LIVRE m, DOCUMENT CGC VIII
enfin que leur appel à un Concile général, comme au tribunal établi à cette fin par TÉglise, n'était pas une vaine démonstration, mais la conséquence de leurs efforts incessants pour rétablir les liens brisés de la charité et de Tunion avec leurs frères.
Nous le savons, très vénérés et révérends Messieurs, il ne suffit pas qu'un Concile soit appelé œcuménique par le Pape entouré de quelques sommités ecclésiastiques, leur nombre fût-il relativement considérable : il faut que le Concile réponde aux conditions déterminées par l'Église, pour qu'il ait le droit de porter ce nom. Nous savons aussi qu'un conciliabule tenu à Rome, où le prétendu dogme de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge fut proclamé par Sa Sainteté, entourée de quelques ecclésiastiques, nous savons que ce conciliabule est présenté à nos frères catholiques romains comme une assemblée légitime de l'Église, dont les décisions seraient infaillibles, tandis que nous tenons pour certain que l'assemblée dont il s'agit manque de toute autorité réelle. Nous voulons même supposer un instant — bien que nous blesserions par là la cha^ rite chrétienne — que les motifs qui ont poussé Sa Sainteté à convoquer le Concile qui doit se réunir en 1869 ne sont pas des motifs qui permettent d'espérer une issue favorable ; — nous voulons admettre que dans la convocation du Concile de 1869 les règles établies par les saints canons ont été ou seront mises de côté en tout ou en partie; — il n'en est pas moins vrai que l'on ne pourrait en déduire que ce qui a été préparé dans des vues moins droites et en l'absence de certaines formalités, ne pourrait être conduit à bonne fin : alors même il faudrait que de toutes parts, et en premier lieu par notre clergé, tout fût mis en œuvre pour que l'Assemblée de FÉglise qui va se réunir soit en réalité ce que Sa Sainteté veut qu'elle soit — ce qu'elle doit être — un Concile œcuménique. Chercher à attein* dre ce but, c'est là peut-être, au premier abord, un travail inutile; mais c'est néanmoins un devoir pour tous ceux qui savent qu'il plaît parfois à Dieu de tirer le bien même du mal qu'il tolère.
Nous insistoas sur ce point, très vénérés et révérends Messieurs, parce que nous croyons devoir combattre la crainte que, dans le cas qui nous occupe, notre clergé se bornerait à déposer une protestation : nous sommes convaincus, en effet, que notre clergé a trop souvent fait Texpérience de Tinutilité des protestations écrites, qui ne servent, en effet, qu'à sauver les apparences et ne produisent aucun fruit, si elles n'aboutissent à un résultat diamétralement opposé à celui qu'on cherchait à atteindre.
Nous admettons volontiers qu'une protestation peut avoir sa valeur : mais dans des affaires comme celle qui nous occupe, où les plus graves intérêts sont engagés, oii il s'agit de prévenir que le monde presque entier se trompe de bonne foi, notre conviction est qu'on ne pourrait tecourir à une protestation qn^alors seulement que tous les autres moyens plus énergiques et plus propres à atteindre le but auraient été employés en vain.
D'après notre avis, très vénérés et révérends Messieurs, ce n'est donc aussi que de l'intervention personnelle de notre clergé qu'il est permis d'attendre une solution favorable. Si notre connaissance des règles ecclésiastiques en cette matière repose sur un fondement solide, chaque Évêque, « en vertu de sa dignité », a le droit de prendre place dans un Concile général et peut déléguer ce droit à d'autres membres du clergé. La supposition que ce droit sera contesté à nos Évêques ou à leur délégué, ainsi que nous l'avons pensé tout d'abord, celte supposition n'est peut-être pas invraisemblable; mais ceci demeure une simple supposition, aussi longtemps que tous les efforts pour faire valoir ce droit n'auront point été annulés.
Nous n'en doutons pas, très vénérés et révérends Messieurs, vous choisirez et vous mettrez en œuvre les moyens les plus propres à atteindre une issue favorable. Certes ce n'est pas un mince encouragement — et cette pensée nous remplit de joie — que dans certains pays catholiques nous entendions s'élever des voix qui prouvent clairement que le Saint-Père n'est pas si aveuglément obéi sur tous les points par tout ecclésiastique