LIVRE III, DOCUMENT CCCVII
que le Christ a élevé à la hauteur d'un sacrement, il m'appartient et m'appartiendra éternellement d'en disposer.
S'agit-il des biens ecclésiastiques, l'État dit à l'Église, vous ne posséderez que si je le veux et dans la mesure que je le voudrai. Si c'est mon bon plaisir, vous n'aurez rien et ne pourrez rien avoir. — L'Église proteste et avec raison : J'ai, lui répondelle, le droit absolu, primordial, de posséder, parce que, toute seule et sans votre approbation, je forme une société légitime. Le jour où vous m'enlèverez mes biens, gages précieux et nécessaires de mon existence, vous vous rendrez coupable d'une injustice criante, d'un sacrilège.
J'ai le droit de surveiller vos actes, dit PLtat. — J'ai le droit de me gouverner moi-même, répond l'Eglise car ce n'est pas vous, mais moi que Dieu a chargée de conduire les fidèles au ciel ; et je ne saurais accepter votre contrôle sans renoncer au plus sacré de mes droits, l'indépendance.
Et à propos do l'indépendance et de la vie propre de l'Église, l'État ose dire : Votre existence légale, vous me la devez, c'est moi qui en définitive ai constitué votre juridiction. — Pauvre pouvoir civil! lui répond avec justesse l'Église, mais je suis né avant vous, et le premier autel a été élevé longtemps avant le premier trône; oui, je suis né avant vous tous; chacun d'entre tous les Etals chrétiens, est sorti de mon sein. \ous pouvez m'oublier et m'oulrager, mais je n'en suis pas moins l'auteur de votre existence.
Soit, mais une fois la société civile constituée c'e^t d'elle seule quedoit découler touteaulorité,toutpouvoir! — L'autorité et le pouvoir, quels qu'ils soient, répond l'Église, découlent de Dieu seul, qui vous en a confiée une partie, pour me donner le reste. Nous devons tous doux rester dans le domaine qui nous a été assigné.
Gomment arriver à un accord, quand de part et d'autre on professe des principes si diamétralement opposés? Quelle ligne de conduite suivraient l'Église et l'État dans un Concile où la discussion de ces questions s'imposerait? Faut-il espérer de la part des États un retour à des idées plus saines? Nous le dési-
rerions vivement, car la lutte des deux puissances ne peut que leur être nuisible. Ah! si un pareil changement avait lieu, on ouvrirait avec joie, comme cela eut lieu à Nicée, les portes du Vatican I Si les États revenaient à elle, est-ce que TÉglise les repousserait? Non ; certes, non I N'est-elle pas la fille, n'est-elle pas le disciple de Celui qui a dit : Je suis venu bien plutôt chercher le pécheur que confirmer le juste? Gomment TÉglise qui aime tant la paix, qui la veut, qui l'invoque sans cesse, ne se h&leraitelle pas de la conclure avec cette société politique que Dieu lai a donnée pour sœur?
C'est aussi le plus cher désir de celui qui écrit ces pages. Il a cédé à l'impulsion de son cœur, car son esprit seul l'en aurait détourné comme d'une entreprise inutile.
Oh ! puisse- t-elle malgré tout ne pas être vaine !
Catholiques, unissons dans ce but nos prières. Elles seront toujours plus puissantes que tous les raisonnements. Notre situation est, jusqu'à un certain point, celle des premiers chrétiens; imitons-les donc. Dieu et l'Église sont toujours les mêmes ; nous seuls peut-être ne ressemblons plus à nos premiers modèles. Redevenons dignes d'eux. Souffrons et prions, mais ne cédons jamais. Un jour^ Dieu parlera peut-être à l'àme des chefs d'État. Ils finiront bien sans doute par s'apercevoir qu'en dehors de l'Église l'horizon s'obscurcit et que le sol tremble. Rappelons-nous que si Dieu ne sauve pas les peuples en se servant de ces peuples eux-mêmes, il pourra bien les sauver sans eux, car le texte sacré nous dit : Mutabis eos et mutabuntur. La vérité seule manet in setemum.
Rome, 21 mai 1869.
François Nabdi, Auditeur de Rote.