LIVRE III, DOCUMENT GCXVII
culière d'un roi et d'un arrêté royal rendra la chose sensible aux gens du monde.
Enfin, il ne s*agit pas de décisions ou de jugements qui concernent les personnes ou les questions de faits purement personnels, mais des jugements qui concernent les doctrines, c'est-à-dire qui ont pour objet des questions de foi ou de morale, et dans lesquels une doctrine est définie comme devant être acceptée, en tant que conforme à la foi et aux bonnes mœurs, oa comme devant être rejetée, en tant qu'opposée à la foi et aux mœurs. C'est ce que nous avons expliqué déjà au chapitre IV, où tout ce que nous avons dit de l'objet de l'infaillibilité de l'Église doit s'entendre de l'objet de l'infaillibilité du Saint-Siège.
Un saint et savant théologien, le plus fidèle et le plus puissant écho de la Tradition dans les temps modernes, saint Alphonse d« Liguori, résume ainsi tout ce que nous venons de dire :
Licei Romanus Pontifex quatenus particularis persona, sive privatus doctor, possit errare (sicutetiam est fallibilisin quœstio-' rdbus merifactiy qum exhominum testimoniisprsecipue pendent), cttm iamen Papa loquitur tanquam Doctor universalis definiem EX CATHEDRA, uempc ex potestate suprema tradita Petro docendi Ecclesiam, tune dicimus ipsum in controversiis fidei et morum decemendis omnino infallibilem esse *. Nous avons traduit ces
i, Tkeol. mor., lib. I, tr. 2, De legibus. Dissert. De infaUib, Papœ. — En disant de saint Alphonse de Liguori qu'il fut le plus puissant écho de la Tradition dans ces derniers temps, je suis loin de partager le sentiment de ceux qui le donnent comme un simple écho des Pères, des Docteurs et des écrivains ecclésiastiques, laissant entendre par là qu'il n'a rien ou presque rien produit par lui-môme. Sa théologie morale est incontestablement une œuvre originale. S'il a pris Texcellent ouvrage de Busenbaum poar texte, et comme une sorte de table des matières, ce n'est pas qu'il I ait pris pour règle, comme il le dit lui-même. Il est évident, du reste, qu'il a fait sur ce texte « un travail qui n'appartient qu'à lui, travail de premier ordre et dont l'action sur les écoles catholiques est devenue universelle. » Ses œuvres de dogmatique générale et spéciale ont également ua cachet à part. Leur lucidité est telle que les difficultés semblent disparaître sous la plume du saint auteur. Nous ne serions pas surpris, si ces œuvres étaient un jour citées dans les écoles comme ses œuvres morales. Quant à ses ouvrages ascétiques, il suffit de dire qu'ils sont traduits dans toutes les langues. Saint Alphonse a su parler, comme son divin Mattre,
paroles d'avance , et nous pouvons passer maintenant à la démonstration de Tinfaillibilité du Saint-Siège.
Cette vérité est évidemment appuyée sur TEcriture, si les textes qui prouvent la primauté de Pierre et de ses successeurs ' prouvent en même temps et avec la même clarté lear infaillibilité; s'il est évident, en d'autres termes, que Tune est inséparable de l'autre. Or, il en est ainsi, nous allons le voir.
Il y a trois textes principaux qui prouvent la primauté de Pierre et de ses successeurs. Les voici tous les trois :
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de Fenfer ne prévaudront jamais contre elle *. »
« Simon, Simon^ voici que Satan vous cherche, voud et les autres Apôtres (t;o5), pour vous cribler comme le froment; mais j'ai prié pour toi {pro te), afin que ta foi {fides tua) ne défaille point : quand donc tu seras relevé de ta chute, ce sera à toi de confirmer tes frères '. »
Jésus dit à Simon Pierre : a Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci (les autres Apôtres) ne m'aiment? » Pierre lui répondit : « Seigneur, vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui demanda de nouveau : « Simon» fils de Jean, m'aimes-tu? » Pierre lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : Pais mes
un langage qui gagne tous les cœurs, et qui fait & la fois la consolation des simples et Tadmiration des sages. La Pratique de l'amour envers Jésus- Christ, pour ne citer qu'un des chefs-d'œuvre du saint, n'est-elle pas digne d'être placée à côté de Y Imitation ? Parmi ses livres ascétiques, il en est un que saint Alphonse s'est modestement contenté d'intituler Recueil de textes. Au premier abord, on pourrait croire que ce Hvre n'est que cela ; mais, si on le parcourt attentivement, on voit que la pensée de l'auteur en forme seule la trame et l'harmonie, et que tout ce que la Tradition a de plus fort et de plus suave j est mis par sa science au service de sa plume. Nous ne connaissons rien de plus difQcile à faire qu'une œuvre semblable, où les textes ne sont pas juxtaposés, mais enchaînés par une pensée vivante et qui les fait revivre. Si saint Alphonse est un écho, c'est donc à la façon de saint Bernard.
i. Nous avons vu au chapitre v que la primauté du Prince des Apôtres, telle que Jésus-Christ l'a établie, appartient & la constitution fondamentale et (c perpétuelle » de l'Église, et qu'elle persiste par conséquent dans les successeurs de Pierre, les Pontifes romains,