IV
Heureusement, TÉvêque de Rennes ayant rassuré le roi,celui-ci changea d'avis » (p. 3S et 36).
Ainsi, d'après vous, les Évêques au Concile sont une sorte de ministres plénipotentiaires envoyés à un congrès quelconque et que le souverain fait parler, se taire, aller et venir, à sa guise ; à qui il transmet des ordres par la poste ou le télégraphe, comme à Tun de ses agents. Nous nous faisions une tout autre idée des Évêques réunis en Concile. Nous les prenions pour les représentants de l'Église et non pour ceux de rÉtat, pour des hommes ayant une autorité propre et de source divine, et non un pouvoir précaire, dépendant des empereurs, des rois, des républiques ou des sultans. Voyez où vous conduit votre raisonnement : les droits que vous attribuez à un souverain italien ou français, il vous faudrait aussi les accorder non seulement à tous les rois catholiques mais encore aux princes schismatiques, hérétiques ou musulmans, qui compteraient un certain nombre de catholiques parmi leurs sujets. La logique Texige, puisque, selon vous, les droits en question dérivent de Tessence même de leur souveraineté. Bien plus, il vous les faudrait concéder aux chefs de ces pays dont le régime politique n'est pas encore défini et dont la constitution, qui n'est ni républicaine ni monarchique, offre encore une fidèle image du chaos.
L'État peut-il rappeler les Évêques du Concile? Sans doute. Henri II d'Angleterre, pour obliger saint Thomas, Archevêque de Cantorbéry, à rentrer dans le royaume, jeta bien en prison tous ses parents !
Comme nous l'avons déjà reconnu, l'État possède des moyens eoercitifs ; il a des soldats, de l'argent, des prisons. Il peut cont?^tir les propriétés ecclésiastiques ^ enlever le pain de chaque jour aux Évêques, aux prêtres, aux religieux, les chasser du pays et soulever contre eux les journaux et la plèbe. Si le ministre craint d'exercer son pouvoir, il n'a qu'à recourir aux chambres ; il réunira toujours à sa dévotion une majorité toute prête à voter une loi inique, devant la majesté de laquelle tout citoyen devra courber le front. Dans le droit moderne, en effet, il n'y a plus