LIVRE III, DOGUHENT GGLXXXIX
et dont on a nourri la tentation, ne chercheraient-elles pas dans vos paroles un prétexte à leur résistance, et les ennemis de la foi des armes pour la combattre ?
C'est la première différence qui existe, Monseigneur, entre ce que j'ai fait et ce que vous avez fait.
Voici la seconde.
La doctrine de la souveraine autorité du Vicaire de Jésus- Christ dans ses jugements dogmatiques, vous l'avez livrée au monde comme très difficile à définir, et par conséquent comme très difficile à croire, et en soulevant ainsi le doute à son égard dans une foule d'esprits^ vous vous êtes placé au point de vue, non de l'Ëpiscopat français, Dieu merci, mais d'une école particulière à peine tolérée ou soufferte jusqu'ici par l'Église.
La doctrine de la souveraine autorité du Vicaire de Jésus- C&rîst dans sesjugements dogmatiques, je l'ai défendue comme une doctrine certaine, qui touche à la foi, proxima fidei; et pour la défendre comme telle, je me suis placé au point de vue de l'enseignement commun ou général des écoles catholiques, et à ce point de vue, qui est le véritable, je n'ai pas craint d'affirmer qu'une opinion contraire à une doctrine certaine n'est ni vraiment probable j ni par conséquent vraiment libre.
C'est à ce sujet, Monseigneur, que vous me dites ce qui suit:
« La question n'est pas libre, dites-vous : la théologie est unanime. C'est avec une parfaite bonne foi que vous dites ces choses. Je me bornerai à vous citer ici une partie des théologiens, car je ne puis les énumérer tous, qui, sur cette question, ont été d'une opinion contraire à la vôtre. »
Et, après avoir cité ces théologiens, d'après une liste qui vous a été communiquée par un des plus savants théologiens d'un des ordres religieux les plus illustres, vous ajoutez :
« Devant de telles autorités. Monseigneur, il y a lieu vraiment de s'étonner que votre postulatum ait cru pouvoir parler ici de tradition unanime, unanimis traditio : comme si tous ces hommes-là n'existaient pas ou n'étaient rien ; et il faut avoir une grande assurance pour écrire qu'une thèse niée^ ou réduite
à Télat de simple opinion par tous ces théologiens, et tant d'aatrès, a la splendeur (Tune vérité confessée par les plus grands noms de la théologie dans tous les siècles (p. 40-4i.)
Et vous aussi, Monseigneur, c'est avec une parfaite bonne foi que vous dites ces choses, mais cette incontestable bonne foi ne peut empêcher qu'elles manquent de vérité. En effet : l*" Je n'ai parlé nulle part de l'unanimité des théologiens, mais de leur enseignement commun ou général. 2° Le postulatum que vous appelez le mien *, n'en a pas moins le droit de parler de tradition unanime. 3*" L'objet de cette tradition est une vérité certaine. 4*" L'opinion qui lui est contraire n'est doncni vraiment probable, ni vraiment libre en elle-même. C'est ce dont je vais essayer de vous convaincre
(10 décembre 1869)
Le Corretpondaini continue à défendre ses principes et sa conduite passée. < Maintenant, dit-il, tout ce bruit est fini. Le respect, le devoir, la confiance nous imposent à Tenvi le silence et la paix : c'est la trêve de Dieu. >
Paris, 8 décembre.
Le jour même où nous écrivons est le jour de l'ouverture du Concile du Vatican. Sous la protection de la Mère de Dieu plus de six cents Evoques, convoqués et présidés par le Pape Pie IX, si grand et si vénéré, se réunissent autour du tombeau des Apôtres Pierre et Paul, et leur assemblée porte ce beau nom è! œcuménique , parce qu'ils représentent et parce que leurs décisions intéressent toute la terre habitée parles hommes.
Il était naturel qu'un événement si considérable fût précédé par un grand mouvement des esprits, par des discussions et par des émotions universelles. Ceux qui s'étonnent, ceux qui
4. Il n'est pas mon œuvre, mais j'ai été heureux de le signer avec des centaines d'Ëvéques des deux mondes.