LIVRE III, DOCUMENT CCLXXXVIII
gnent à eux, que ces hommes aillent chercher des auxiliaires eu Orient, en Allemagne, en Amérique, pour dépouiller spirituellement le Saint-Père; qu'ils aient le triste courage de tourner en ridicule d'admirables élans de foi et d'amour consignés dans un excellent journal, et qu'ils se figurent qu'en agissant ainsi, ils servent bien l'Église, c'est ce qui nous confond, c'est ce qui nous remplit d'une tristesse accablante et de craintes sérieuses pour l'avenir.
Et saitron ob. l'on va et à quoi on s'expose? Le peuple chrétien, en matière de religion, ne connaît que le catéchisme. Il ne saisit ni les abstractions, ni les opinions vagues et subtiles. Mais il sait qu'il a, qu'il doit avoir un chef visible, palpable; il sait que ce Chef suprême, vicaire de Jésus-Christ, est le Père de tous, le Docteur universel et infaillible. Dites-lui le contraire, vous le jetez dans le doute, dans l'incertitude, vous bouleversez toutes ses notions.
D'ailleurs, les textes de l'Écriture que nous invoquons pour l'infaillibilité du Souverain Pontife ne sont-ils pas aussi clairs et même plus clairs que ceux par lesquels on prouve l'infaillibilité de l'Église en général? Si les textes relatifs à Pierre et à ses successeurs ne suffisent pas pour établir l'infaillibilité du Chef suprême, comment les textes qui s'adressent à tous les Apfttres suffiront-ils à prouver l'infaillibilité de l'Église? Ici, vous invoquez, vous attendez le Concile plénier. Mais avant le Concile où était l'infaillibilité? Et si le Concile ne voit pas l'infaillibilité promise dans les paroles dites par Jésus-Christ à saint Pierre, comment pourra-t-il démontrer qu'elle existe dans les paroles qui regardent tous les Apôtres? Quel vaste champ ouvert à tous les sophismes et à toutes les subtilités des philosophes et des dissidents!
Sachons-le bien, dans les circonstances actuelles, la question prend une gravité extrême. Si les funestes discussions qui nous divisent n'ont pas un terme, si la seule autorité qui reste debout dans le monde n'est pas affirmée hautement et ne grandit pas aux yeux des peuples, la cause catholique, la cause sociale y perdront prodigieusement, et l'enfer aura remporté
un beau triomphe. Tous les esprits sont éveillés et inquiets; ils attendent une solution. On Ta dit et on ne saurait trop le répéter, le silence du Concile est moralement impossible.
Théologiquement et historiquement, la lumière est faite, elle est brillante comme la lumière du soleil pour tous ceux qui sont de bonne foi et qui aiment l'Église. On demande non pas un dogme nouveau, mais une définition qui sanctionne i jamais une croyance aussi ancienne que le Christianisme. Pourquoi reculerait-on devant des inconvénients qui peuvent sans doute avoir quelque chose de réel, mais qui sont, à coup sûr, au moins en partie, tout à fait imaginaires? Est-ce que TÉglise n'est plus militante? Est-ce que nous ne sommes plus dans la lutte? Est-ce qu'on rêve un état oit toutes les intelligences et les volontés seraient en parfaite harmonie? Est-ce qu*il n'y avait pas des inconvénients, des froissements pour beaucoup d'hommes, à toutes les époques où l'Église a porté ses jugements irréformables contre les hérétiques?
Oui, les Pères du Concile ont prié, réfléchi et étudié. Oui, ils savent très bien qu'ils vont accomplir une œuvre d'un immense intérêt. Oui, ils savent encore que Theure est solennelle et que le monde entier a les yeux fixés sur le Vatican. Oui, marchant sur les traces de tous les Évéques qui les ont précédés pendant le cours des siècles dans tant d'illustres assemblées, ils tiendront compte des manifestations éclatantes qui se produisent de toutes parts à l'endroit de la Papauté; ils jugeront selon leur conscience et selon les lumières qu'ils auront reçues d'en haut, sans rien redouter ni des pouvoirs de la terre ni des efforts de l'erreur et du mensonge.
J'ai tenu à vous envoyer ces lignes. Je sais qu'elles expriment vos convictions, car nous ne faisons qu'un. Continuez donc à prier pour moi, et veuillez agréer l'expression de mes sentiments les plus affectueux.
Donné à Rome, hors la porte Flaminienne, le 3 décembre 1869.
PiERRB, Évéque de Versailles,
Nota. — Cette lettre ne sera pas lue en chaire.