LIVRE III, DOCUMENT CCXVII
des Apôtres fat établie dans Tunité par la constilution divine du centre même de cette unité, ou de la primauté de Pierre ; et que la puissance des successeurs des Apôtres est maintenue à son tour dans Funité par le maintien du centre de Tunité catholique, ou de la primauté du successeur de Pierre. II n'y a pas de Collège apostolique sans Pierre, et il n'y a pas de corps épiscopal, ou d'Église enseignante sans Pape. La puissance d'ordre, ou du sacré ministère, sacri ministerii^ fut la même , sans doute, dans les Apôtres et dans le Prince des Apôtres, comme elle reste la même dans les Évéques et dans l'Évèque des Évèques ; mais la primauté de Pierre et de ses successeurs est la suprême puissance de juridiction ou de gouvernement, jurisdictionis sive regiminis.
Nous ne connaissons rien qui condamne plus hautement le schisme et l'hérésie, et en même temps rien de plus humiliant pour l'un et l'autre, en présence de ia double clarté de PÉcri" tare et de rhistoire^ que la négation de l'unité de Tapostolat et de l'Épiscopat par la primauté de Pierre et des Pontifes romains, ses successeurs. L'Orient et l'Occident n'ont qu'une voix pour acclamer cette primauté ; les Conciles de Nicée, d'Éphèse, de Chalcédoine, de Constantinople, parlent du successeur de Pierre et de sa souveraine autorité sur toute l'Église, comme les Conciles de Lyon, de Latran, de Florence et de Trente. Saint Âthanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome confessent l'autorité suprême du successeur de Pierre, comme la confessent saint Cyprien, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin '. Un autre Évéque que le Pontife romain se donna-t-irjamais pour le Pasteur suprême de l'Orient et de l'Occident? Les Églises orientales et occidentales recon-
1. n faudrait des Tolumespour recueillir les paroles des Conciles et des Pères sur ce grand sujet. Si nous écrivions pour des théologiens, nous les renverrious aux grandes œuvres canoniques qui reproduisent ces paroles ; mais, comme nous écrivons pour les gens du monde, nous nous bornons à leur indiquer deux ouvrages écrits en français, sur cette matière : la Théologie dogmatique du Cardinal Gousset, Archevêque de Reims, et le Pape, du comte de Maistre. Ces deux livres contiennent des citations suffisamment étendues des Conciles et des Pères sur la primauté de juridiction ou la souveraine puissance de Pierre et de ses successeurs.
nurent-elles jamais une autre puissance universelle que celle du successeur de saint Pierre ? Quand les Patriarches de Constantinople prirent le titre de patriarches œcuméniques, et ils le prirent bien tard, prétendirent-ils jamais étendre leur autorité sur Rome? Non, quand la puissance devient schismatique, elle prend le caractère de la fausse mère jugée par Salomon : elle se contente d'une Église déchirée. On le voit de nos jours en Russie, en Angleterre et ailleurs, comme on Ta vu chez ceux des Grecs qui devinrent infidèles à l'unité. L'histoire de l'Église proclame donc avec clarté où est l'unique Pasteur de l'unique bercail de Jésus-Christ. L'Église nous le montre avec la même clarté dans l'Évangile.
Ouvrons donc le livre divin, et jouissons de sa lumière. Jésus-Christ parle à celui qu'il a choisi pour le Prince des Apôtres : Tu es Simon, fils de Jean, ton nom désormais sera Pierre. Plus tard il lui donna la raison de ce changement : ce fut le jour où Pierre, fidèle à la révélation divine, confessa le premier la divinité de Jésus-Christ : Tu es Pierre, lui dit alors le Sauveur, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de F enfer ne prévaudront jamais contre elle^.
L'Église, ce divin édifice que rien ne renversera, cette ferme colonne de la vérité ", est donc appuyée sur Pierre comme sur sa base. Elle n'a cependant pas d'autre fondement divin que Jésus-Christ : Fondamentum enim aliud nemo potest ponere
prœterid, quodpositum est, quod est Christus Jésus ^ ; mais c'est aussi Jésus-Christ seul qui, de sa main divine, pose la pierre angulaire de l'apostolat perpétuel : Sur cette pierre, je bâtirai.
Les paroles qui suivent immédiatement déclarent de nouveau l'autorité suprême de Pierre par un symbole admirablement clair :
C*est à toi que je donnerai les clefs du royaume des deux * .
A qui présente-t-on les clefs d'une cité, sinon au souverain?
i. Matth., XVI, 18.