‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 430 sur 536 · CCLXXXIX · texte numérisé non relu

CCLXXXIX

(Janvier-mars 18T0)

Extraits de lettres de Mgr l'Évéque d'Orléans et de Mgr rÀrchevéque de Malines, où il est parié de l'origine de la question relative à l'infaillibilité pontificale.

Première lettre de Mgr Dechamps au P. Gratry,

(25 janvier 1870.)

Je comprends la dangereuse tentation qui poursuit chez

vous quelques nobles esprits. Vous voudriez que l'éclat du nom de Bossuet fût sans ombre, et qu'on pût dire de la Sorbonne ce qui n'est vrai que de la Chaire de Pierre, à laquelle les promesses seules appartiennent. Mais pourquoi s'attrister de rencontrer chez quelques grands hommes de la fille aînée de l'Église romaine, ce dont ne furent exempts, dans aucune des Églises du monde, tant de grands hommes du Christianisme? On assure (je ne l'ai pas vérifié), mais on assure que, parmi les Pères, saint Grégoire de Nazianze est le seul dont les œuvres ne contiennent aucune de ces ombres, dissipées plus tard par les déclarations des Papes ou des Conciles.

Vous me direz peut-être que celte tentation n'est entrée pour rien dans les motifs qui ont fait agir notre illustre ami, Mgr d'Oriéans. Certes, quand Mgr d'Orléans parle, il pense ce qu'il dit, et ses craintes relatives à la définition de l'infaillibilité sont sincères. Mais que la tentation dont je parle ne soit entrée pour rien dans ses craintes, comment se le persuader?

Dès qu'il fut question d'un Concile général, tous ceux qui sont au courant de l'histoire de l'Église pressentirent que le premier Concile œcuménique rassemblé depuis 1682 pourrait difficilement se taire sur une doctrine aussi manifestement opposée que celle de la Déclaration à la doctrine de l'Église mère et maîtresse, et par conséquent à la croyance générale. Avec l'attente du Concile commença donc chez vous le travail préparatoire à la lutte contre la définition redoutée. Toute la presse

annonça dès lors le sujet de Touvrage qu'allait publier Mgr de Sura, et la Civiltà, soit avant, soit après, ne parla que de ce qui était dans Tair, je veux dire dans la nature même des choses et des grandes circonstances qui s'approchaient. Les journaux antichrétiens ne manquèrent pas de saisir cette occasion de dérouter les esprits, et ne parlèrent plus que du dogme nouveau. C'est alors, et pas auparavant, que je publiai, àTusage des gens du monde, Topuscule dont j'indiquais ainsi le but : « Ce que je vais établir sur l'infaillibilité ne regarde qu'indirectement les incrédules. C'est aux chrétiens que je m'adresse. Mais ce que j'écris pour ceux-ci fera du moins connaître aur autres que le Concile général, s'il définit l'infaillibilité da Saint-Siège en matière de foi, ne révélera pas une vérité nouvelle, n*inventera pas un nouveau dogme, mais définira dogmatiquement une croyance aussi ancienne et aussi catholique que r Église elle même • . »

Bientôt après commença l'agitation contre V opportunité de cette définition. Tout le monde en sait Thistoire, mais ce que tout le monde n'a pas immédiatement compris c'est qu'en présence du premier Concile général convoqué depuis 1682, la question d'opportunité ne pouvait être séparée de la question même de Tinfaillibilité. Mgr Maret l'a compris. Mgr d'Orléans, tout en voulant ne traiter que la première de ces questions, s'est vu dans l'impossibilité de ne pas aborder la seconde. Ne s'estil pas efforcé de prouver que des difficultés inextricables s'opposent à la définition? N'était-ce pas s'efforcer de prouver que rinfaillibilité du Saint-Siège, de la Chaire de Pierre ou du Souverain Pontife définissant ex cathedra, n'est pas définissable? Et qu'est-ce que cela, sinon vouloir démontrer qu'elle n'est pas contenue dans le dépôt de la Révélation, dans les Écritures et la Tradition? Le voulant ou ne le voulant pas, Mgr d'Orléans a donc pris indirectement, mais indubitablement, la défense de Topinion gallicane ; et vous ne faites qu'achever son ouvrage en prenant ouvertement cette défense, comme l'a fait Mgr Maret...

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