IV. e
Tous les catholiques le savent, et ceux qui ne sont pas catholiques devraient du moins le savoir, avant de se poser en docteurs, et d'écrire, avec une présomption qui fait pitié, des sentences comme celle-ci :
(( L'infaillibilité une fois placée dans la personne du Pape, il convient de ne pas la lui marchander. Rien de puéril comme les distinctions entre la capacité publique et privée, officielle et personnelle du Souverain Pontife. Il est infaillible ou il ne l'est pas; mais, s'il l'est, la logique ne permet pas qu'on le regarde comme un autre mortel. C'est le Vicaire de Jésus-Christ, c'est Dieu présent sur la terre, et nous ne concevons pas l'attitude du fidèle qui cherche à tirer une ligne de démarcation entre les les actes de la vie où Pie IX agit en Dieu et ceux où il agit en homme, entre les paroles qu'il prononce de son propre fonds et celles que lui dicte le Saint-Esprit. Passe encore du temps d^un Alexandre VI ; on pouvait être embarrassé en voyant le représentant du Christ mener une vie si peu exemplaire \ Mais aujourd'hui, il n'est guère probable que les fidèles soient mis à pareille épreuve. Rien n'empêche donc qu'on leur donne le Pape qu'il leur faut, un Pontife dont chaque parole soit article de foi et qui rende, par conséquent, tous les Conciles superflus. L'Église mettrait quatre personnes dans la Trinité au lieu de trois, que les catholiques seraient tenus de le trouver bon. Ils y sont implicitement engagés '. »
Tout ceci est plein d'ignorance et de sot orgueil. Les jugements du Saint-Siège donnés pour des sentences dictées par r Esprit-Saint précisément comme les Écritures; toutes les paroles
1 . Parmi les preuves de raccomplissement des promesses faites à Pierre et à ses successeurs, il ne faut pas oublier celle-ci : c'est que renseignement « de la foi » n'a jamais souffert des souillures « de la vie » chez le très petit nombre de Papes, dont la vie ne répondit pas à la dignité pontificale. L'infaillibilité n'implique nullement l'impeccabilité. Du reste, les historiens qui confondent les mœurs de Roderic Borgia avec celles d'Alexandre VI font preuve de science légère et de critique de mauvais aloi.
2. Nous choisissons cet article parmi cent autres de même force publiés en France, parce que le journal officieux d'un gouvernement de l'Europe civilisée, VÉcho du parlement belge, a reproduit avec fierté cette espèce de bulle dogmatique de la libre pensée.