LIVRE lïl, DOCUMENT CCGVII
enfants de l'Église catholique et se montraient toujours disposés à la soutenir et à la défendre.
Au commencement de ce siècle, on inaugura un nouvel ordre de choses dont Torigine date de la révolution française et de l'incrédulité à laquelle elle a donné naissance. Il est bien inutile de rappeler ici quelle route nous a amenés à la situation présente. Rien ne servirait non plus de nous lamenter. Il vaut mieux envisager l'état actuel de la société, et rechercher quel peut bien être maintenant le devoir de l'Église.
II existe, sans doute, encore des princes catholiques dont quelques-uns honorent l'Église par leurs vertus personnelles, mais d'États ou de puissances catholiques, il n'en est plus. Peut-être découvrira-t-on ici et là quelques lointains souvenirs de l'antique protection; on en trouvera quelques restes dans telle ou telle phrase d'un statut, d'un concordat, mais ce n'est plus qu'un signe; et ce signe s'est changé dans un État, dont nous voulons taire le nom, en une amère dérision. Voudriezvous qu'écrivant de Rome, où nous sommes àTabri, mais alors que tout est à craindre pour d'autres à qui nous avons voué toute notre affection, nous vous en donnions des preuves ? Des preuves! mais vous en avez chaque jour d'éclatantes, elles sautent aux yeux de tous. Pourrait-on affirmer qu'il y ait aujourd'hui, en Europe, un seul gouvernement qui veuille et puisse s'appeler le défenseur et l'ami sincère de l'Église catholique? Non, car cette affirmation serait un mensonge et notre âme répugne absolument à le proférer. Nous avons dit : qui veuille et puisse, car la volonté ne suffit pas, il faut encore le pouvoir; or les constitutions actuelles n'accordent plus aux princes qu'une action faible, incertaine et sujette à tous les changements et à toutes les vicissitudes.
Les choses étant ainsi, allons-nous proclamer la séparation de l'Église et de l'État? Non, car nous la croyons contraire au bien des deux sociétés. De leur union naît une plus grande somme de force, de stabilité, une action plus bienfaisante. Nous la crdyons contraire au bien de chacun individuellement. L'homme est tout à la fois chrétien et citoyen, il demande donc
à èlre gouverné par des lois qui ne soient pas en opposition entre elles ; nous croyons enfin cette séparation contraire aor traditions sacrées de TÉglise. Celle-ci, en effet, a tendu une main amie au premier prince chrétien, et les deux puissances ont alors stipulé pour tous les temps et pour tous les lieux une solennelle alliance.
Mais si l'État veut se séparer de l'Église, s'il la repousse et la combat, s'il promulgue des principes et des lois qu'elle ne peut admettre? £h bien, même alors, l'Église respectera le souverain quel qu'il soit, elle lui obéira aussi longtemps que sa conscience le lui permettra ; même elle ne cessera de condamner tout complot dirigé contre le trône; mais aussi elle protestera contre ces principes et ces lois en répétant son immortel non licet. De ses lèvres sortiront, pour cet État, de continuelles prières; dans le domaine purement civil, on la trouvera toujours obéissante; mais, franchement, peut-on lui demander davantage? pourra-t-elle aller jusqu'à introduire cette puissance dans ses conseils?
Et pourquoi d'ailleurs cette introduction? Offrirait-elle quelque chance d'entente?
Supposons qu'il s'agisse de l'importante question de l'enseignement — C'est moi qui dois enseigner, dit l'État, j'en ai seul le droit, l'Église n'a rien à y voir, en dehors de l'enseignement du catéchisme. — Mais si vous enseignez à tort et à travers l'histoire et la philosophie, répondra très justement l'Église, si vous pervertissez l'intelligence et les cœurs des jeunes gens avec vos maîtres et par vos doctrines impies, que viendrai-je faire, moi, avec mon catéchisme? Ma mission n'est pas seulement d'instruire, mais encore d'élever. Mon devoir et mon droit consistent, tout à la fois, à enseigner les vérités religieuses et à former l'intelligence et le cœur de la jeunesse chrétienne !
La question du mariage surgit-elle, aussitôt l'État de s'écrier : C'est mon domaine, n'y entrez pas. — Et l'Église de lui répondre : Votre domaine ne s'étend pas au delà des biens et des rapports civils; quant au lien sacré qui forme la famille chrétienne et