LIVRE IIÏ, DOCUMENT GCCVII
pour ajouter au poids des décisions conciliaires la force de Tautorité civile.
Dans toutes les sessions du septième Concile on voit au premier rang l'archiprêtre Pierre et l'abbé, son homonyme, comme Légats pontificaux, puis le Patriarche de Constantinople Tarrasius, et en dernier viennent les représentants impériaux qui n'ont même pas à donner leur signature. (Hard., t, IV, p. 28.) L'impératrice Irène et son fils assistent toutefois à la huitième et dernière session et apposent leurs signatures après celles des Évoques. (Hard., t. IV, p. 483, 486.)
Au quatrième Concile de Constantinople, le dernier Concile œcuménique tenu en Orient, Adrien II envoie ses Légats présider le Concile et faire part de leur mission à l'empereur Basile (Hard. , t. V, p. 768 et 1 030). Les Légats Donatus, Évêque d'Ostie, Etienne, Évêque de Nepi, et le diacre romain Marin lurent au Concile les lettres pontificales relatives à leur mandat sans rencontrer aucune opposition. Dans tous les protocoles, leurs noms figurent les premiers, ils fixent la durée des sessions, donnent lecture des actes, indiquent Tordre des affaires, etc. (Hard., /. c, p. 78i , c. 5.)Basile signa après les Légats et les Patriarches. Voilà ce qu'affirme l'histoire. Soit, direz-vous, mais enfin ces empereurs ou ont assisté aux Conciles, ou y ont envoyé leurs représentants. Oui ! cela est très vrai. Et, de même, Philippe le Bel se rendit à Vienne, Sigismond à Constance. Les ambassadeurs d'autres Etats, empire, royaume et république, assistèrent aussi à divers Conciles, notamment à celui de Trente. Bien plus, ils donnèrent des conseils qui, tantôt furent écoutés, tantôt furent écartés, mais toujours accueillis avec reconnaissance quand ils étaient inspirés par de bonnes intentions. Tout ce qui s'est fait alors, pourrait se renouveler aujourd'hui, car l'Église est toujours la même. Elle respecte et honore les princes, elle désire et s'efforce, de toutes manières, de faire régner la paix entre eux. Malheureusement, certaines difficultés, dont l'Église n'est pas responsable (j'en parlerai dans le dernier chapitre), empêchent la réalisation de tous ces désirs.
Au reste, les conseils de ces princes d'autrefois quels étaientils, sinon des conseils pleins de bienveillance, donnés la plupart par d'excellents chrétiens? Ils n'étaient pas dictés, ces conseils, par une politique pleine de ruses et d'artifices ; le seul amour de TÉglise et du bien général les avait inspirés.
Vous citiez, tout à Theure, l'exemple fameux des ambassadeurs vénitiens venus à Trente : soit, nous l'acceptons ! Mais ces envoyés proposèrent, non pas de supprinier ou de transformer entièrement le décret disant que l'adultère ne rompt pas le lien conjugal, mais simplement d'en modifier la formule de manière à ce qu'il ne parût pas dirigé contre les grecs. Venise, à cette époque, en comptait justement un assez grand nombre, parmi ses sujets ; et elle craignait avec raison de se les aliéner. Le Concile n'ayant pas en vue les grecs, mais les protestants, accueillit favorablement cette demande et, tout en conservant dans son intégrité le sens du canon, il en adoucit un peu la forme. De même, tant que les ambassadeurs discutèrent entre eux la question du rang et de la prééminence, le Concile se tut ; il laissa même toute liberté au comte de Luna qui, ne trouvant aucune place digne de lui, vint s'asseoir au milieu de la salle. Les Pères poussèrent la condescendance plus loin : pour ne pas donner lieu à de nouvelles et misérables querelles, il fut déclaré que Tordre accepté pour le placement à Trente, ne ferait pas loi à l'avenir. Et pourtant, quand à Constance, on voulut dicter des lois au Pape, et le soumettre au Concile; quand àBàle on voulut faire pis encore, se permettre de juger le Chef de l'Église, que se passa-t-il? Bien qu'élu à Constance par une partie de ces mêmes Pères, Martin V n'en infirma pas moins leurs décrets, qui demeurèrent lettre morte. Eugène finit par dissoudre le concile de Bàle et ce concile, au milieu du mépris public, retomba dans le néant. Alors comme toujours, l'Église fut pour le Pape et avec le Pape. A Trente, il y eut aussi de légitimes demandes et d'injustes prétentions, des conseils vraiment sages et des propositions inutiles ; à côté de l'humilité, de Ja charité la plus rare, on vit se tramer des complots inspirés par une politique astu-