LIVRE III, DOCUMENT CCXVII
aujourd'hui que jamais, \oulez-vous vous en convaincre? Voyez co qui arrive quand on touche aux rois et quand on touche aux Papes. Ou a touché de nos jours aux uns et aux autres; des tètes couronnées ont pris le chemin de Texil, et la tiare aussi; l'Europe a-t-elle suivi les rois qui s'en allaient? Ne s'est-elle pas aussitôt rapproché des nouveaux-venus? Ëst^^e ainsi qu'elle a fait, lorsque le Pape a quitté Rome? N'a-t-on pas vu les puissances européennes suivre le Pape par leurs représentants, se montrer plus inquiètes que le Vicaire de Jésus-Christ, et ne s'apaiser qu'après l'avoir revu dans la Yille éternelle? C'est que, malgré les préjugés de l'ignorance rationaliste, préjugés qu'elles partagent trop souvent elles-mêmes, ces puissances ont senti cependant que la Papauté n'est nulle part étrangère; que les conditions, même temporelles, de sa liberté se mêlent à tous les grands intérêts du monde, et que les relations du Chef de l'Église avec les nations ne peuvent s'altérer sans que tout s'altère, oui tout, car le schisme et l'hérésie mêmes dépendent de lui, l'erreur ne vivant que de la vérité qu'elle mutile, et les sectes chrétiennes dépendant, malgré elles, du Christianisme total toujours vivant dans son invincible unité.
Recueillons-nous donc pour regarder encore une fois, du point de vue où nous sommes, l'harmonie surhumaine de l'Évangile avec le fait subsistant de l'Église. Tout n'est-il pas divin ici, et les paroles qui annoncent, et les faits qui réalisent? Les paroles qui annoncent la rémission des péchés par le nouveau sacerdoce^ et les faits qui attestent la révélation des consciences dans la chrétienté; les paroles qui annoncent la perpétuité de l'apostolat de l'Église enseignante, et les faits qui montrent cette perpétuité triomphant de toutes les forces et de toutes les défaillances humaines; les paroles qui annoncent l'unité de cet apostolat par l'autorité d'un pouvoir suprême et indéfectible que Jésus-Christ pose à la base de son œuvre, et le fait éclatant de ce pouvoir désarmé contre lequel sont venues successivement se briser toutes les forces, et s'user toutes les ruses? Saint Augustin a donc eu raison de dire
que, si les Apôlres, en voyant Jésus-Christ ressuscité, ont cru et ont dû croire à sa parole qui leur promettait la catholicité encore invisible pour eux ' ; nous devons, nous, croire à Jésus-Christ, actuellement invisible pour nous, en présence de la catholicité divinement promise et que nous voyons. Oui, de même qu'en contemplant dans Téclat de sa résurrection le divin Architecte qui leur montrait et leur expliquait le plan de son Temple, ils ont cru à cet édifice impérissable que sa main toute-puissante allait élever par leur faiblesse ; ainsi, en voyant dans sa majesté, sa perpétuité, son incomparable unité, ce Temple tel qu'il Ta dessiné, nous confessons que cette œuvre est deux fois surhumaine, et dans la pensée qui Ta conçue et dans la force qui r«a réalisée, et qu'il est impossible de méconnaître en Jésus -Christ u la sagesse et la droite de Dieu », Dei virtutem et Dei sapientiam *. Disons donc avec saint Augustin : Les Apôtres ont vu la tête, et ils ont cru au corps \ nous voyons le corps, et nous croyons à la tête ".
Rationalistes, il faut en prendre votre parti ; le surnaturel est vivant, et, pour le constater, il suffit d'ouvrir les yeux.
Qu'avez-vous donc fait, quand vous avez supposé que la foi défend tout examen à.la raison? Vous avez confondu Texamen du fait de la révélation et de ses invincibles preuves, l'examen de la vérité évidente de la révélation, avec l'examen des vérités révélées, comme si la raison, qui a le droit de savoir si c'est à Dieu qu'elle croit, scia cui credidi^, avait également le droit de révoquer en doute la parole évidemment constatée de Dieu même. Qu'avez-vous fait, quand vous avez supposé, avec l'organe à la mode du rationalisme de notre temps, que, pour le croyant, la foi n'a pas de titre à produire^? Vous avez confondu la foi et la crédulité, et vous avez prouvé la parfaite ignorance où vous êtes de la nature même de l'acte de foi, car cet acte est l'adhésion de la raison à la parole constatée de Dieu, et