III. La préface
«( Pie IX s'est fait une idée exagérée et grandiose, à certains égards, de l'autorité spirituelle qui lui est conférée.
« C'est un de ces caractères complexes qui déroutent l'observation, faible et fantasque, mais capable des plus grands enthousiasmes et des plus fermes desseins. (Nous recommandons au lecteur ce caractère faible y mais capable des plus fermes desseins.) On se demande comment Pie IX a pu oser entreprendre ce qui, pendant trois siècles, a semblé impossible à ses prédécesseurs :
« Il convoque les Évèques du monde entier dans les formes solennelles des grands Papes du moyen &ge, sans aucune entente préalable avec les puissances catholiques, sans les négociations usitées en pareil cas, et en foulant aux pieds les droits de la puissance civile reconnus jusqu'à ce jour, droits incontestables et incontestés, d'intervenir dans la convocation, dans la détermination du temps et du lieu de la réunion ! » (p. 5.) « Il Ta fait, parce que les cléricaux, les jésuites et les PrélatP des Curies (c'est la première fois que nous voyons ce pluriel) l'ont assuré d'avance que Rome en sortira plus absolue, plus inébranlable dans ses tendances théocratiques et liberticides {bienPjj plus résolue quejamais à lutter contre le siècle, à étouffer les consciences sous le poids insupportable du Syllabus, des décrétales et de la souveraineté temporelle. L'État peut-il demeurer spectateur indifférent? Non! Donc, aux armes, aux armes! »
lY. Le Concile de Jérusalem.
L'auteur est tant soit peu théologien. Il sait qu'il est question, dans les Actes des Apôtres d'un Concile tenu à Jérusalem. Un certain mot le transporte, le mot frères, et, lui, Français, il va chercher dans Diodati et dans Martini quels sont ces frères qui viennent d'être convoqués.
<( On voit, dit-il, quelle importance il y aurait à être fixé sur ce texte, car il contient le critère historique de tous les Conciles passés, présents et futurs » (p. 9, en note). « Vordre laïque y participa plus ou moins (pour lui, rien n'est plus certain) et fut présent à la délibération. Les Apôtres ne furent pas seuls à parler, puisque le texte sacré dit qu'il y eut une grande discussion, et le texte ajoute qu'après les discours de Paul et de Barnabas (il oublie celui de saint Pierre, qui avait parlé le premier) le peuple se tut, d'où il apparaît clairetnent que le peuple avait parlé. »
Très bien! Seulement^ voici qui ne se comprend plus. Si le peuple se tut après que les Apôtres eurent parlé, pourquoi l'État, héritier du peuple, réclame-t-il pour lui le droit de parler, bien plus, le droit d'approuver ou de rejeter les décrets? Nemo plus commodi heredi suo relinquit quam ipse habuit, nous a dit Paulus il y abien longtemps. (Dig., De regulis jurisj 1. 138.) Au fait, puisque l'auteur est si enthousiaste du Concile de Jérusalem, qu'il l'imite donc ! Quand Pierre eut parlé, nous disent les Actes (xv, 12), tacuit omnis multitudo ; eh bien, quand Pierre et les Apôtres, c'est-à-dire leurs successeurs, auront parlé, qu'il garde, lui aussi, le silence. S'il veut même dès maintenant se taire, le monde n'y perdra rien. Mais il tient à savoir qui a convoqué ce Concile de Jérusalem et quel en est le critère. Cela est facile; qu'il lise le verset 12 de ce même chapitre xv, il verra que ce furent les Apôtres et les Anciens ou presbyteri,
1. (( GonTeneruntque Apostoll et Seniores videre de verbo hoc. ■ La version syriaque tradoit ainsi : < Gongregati sunt itaque Apostoli et presbyteri ut proyiderent huie negotio. » (Act., %y, 6.)