‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 431 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GCLXXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GCLXXXIX

Mgr DuparUaup à Mgr Dechamps. (!•' mars 1870.)

Vous commencez par un historique de la question^ à

votre insu assurément, bien incomplet et bien partial. En face des difficultés que vous êtes forcé de voir, sinon de confesser, vous sentez aujourd'hui de quel poids pèse sur ceux qui l'ont assumée la responsabilité de ces polémiques, et vous essayez de renvoyer cette responsabilité à d'autres; mais c'est impossible absolument; les faits et les dates s'y opposent. Vous dites que « tout le monde connaît cette histoire ». Non, cher et vénéré Seigneur, et vous-même paraissez l'ignorer étrangement. L'ayant donc ainsi méconnue et faussée, vous m'obligez à la refaire.

Qui a tout commencé ici? Tout le monde le sait : la Civil ta et VUniverSy et leurs violents échos dans le monde. Ce sont ces journaux qui ont appris tout à coup au monde catholique que le Concile œcuménique s'occuperait de questions dont le Pape, dans le programme qu'il traçait au Concile, ne disait pas un seul mot. Ce sont eux qui ont annoncé à l'Église que cette définition se ferait, et se ferait par acclamation : thèse soutenue jusqu*à ces derniers jours par V Univers, Aujourd'hui, l'acclamation, ce journal ne la réclame-t-il pas encore, quand il repousse la discussion? De plus, ces journaux disaient que le Concile définirait un autre dogme, celui de l'assomption, et que tout le Concile, se réduisant à peu près à ces deux définitions, serait très court, que « la minorité éloquente » serait réduite au silence par la majorité. Cher et vénéré Seigneur, vous dites, vous, que « ces choses-là étaient dans l'air, c'est-à-dire dans la nature même des choses et des grandes circonstances qui s'approchaient ». Mais on est vraiment surpris d'entendre parler de la sorte en cette grave conjoncture.

Avez-vous donc oublié l'étonnement qui saisit les esprits, en France, et dans toute l'Europe, quand on entendit parler de ces deux définitions que la bulle d'indiction du Concile ne faisait en rien pressentir? Quel étonnement à Rome même,

e70 LE CONCILE DU VATICAN.

parmi ceux qui n'étaient pas dans le secret, c'est-à-dire parmi tout le monde à peu près! Voilà comment, trahissant trop tôt un plan habilement caché jusque-là, la Civillà révéla ce QUI ÉTArr DANS l'air. Et voilà ce qui ne permet à personne le moindre doute sur les véritables initiateurs du mouvement.

Pour vous, Monseigneur, vous n'êtes venu, je le dois reconnaître, qu'après ces témérités étranges que vous avez pourtant cru pouvoir excuser; mais vous êtes venu le premier, avec Mgr Manning, parmi les Évèques; et, après une première brochure, il y a huit mois, vous avez traité expressément, dans un écrit spécial, à la date du 8 juillet, la question même de l'opportunité.

Et je le dois ajouter, puisque vous avez provoqué ces explications, il n'est pas plus généreux qu'équitable, dans une question d'initiative, de s'autoriser d'un livre qui n'existait pas encore, et de se disculper en accusant de cette sorte un de nos collègues, que la polémique n'a guère ménagé. Il y a ici, cher et vénéré Seigneur, des dates qu'il n'est au pouvoir de personne d'effacer. Il faut avoir chacun le courage de ses actes.

Quant à moi, mes Observations sont du 11 novembre. Elles ne sont venues qu'après les adresses présentées à des Ëvêques, après les provocations faites du haut de la chaire par des vicaires généraux dans les cathédrales mêmes ; après les articles de VUnivers contre les catholiques du Correspondant; après la première et la deuxième lettre de Mgr Manning; après les homélies et les lettres de quelques Évêques contre le livre alors connu de Mgr Maret; après tant d'articles publiés tous les jours par certains journaux religieux; enfin, après vos propres écrits, cher Seigneur. Je ne me suis décidé, avant le Concile, en face des violences croissantes de la polémique et des démonstrations organisées, à me mêler un moment aux luttes du dehors, et le dernier, que pour les prévenir au dedans.

Ma détermination n'était pas faite pour plaire ; et les conséquences en étaient faciles à prévoir. Ce que j'ai fait vous a causé un profond étonnement; vous ne vous l'expliquez pas. Il faut avouer, en effet, que les ordinaires calculs qui conduisent les hommes y ont été bien étrangers.

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