‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 427 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGLXXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGLXXXVIII

qu'il faut se soumettre et croire à la parole du Pape provisoirement. Mais cette réponse est dérisoire. Comment pouvez-vous m'imposer Tobligation de croire d'une foi pleine, entière, exempte de toute incertitude, de tout doute, à un enseignement que vous déclarez douteux et incertain? N'y eût-il dans le monde qu'un seul fidèle plongé par vos enseignements dans les anxiétés de conscience que de tels doutes font naître, il aurait le droit de vous en demander compte, et vous n'auriez pas celui de le renvoyer en vous contentant de lui dire : Qui êtes-vous donc ? Les catholiques de France savent que leur patrie n'est pas toute l'Église, et que les questions d'opportunité ont mille aspects. Ils savent que le Concile en est seul juge, et quoi qu'il fasse, ils reconnaîtront dans son silence comme dans ses décisions son autorité souveraine ; mais l'Église elle-même leur donne le droit de faire connaître au Concile leurs vœux, leurs besoins et les périls de la situation que leur crée le néo-gallicanisme appuyé à la fois par tous les partis libéraux et par un gouvernement investi du privilège redoutable de nommer les Évèques.

Du Lac.

CGLXXXVIII

(3 décembre 1869)

Mgr Jean-Pierre Mabile, Évéque de Versailles, écrit de Rome à son clergé et lui dit ce qu'il pense « de la grande question qui occupe en ce moment tous les esprits ».

Messieurs et chers coopérateiirs,

Pour répondre à vos désirs, je vais vous faire connaître toute ma pensée sur la grande question qui occupe en ce moment tous les esprits.

Sous la Restauration, après le concordat de 1817, le gouvernement, très mal conseillé, essaya de faire enseigner, dans

Q08 écoles de théologie, les trop célèbres articles de 1682. Cette mesure fut accueillie par un sentiment général de réprobation et resta sans effet. Attaqué vivement et battn sur toute la ligne, le gallicanisme se traînait honteux et languissant. Les quelques auteurs qui le défendaient encore, assez timidement, il est vrai, ne pouvaient parer les coups qu'on lui portait chaque jour. On disait, on répétait que le gallicanisme était mort et bien mort. Le mouvement liturgique qui se produisait d'une manière irrésistible et qui ramenait les esprits et les cœurs vers le centre de la catholicité et de Tunité, semblait devoir clore à tout jamais les débats et imposer aux opinions gallicanes un silence étemel. On n'a pas oublié que le dogme de l'Immaculée- Conception, formulé par Pie IX en dehors de TËpiscopat, fut acclamé daus toute l'Église sans ombre de réclamation.

Le Syllabus et l'annonce d'un Concile œcuménique devaient tout naturellement exciter l'esprit d'erreur, soulever lespassions et la haine des hérétiques et des incrédules. Mais on aurait pu croire que ces deux événements, en réjouissant les catholiques, les trouveraient tous dans les mêmes idées et dans les mêmes convictions. Eh bien ! le contraire est arrivé. Nous assistons à une formidable tentative de restauration gallicane.

Ceux-ci, partant de l'école janséniste du xvn* siècle, répètent, avec le style et les couleurs de notre époque, les arguments et les sophismes entassés dans l'arsenal du gallicanisme.

Voici en deux mots comment ils procèdent : au lieu de prendre les textes de la sainte Écriture et les monuments de la Tradition dans leur ensemble, d'après les règles de la saine critique, ils les torturent, ils les isolent les uns des autres pour en tirer des conclusions qui les favorisent; ils omettent des séries de magnifiques témoignages écrasants pour eux; ils insistent sur des faits obscurs qui ne prouvent rien. C'est ainsi qu'ils croient donner à leurs nouveautés une base dans l'histoire.

Ceux-là affectent une allure moins théologique et pins politique. Le libéralisme est leur idole. La souveraineté, telle

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