LIVRE III, DOCUMENT CCLXXXVIÏI. MS
qu'on la concevait soit au temps des Césars, soit au temps de Louis XIY, leur répugne; ils la repoussent avec énergie. La souveraineté qu'ils imaginent et qu'ils veulent, n'a plus de racine dans le ciel; elle est nationale, elle est le firuit des progrès modernes. Selon eux, l'Église est tenue de marcher avec le siècle et d'entrer dans la voie des concessions les plus larges.
Les anciens gallicans, comme on le voit par leur premier article, rendaient la souveraineté temporelle tout à fait indépendante de l'Ëglise, et lui laissaient son caractère de droit divin et son indmissibilité. Dans les autres articles ils abaissaient le Pape et le soumettaient au Condle et au corps épiscopal. Les gallicans de nos jours, par l'adoption des idées libérales, sont obligés de sacrifier le premier article quant au droit divin et à l'inamissibilité. Mais, appuyés sur les articles qui amoindrissent le Pape en mutilant ses privilèges^ ils atteignent la constitution de l'Église et ouvrent la porte au schisme et à l'hérésie.
C'est donc à Técole de Bossuet d'une part, et au libéralisme d'autre part, que l'on demande des armes contre la doctrine romaine.
Mgr Maret a ouvert le feu par une publication volumineuse. Cet acte de courage lui a valu les applaudissements de tous les ennemis de TÉglise. Est-ce pour lui une récompense ou une punition? Dieu le sait! Mais, cette œuvre destinée dans la pensée de l'auteur à éclairer les Pères du Concile et à faire triompher des opinions si fâcheuses et si usées, n*a pas tenu un seul instant : elle a été ruinée de fond en comble par des théologiens que leur science et leur dévouement au Saint- Siège nous rendent doublement chers.
D'autres écrivains, dominés par les illusions du libéralisme, et ne connaissant ni la constitution de l'Église ni l'enseignement catholique, se sont jetés dans une voie plus déplorable encore. Us prétendent que les prérogatives du successeur de saint Pierre, telles que nous les connaissons et que nous les exposons, n'ont pas un fondement certain dans l'histoire et qu'elles ne sauraient être admises ainsi, sans un grand danger pour notre cause. Il va sans dire qu'en cela ils sont d'accord
avec les gouvernements, avec les philosophes et tous les librespenseurs. Ils se disent très indépendants^ mais ils se font facilement césariens quand Tîntérèt de leur thèse Texige.
Parmi nos adversaires il y en a qui, cédant àTévidence, ne refusent pas absolument de croire que la thèse de rinfaillibililé personnelle si bien établie pourrait devenir un dogme de foi. Après cette concession plus ou moins sincère, mais très habile, ils déclarent de la manière la plus absolue qu'une telle définition serait tout à fait inopportune et qu'elle aurait des conséquences désastreuses.
Pour prouver leur assertion, ils ne suivent pas nos célèbres docteurs qui disent que, dans les questions de foi, il buit tenir compte du consentement des fidèles et consulter le sens commun des chrétiens; ils s'en vont au contraire interroger les gouvernements, interroger tous nos ennemis, pour savoir ce qu'ils pensent dans le cas donné et ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire.
Or, les gouvernements n'ont plus de foi religieuse, ils sont tous rationalistes et matérialistes. II est aisé de comprendre qu'ils désirent l'amoindrissement d'une autorité qui leur porte ombrage. Sans doute, il faut ménager les gouvernements, leur donner l'exemple de la modération, de la prudence, de la cba« rite; mais il serait étrange qu'il fallût les consulter et accepter leur opinion sur le fait dont il s'agit. Quant aux schismatiques, aux hérétiques, aux libres-penseurs, comment ose*t-on les faire intervenir dans ce débat? Ce n'est pas le sens chrétien qui les dirige, c'est le sens antichrétien. Dès qu'ils affirment une chose, dès qu'ils veulent fortement une chose, on est assuré que cette chose est nuisible à l'Église et favorable à l'erreur. Âh I que nos contradicteurs qui n'ont aucune conviction religieuse et qui se passionnent pour des systèmes aussi faux que dangereux, usent de tous les moyens et s'épuisent en efforts pour ameuter les esprits et pour effrayer les Pères du Concile en ce qui concerne les privilèges de la Papauté, cela n'a rien d'extraordinaire, cela ne nous étonne pas. Tjfisis que des Évèques, que des hommes infiniment recommandables se joi-