LIVRE in, DOCUMENT CCXVII
a besoin du monument vivant de l'Église pour ne pas paraître une énigme, et que, placés en face Tun de Tautre, ils s'expliquent mutuellement.
Apres avoir entendu la parole qui a fondé le ministère sacré de la réconciliation, parole divine divinement réalisée, il faut entendre celle qui a fondé Tapostolat perpétuel, Tautorité divine enseignante, et qui n'est ni moins divine en elle-même, ni moins divine dans son accomplissement.
Au moment de priver ses Apôtres de sa présence visible, Jésus-Cbrist leur communique sa puissance, et leur promet sa présence invisible, mais plus intime et plus efficace que la première.
« Toute puissance m*a été donnée dans le. ciel et sur la terre. Allez donc et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites, et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles V »
Quel homme a jamais parlé ainsi? Quel homme a jamais pu songer sans folie à fonder une puissance universelle et impérissable, surtout sur les âmes? Et cependant celui qui parla de cette sorte, en maître des temps et des cœurs, n'a-t-il pas tenu parole? N'est-elle pas là, devant nous, cette autorité religieuse sur laquelle seule le temps n'a pu conserver son empire ?
Mais ce n'est pas tout : l'apostolat perpétuel et universel de la vérité, Jésus-Christ le constitue dans l'unité, et il fonde cette unité par l'autorité d'un Pasteur suprême. Or, la parole qui donne à l'Église sa constitution définitive, n'est pas moins divine que les deux premières. Cette parole constituante fut adressée à de pauvres gens, non élus par le peuple, mais choisis, dans leur misère et dans leur faiblesse, par Celui qui seul est grand et qui seul est maître. S'adressant donc un jour à l'un de ces pauvres, Jésus-Christ lui dit : Tu es Pierre^ et sur
i. Mattb., xxvui, 48-20.
cette pierre je bâtirai mon Église^ et les forces de l'enfer ne pré^ vaudront jamais contre elle *.
C'est une chose divine, assurément, de dire à un pauvre pécheur de Galilée : « Je fonde en toi une dynastie immortelle dont le pouvoir s'étendra à tous les siècles. » Mais si c'est une chose divine de le dire, c'en est une plus divine encore de le faire.
Venez donc encore une fois, vous qui jusqu'ici n'avez pas bien regardé l'Église, venez et voyez : Vetiite et videte. Voyez si ce n'est pas l'autorité seule de Pierre qui, du centre de l'unité, s'étend partout et résiste à tout. Les autres puissances sont écoutées là où elles sont armées, et les princes sont obéis là où ils sont princes ; mais la puissance du successeur de Pierre, la Papauté est écoutée là où il n'est pas prince. La foi, dont il est l'organe et le gardien, on la confesse et on meurt pour elle, sous tous les cieux et sur toutes les terres. Ne voyez-vous pas cette hiérarchie sans égale répandue chez toutes les nations, même sous les yeux de pouvoirs ennemis? Cette immense hiérarchie n'a qu'un chef; ce chef est désarmé; il parle, et la catholicité, où entrent toutes les races humaines, n'a qu'une voix pour lui répondre. Comment expliquer ce mystère qui dure depuis deux mille ans? Tu es Petrus, et super hanc petram xdificabo ecclesiam meam : voilà le mot de l'énigme.
Nous n'ignorons pas que des historiens modernes, dans l'espoir de donner à ce prodige une explication humaine, ont prétendu que l'autorité doctrinale de la Papauté ne devint universelle qu'au V® siècle; mais ils n'ont pu le prétendre qu'en méconnaissant les actes solennels où nous voyons l'autorité du Saint-Siège s'exercer en Orient et en Occident, dès l'origine de l'Église.
C'est au premier siècle que saint Clément de Home, disciple immédiat des Apôtres et successeur de saint Pierre, écrit aux Églises de la Grèce, accomplissant à leur égard les devoirs imposés au Vicaire de Jésus-Christ par sa charge universelle;
i. BIatth., i8.