LIVRE III, DOCUMENT CCXVII
vérités n'en font qu'une aux yeux de Dieu. Jamais FÉglise ne s'est attribué une semblable infaillibilité. Elle n'a jamais confondu la science sacrée avec les sciences profanes, la science des choses divines avec la science des choses humaines. Elle abandonne le monde et tout ce qui n'est pas renfermé dans le domaine de la foi, in re fidei^ comme le dit Bellarmin, aux disputes des hommes, et elle n'intervient pour condamner l'erreur, que lorsque celle-ci s'attaque à la vérité révélée. Elle sert ainsi la science elle-même, la vérité ne pouvant contredire la vérité.
Mais quand est-ce qu'une vérité appartient implicitement à la foi? Et quand est-ce qu'une vérité est essentiellement et inséparablement liée avec la révélation, per se et proxime?
Quand VÉglise la juge telle^ ce qu'elle ne manque jamais de faire voir clairement.
L'Église, devant veiller à conserver dans toute sa pureté la vérité révélée, est infaillible aussi dans la condamnation des propositions qui blessent, de différentes manières, la foi et les mœurs, ou qui les mettent en péril *.
Elle est, par conséquent, infaillible en matière de faits dogmatiques ; nous disons de faits dogmatiques, car elle ne prétend nullement à l'infaillibilité en matière de faits purement personnels ou historiques, dont la connaissance dépend principalement du témoignage des hommes, ces faits n'ayant souvent aucune relation prochaine et essentielle avec la foi. Mais il est des faits qu'on appelle dogmatiques, parce qu'ils sont essentiellement et inséparablement liés à la foi : le fait de l'existence dételle erreur dans tel livre, par exemple. Si l'Église n'était pas infaillible dans le jugement d'un tel fait, il ne lui servirait de rien de condamner l'erreur, ne pouvant indiquer avec certitude où elle se trouve. Les pasteurs, divinement
i* Qu8e sunt contra fidem, yel bonam vitam, Ëcclesia non approbat, nec lacet, nec facit. » (Augustinus, Ad inquisitiones januarii, lib. II, n. 35, juxta editionem Benedictinam , epist. 55 [Migne, Patrologia lalùia, t. XXXill, col. 221].) Gonferatur lib. I, juxta éd. Ben., epist. 54.
établis pour nourrir les Ames de la vraie doctrine, seraient en ce cas dans Timpuissance de remplir leur charge, et Jésus-Christ la leur aurait confiée en vain.
L'Église est infaillible encore en ce qui concerne le culte divin et la discipline générale, parce que le culte divin et la discipline générale ont toujours des rapports intimes avec la foi et les mœurs. Si l'Église pouvait prescrire ou approuver en ces matières des choses contraires à la foi et aux mœurs, ou qui ne leur fussent pas conformes, elle jetterait inévitablement les âmes dans Terreur et les perdrait au lieu de les sauver. Or, cela ne peut être, Jésus-Christ lui ayant promis d'être avec elle jusqu'à la fin des temps. L'Église est donc infaillible en matière de discipline générale, en ce sens que ce qu'elle ordonne ou approuve généralement en cette matière, ne peut manquer d'être en harmonie avec la vérité et la morale révélées.
Nous ne pouvons passer à un autre sujet, sans avoir éclairé bien des esprits trompés sur la nature et la portée des définitions de foi. Ils s'imaginent, qu'en définissant un dogme, TÉglise impose aux fidèles une croyance nouvelle. Rien n'est plus faux. Une définition de foi n'est qu'une déclaration dogmatique d'une vérité contenue dans le dépôt de la révélation, et qui a toujours fait partie de la croyance de l'Église. L'Église n'invente jamais, elle discerne ; et quand on lui demande si telle croyance fait partie du dogme, elle répond. Sa réponse, si c'est l'hérésie qui nie, est un anathème, et, si c'est la bonne foi qui hésite, une consolation. C'est ainsi qu'à différentes époques, l'hérésie ou même la faiblesse de l'esprit humain (car il est faible aussi dans les grands hommes) a été l'occasion des déclarations dogmatiques de l'Église, et que le choc des erreurs ou des opinions a fait jaillir de la pierre sur laquelle elle est fondée, non des vérités nouvelles, mais de nouvelles clartés.
« Il ne faut pas confondre deux choses aussi différentes que celles de croire et de soutenir un dogme, » dit le comte de Maistre.
« L'Église catholique n'est point argumentatrice de sa nature : elle croit sans disputer, car la foi est une croyance par amour ^ et l'amour n'argumente point.