LITRE III, DOCUMENT CGCVII
la plus explicite. Gomment expliquer un semblable oubli de la part de tant et de si hauts personnages in re propria?
Notre monsieurN... croit tourner la difficulté en usant d'une phrase diplomatique : C'est gué les circonstances ne sont plus les mêmes. Oui, c'est vrai. Les circonstances ne se prêteraient guère au désirdu prince qui voudraitaujourd'hui convoquer un Concile. La dernière tentative en ce genre, faite en 1811, par le terrible Napoléon I", avorta ridiculement. Qu'un ou plusieurs princes s^ivisent jamais de convoquer un Concile, je crains bien qu'aucun des neufs cents Évèques du monde catholique ne descende de son siège, à moins toutefois d'y être forcé par les gendarmes. Non, les circonstances ne sont pas favorables; le fruit n'est pas mûr.
Pourquoi les souverains ne s'occupent-ils plus de la convocation des Conciles? Je vous le dirai dans le dernier chapitre de cette répoïise, avec tout le respect dû à la plus haute dignité après la dignité sacrée, mais aussi avec toute la franchise et le courage d'un prêtre catholique.
Faut-il réfuter toutes vos affirmations sur Nicolas P', le premier Pape qui ait^ dites-vous, revendiqué pour lui seul le droit de convocation du Concile œcuménique » ; sur Grégoire VII, qui accomplit cette oeuvre révolutionnaire; sur l'empereur Sigismond qui réunit de lui-même et seul le Concile de Constance; sur Paul 111, Jules III et Pie IV qui attendirent des Princes les ordres pour le Concile de Trente? (p. 15-18.) Quel est l'auteur, le canoniste fébronien ou joséphiste qui a pu vous conter pareilles sottises? Sachez-le donc : Nicolas P' et Grégoire VII n'ont pas réuni de Concile œcuménique. Nicolas, il est vrai, informa par lettre, en 865, l'empereur Michel que les empereurs n'avaient le droit ni d'assister aux conciles particuliers, ni d'y envoyer des représentants {Decr. Grat.j c. iv, d. XCVI), mais il n'est point question des Conciles œcuméniques. Du reste, le Pape ne fut pas seul à établir cette règle, car, peu de temps après, le huitième Concile œcuménique renouvela cette même défense. (Hard., t. V. p. 907,1103.) Grégoire VII fut non pas un révolutionnaire (accusation vraiment singulière,
surtout dans votre bouche), mais un grand saint, un homme d'un génie supérieur et dont la profondeur échappe à peu près à notre misérable siècle. Ce ne fut pas l'empereur Sigismond, mais le Pape Jean XXIII qui convoqua le Concile de Constance. Le document en existe encore. Ce ne fut pas non plus Pie II, mais Énée Piccolomini qui écrivit à Frédéric la lettre à laquelle vous faites allusion (p. 18), car Énée, devenu Pape, eut le saint courage de dire à TLglise : JEneam rejicite^ Pium recipite. Du reste, dans celte lettre, Piccolomini avait seulement dit : « Vous êtes l'avocat de l'Église, vous devez favoriser le Concile. » Paul III fit sans doute connaître aux princes le dessein qu'il avait de convoquer le Concile de Trente; mais quand il en vint à la réalisation de son projet, il écrivit dans la bulle d'indiction : Auctoritate qua fungimur.,. indicimus, annuniiamicSf convocamuSy statuitmis, atque deremimus. Il supplie les princes de venir y assister, ne deserant ipsins Dei catisam... si se Domino obstrictos et obligatos intelligant. Ce qui signifie qu'il n'était nullement sûr de les y voir, et qu'en tout cas il n'attendait pas leur consentement. Jules III, dans la bulle qui transfère le Concile de Bologne à Trente, fait, il est vrai, allusion au conseil que lui a donné Charles-Quint, mais d'un autre côté il convoque de nouveau le Concile en ces termes : Nos adquos, et SuMMOS PRO TEMPORE PoNTi FIGES, spectat getieroUa Concilia indicere, et dirigere... Episcopos omnesque alios qui interesse debent... convenire statuimus^ decemimtis, declaramus. El quand après une nouvelle interruption. Pie IV rouvre le Concile, il déclare avoir fait connaître cette résolution à l'empereur Ferdinand et aux autres rois et princes qu'il a trouvés, dit-il, paratissimi; mais il ne manque pas d'ajouter : cttm propria auctoritate statuimus et decernimus. Par cette propria auctoritatCi-'û dirige, termine, confirme et promulgue le Concile. Ces parQles se trouvent dans toutes les éditions du Concile de Trenle, tous ceux qui savent le latin peuvent facilement s'en convaincre. Mais si Paul III, Jules III et Pie IV ont cru devoir consulter les princes au sujet de cette grave affaire, pourquoi Pie IX ne ferait-il pas de même? Je vous le dirai bientôt, quoi