‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 516 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGCVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGCVIII

Nous apprécions, très vénérés et révérends Messieurs, tout le poids de la responsabilité qui, en présence de ce grand événement, pèse sur vous : responsabilité même à Tégard de vos prédécesseurs, puisque l'occasion se présente pour vous d'exposer les motifs de leur résistance; occasion qui leur a toujours fait défaut, nonobstant leurs appels réitérés à un Concile général; — responsabilité aussi à l'égard des fidèles confiés à vos soins, et qui ont constamment tenu Toeil fixé sur vous comme sur la boussole qui les faisait naviguer avec sécurité ; — responsabilité qui vous portera à profiter de l'occasion qui vous est actuellement offerte, de soumettre votre cause et la leur à la décision du tribunal compétent; — responsabilité à l'égard de la postérité, dans le cas où Dieu, dans ses décrets impénétrables, permettrait que la malbeureuse situation de notre Église devînt permanente; — responsabilité enfin quant aux moyens employés par vous pour préserver les fidèles de cette calamité.

En disant, très vénérés et révérends Messieurs, que les laïques, en ce qui concerne les difi^érends qui nous séparent de nos frères catholiques romains, ont l'œil fixé sur leur clergé comme sur une boussole, nous ne croyons pas faire tort à la forte conviction qui les attache à leur foi de catholiques. Mais il n'en est pas moins vrai que les points controversés par notre Clerezie sont surtout des questions qui intéressent moins le dogme ou la morale que les droits propres de l'Église de Néerlande. Et certes, à propos de questions d'une nature si compliquée et qui comportent des études spéciales et profondes, on ne peut exiger de laïques qu'ils soient tellement familiarisas avec ces controverses qu'ils puissent asseoir leurs convictions sur leur science personnelle. Nous sommes nés dans l'Église catholique romaine, nous avons été baptisés dans les églises de nos paroisses, nos pères appartenaient à la Clerezie épiscopale, et c'est par ses prêtres que nous avons été instruits dans notre foi; telles sont, vous devez le reconnaître, les raisons pour lesquelles nous sommes membres de la Clerezie. Nos prêtres nous ont parlé des différends qui existent entre notre Église et le Saint-Siège;

quelques-uQS d'entre nous ont lu sur ces matières Fun ou l'autre livre, sans avoir le temps d'examiner beaucoup si les argumentations de part et d'autre sont ou non fondées. Notre conscience est tranquille, non par suite d'une conviction raisonnée, mais parce qu'elle se repose sur la conviction sincère que nous supposons à nos prêtres. En d'autres termes, nous sommes catholiques romains par conviction, mais nous sommes membres de la Clerezie par suite de notre confiance dans notre clergé.

Et le fondement de cette confiance des Isdques découle, à notre avis, de. cette circonstance que dès l'origine du schisme notre clergé a fait un appel réitéré au Concile œcuménique comme au seul juge dont il voulût reconnaître la compétence en pareille cause. Pour tout fidèle qui est convaincu dlB l'autorité de ce tribunal et qui accepte cette autorité comme une nécessité absolue sans laquelle une Église visible ne saurait exister en ce monde, cet appel au Concile était suffisant pour, suivant l'exemple de nos pères, rester fidèles à la voix du clergé de la Clerezie. Et c'est ainsi que la conviction du clergé est devenue en quelque sorte la conviction des Isuques, et que ceux-ci ont uni leurs plaintes à celles de leurs pasteurs au sujet de l'opini&treté et de l'injus* tice avec lesquelles le Chef visible de l'Église refusait, depuis tant d'années, de prêter l'oreille à leurs demandes légitimes, afin d'obtenir un examen de la question d'après lès formes canoniques, suivi d'un jugement dans leur cause.

Les conséquences à tirer de ces faits, relativement à la situation de notre Église en présence du Concile, me paraissent évidentes. Nos chefs ecclésiastiques, qui ont toujours fait appel à une Assemblée de l'Église universelle, feront sans doute tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre les intérêts de la Clerezie dans le prochain Concile et pour démontrer que leur opposition, dont il n'existe peut-être pas un second exemple dans l'Église, ne prenait pas son origine dans des considérations étrangères à la religion et aux intérêts sacrés qui leur étaient confiés, mais reposait sur une conviction sainte, sur le désir ardent de conserver intact le dépôt qui leur était confié; et

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