LIVRE III, DOCUMENT CCLXXXI
Usine une arme de guerre, que de le définir avec gravité et justice.
Vous rendez par là le Pape odieux, vous amassez des tempêtes contre TÉglise; mais qu'importe? Yous êtes catholique pur! et vous avez le plaisir d'écraser les faux catholiques^ les indignes catholiques qui ne marchent pas derrière vous.
Voilà pourquoi, Monsieur, vous vous plaisez à poser les thèses les plus exorbitantes, les plus provocantes, les thèses même de nos ennemis les plus acharnés, et dans les mêmes termes !
Yous perpétuez ainsi, vous éternisez, autant qu'il est en votre pouvoir, au milieu de nous, ces affreux malentendus qui nous dévorent, et que le prochain Concile a pour objet de dissiper.
Si votre langage était celui de tous les organes religieux parmi nous, s'il était avéré que vos doctrines sont bien nos doctrines, celles de l'Église, les haines que vous soulevez seraient aussi universelles qu'elles sont formidables : L'Église serait mise au ban des nations civilisées.
J'arrive maintenant. Monsieur, à votre campagne pour la définition dogmatique de l'infaillibilité pontificale : définition que votre zèle a résolu d'imposer au Concile. Ici, vos excès ne sont pas moindres.
Pourquoi^ le premier dans la presse française^ avez-vous soulevé cette si grave question? De quel droit vous êtes-vous permis de tracer aux Évêques un programme? II y a eu là, de votre part, intrusion dans un rôle qui ne vous appartenait pas et dont j'ai le droit, pour ma part du moins, moi Évêque, de vous demander compte.
Et aujourd'hui vous annoncez le dessein d'entrer plus que jamais dans cette voie. Yous demandez en ce moment « qu'un immense cri s'élève » et force les Pères du Concile à se saisir de la ^question posée par vous, et à prononcer. Mais, encore
une fois, qui ètes-vous donc, et pensez-vous pouvoir, du haut des colonnes de votre journal, peser sur la future Assemblée œcuménique, comme du haut des tribunes d'une assemblée politique ?
Rien n'égale, Monsieur, la témérité de cette entreprise, qoe la violence avec laquelle vous la menez.
« A notre époque, écrivait hier Mgr T Archevêque de Reims, avant de partir pour Rome, à notre époque de fièvre et d'agitation, où la présomption en matière théologique le dispute souvent à rignorance, où Tàpreté et le dogmatisme du langage tiennent lieu de vraie science, certains esprits inquiets combinent des plans^ tracent des programmes. Tout manque souvent à ces nouveaux docteurs pour enseigner et diriger rÉglise; d'abord la mission divine qui n'a été donnée qu'aux Papes et aux Évèques ; puis la science. »
Vous êtes, Monsieur, de ces nouveaux docteurs-là : la mission vous manque ; mais vous l'usurpez, et vous ne permettez pas que ceux qui Font reçue de Dieu l'exercent selon leur con* science. Et si un Évêque ne dit pas comme vous, sur les questions soulevées par vous^ il subit vos attaques.
C'est avec douleur, Monsieur, que j'ai dû traiter cette grave question d'opportunité, si témérairement et si violemment résolue par vous tous les jours. C'est vous qui m^avez imposé ici cette contrainte et ce devoir par vos excès.
Quoil vous vous constituerez en quelque sorte le grand agitateur dans l'Église; vous soulèverez, vous passionnerex d'avance dans le sens des solutions que vous voulez, en exploit* tant le meilleur, le plus respectable de leurs sentiments, une multitude de bons fidèles; vous troublerez, insulterez et calomnierez !
Et parce que, selon le droit et le devoir de ma charge pastorale, je ferai dans ces extrémités, ce que quelques-uns de mes collègues ont fait, selon leur droit et leur devoir aussi, vous. Monsieur, qui n'avez aucune autorité, aucune mission dans l'Église, qui n'êtes pas constitué juge entre nous, vous viendrez parler ici de prise dormes, de campagne, et vous