir. Plus tard, nous voyons apparaître le