CCLXXXIV
(Z novembre 1869)
Le Correspondant célèbre « le grand événement » de ces derniers jours , c'est-àdire la publication des deux lettres de Mgr Dupanloup au clergé et aux fidèles de son diocèse. Il saisit cette occasion pour faire de nouveau connaître ses idées sur le Concile, et se plaindre de ce qu'elles aient été falsifiées par ses contradicteurs qui ont même altéré les textes les plus clairs de l'article incriminé. Le Correspondant se déclare prêt à accepter < avec un respect et une soumission sans réserve » toutes les décisions du Concile. Il conclut en exprimant sa joie et sa reconnaissance de se voir défendu par l'infatigable Prélat dans le troisième écrit adressé au directeur de V Univers.
Le grand événement de ces derniers jours pour les lecteurs et les abonnés du Correspondant, c'est la publication des deux lettres de Mgr TÉvêque d'Orléans à Toccasion du futur Concile, Tune adressée aux fidèles et l'autre au clergé de son diocèse. Nous ne sommes que l'écho de la voix publique en affirmant que jamais la grande âme et la puissante intelligence du célèbre Évèque, jamais la variété et la richesse des dons dont le ciel l'a doué, jamais sa piété, son dévouement à l'Église et au Saint-Père n'ont été plus visibles que dans ces deux écrits, qui l'un et l'autre sont des actes.
Dans le premier, il plane, avec une hauteur de pensée incomparable, au-dessus des tristes divisions, si imprudemment suscitées, qui troublent en ce moment les catholiques de France ; il s'élève, et nous élève avec lui, dans cette atmosphère de paix, d'union et de charité d'où nul ne réussira jamais à faire descendre la majestueuse uuité de l'Église. Il semble que nous pénétrions déjà, à sa suite, dans l'enceinte sacrée qui va contenir la représentation entière du monde chrétien ; il semble que nous entendions retentir le cri de dévouement unanime h Jésus-Christ, à son Église et à son Vicaire, qui va sortir de la poitrine de tous ces élus du Seigneur, et que nos yeux voient luire au-dessus de leur tète la flamme de l'Ësprit-Saint qui doit les guider.
Dans le second, il aborde avec résolution, comme c'est son
droit et son devoir d'Évêque, une question étrangère àPauguste pensée qui a provoqué le Concile, mais qui a pris malheureusement, dans la polémique de la presse religieuse et dans Tesprit de beaucoup de catholiques, la place qui appartenait à tant d'autres plus pressantes, indiquées par le Saint-Père luimême comme l'objet propre de ses méditations et des résolutions du futur Concile.
Sur cette question de haute théologie, on sait Tattitude que le Correspondant a prise, et dont aucune violence ni aucune calomnie ne le fera départir. Il a déclturé àla fois et sa profonde incompétence pour la traiter, encore plus pour la résoudre^ et sa résolution absolue — qui n'avait pas même besoin d'être mentionnée — d'accepter, avec un respect et une soumission sans réserve, la décision, quelle qu'elle fût, sur ce point, comme sur tous les autres, du futur Concile. Il s'est borné ^à affirmer, en réponse aux bruits répandus dans la presse irréligieuse, et accréditée par de pieuses exagérations, que, pas plus sur ce point-là que sur aucun autre, les délibérations du Concile ne seraient enlevées par surprise, ni arrachées par aucune pression morale ou matérielle ; que, sur ce point-là comme sur tout autre, toutes les décisions seraient prises avec cette maturité, préparées avec ce soin scrupuleux, adoptées avec cette indépendance et cette liberté chrétiennes qui ont toujours caractérisé les arrêts des Conciles œcuméniques, et qui sont une preuve, entre mille offertes par l'histoire, de la protection que l'Esprit-Saint leur accorde. Nous n'avons pas dit, et ne nous croyons pas autorisés à dire autre chose. On pourra torturer, dénaturer, mutiler nos paroles, on n'en fera pas sortir d'autre sens.
Mgr l'Évêque d'Orléans avait le droit d'aller plus loin que nous. De vénérables Evêques avaient exprimé publiquement leur pensée. Il avait le droit, à son tour, de faire entendre la sienne, et, sans toucher le fond même du débat, qui eût exigé un traité entier de théologie, il a soumis à l'appréciation du public chrétien, avec une force puissante de logique et de bon sens les motifs qui font regarder comme inopportune et dan-