‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 418 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GGLXXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GGLXXXIV

gereuse la décisioa provoquée. Les mêmes écrivains qui ont applaudi à Mgr rArchevéque de Malines parlant dans un sens, trouvent mauvais que Mgr d'Orléans parle dans un autre. C'est naturel, et cela seul donne la mesure de la liberté dont jouirait le Concile, si leur influence y prévalait. Nous trouvons, nous, parfaitement bon que Tun et l'autre aient parlé tout haut, et dans cette contradiction pleine de mesure, de gravité et de charité, nous voyons le gage et la démonstration exacte de rindépendance absolue et de l'indifférence aux bruits du dehors que le Concile saura faire régner dans ses délibérations. Seulement nous ferons remarquer à ceux qui nous ont fait un crime de notre réserve et de notre abstention, qu'en présence de ces deux courants d'opinion contraire dans TÉpiscopat, en présence du sentiment connu de tant d'Évèques français et de tant d'Évèques d'Allemagne, d'Angleterre, d'Irlande et d'Amérique, sous l'empire des graves considérations si éloquemment développées par Mgr l'Évêque d'Orléans, et que nous pressentions expressément avant même d'en avoir vu dans son écrit la lucide exposition, cette abstention nous parait aujourd'hui plus que jamais la seule conduite commandée à l'humilité soumise des fidèles.

Mgr l'Évêque d'Orléans, en entrant ainsi hardiment dans la lice avec le courage d'un chrétien et la dignité d'un Évêque, n'a pas ignoré au ressentiment de quelles passions violentes il s'exposait, ni à quels artifices ces passions auraient recours, pour dénaturer ses paroles et calomnier ses intentions. S'il ne s'en fût pas douté de longue date, l'exemple si récent du Correspondant n^aurait pu lui laisser à cet égard aucune illusion. Il est probable et même déjà sûr que l'écrit de Mgr l'Évêque d^Orléans sera travesti comme l'a été la pensée et même les textes les plus clairs de l'article du Correspondant. Nous nous étions félicités, par exemple, que la réunion démontrée possible des Conciles généraux permit désormais de résoudre les questions de foi par cette voie, qui assurément n'est pas la seule, mais qui est la plus solennelle et la plus anciennement pratiquée de celles que Dieu a mises à la disposition de

l'Église pour assurer le maintien de la vérité. On a fait semblant de voir dans cette pensée si simple la demande de la périodicité des Conciles généraux, comme si les questions de foi étaient périodiques et revenaient régulièrement tous les dix ou cinq ans ^ ! Nous nous étions félicités également de l'association plus entière que cette réunion allait établir entre la Papauté et TÉpiscopat ; nous avions exprimé le désir que cette association se perpétuât dans la vie commune de rËglise, et nous avions indiqué comme moyen pratique pour réaliser ce vœu le choix fait par le Saint-Père lui-même de conseillers pris dans les rangs de TÉglise entière, et non presque exclusivement, comme aujourd'hui, dans le clergé d'Italie. De ce vœu si naturel, si général, et qui n'est que l'extension de ce qui se fait déjà sur une moindre échelle, on a tiré l'absurde dessein d'un Concile général en permanence. Ceux qui se permettent légèrement de défigurer jusqu'au mensonge la pensée parfaitement claire de leurs adversaires n'auront pas plus de scrupules sur la parole d'un Évèque. Mgr l'Évêque d'Orléans demande que la Papauté reste investie de toutes les prérogatives — ni plus ni moins — dont elle jouit aujourd'hui, et qui ont suffi depuis dix-huit siècles à lui assurer le dévouement et la soumission de l'Eglise entière. On fera voir dans ses paroles une conspiration ourdie pour affaiblir l'autorité du Pape, conspiration dont on nomme déjà les complices dans tous les pays et dans toutes les cours d'Europe. Mgr l'Évèque d'Orléans eût été bien imprévoyant s'il ne se fût pas attendu à ce sourd travail de la calomnie ; il ne serait digne ni du rang qu'il occupe, ni de la renommée qu'il a conquise, s'il eu prenait le moindre souci. Et quant à ceux qui sont accusés avec lui d'être entrés dans une intrigue tramée contre le Pape, ils ont le droit de repousser avec indignation ces mots blessants Ils ont eu l'honneur d'entrer avec l'Évêque d'Orléans, en 1859, dans les intrigues entreprises pour la défense du Saint-Père, et ils lui faisaient cortège au Palais de justice, lorsque le noble

Page 1