‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 58 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GCXVII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GCXVII

agneaux. Il lui demanda pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? » Pierre fut touché et contristé à la fois de cette troisième demande; il répondit : « Seigneur, vous savez toutes choses; vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : Pais mes brebis *.

Le premier de ces textes dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les forces de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » L'Église sera donc inébranlable dans 8a foi, parce qu'elle sera appuyée sur Pierre comme sur son fondement. Mais comment l'édifice serait-il inébranlable, si le fondement de l'édifice pouvait être ébranlé?

«II est plus clair que le jour, dit Fénelon, que le Saint- Siège ne serait point le fondement éternel, le chef et le centre de la communion catholique (ce qui est de foi), s'il pouvait définir quelque chose d'hérétique dans ce qu'il ordonne à toute l'Église de croire. »

Nous verrons tout à l'heure qu'en entendant ainsi l'Écriture, Fénelon n'est que l'écho de la Tradition tout entière.

Le second texte dit : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne déraille point, et ce sera à toi de confirmer tes frères. » Mais comment Pierre confirmera-t-il ses frères dans la foi, s'il peut enseigner l'erreur?

Le troisième texte dit : « Pais mes agneaux et mes brebis. » La nourriture du troupeau spirituel c'est, avant tout, la doctrine. Mais si l'Église pouvait réformer l'enseignement du Souverain Pontife, ce ne serait pas le Pasteur qui nourrirait les brebis^ ce seraient, au contraire, les brebiâ qui nourriraient le Pasteur.

La Tradition n'a qu'une voix sur cette vérité. La Tradition c'est la foi vivante des Églises depuis leur origine. Écoutons quelques-uns de ses plus illustres témoins :

Saint Irénée, Évêque de Lyon, qui avait conversé avec les premiers disciples des Apôtres en Orient, en appelait à la Chaire de saint Pierre comme à la règle dé foi : « C'est à l'Église

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romaine, dit-il, à cause de sa puissante primauté, que toute rÉglise (les fidèles partout répandus) doit nécessairement rester unie, parce que c'est en elle que se conserve pour tous la Ira-dttion des Apôtres *. »

Saint Cyprien déclare, au milieu du iif siècle, « qu'il n'y avait des hérésies et des schismes dans l'Église, que parce que tous les yeux n'étaient pas tournés sur le Prêtre de Dieu, sur ce Pontife qui juge TËglise à la place de Jésus-Christ '. »

Au lY® siècle^ saint Basile le Grand, Évéque de Césarée de Gappadoce, dit : « Si ce qui doit être cru n'est pas défini par le Concile, il faut le faire définir par le Pontife romain '. »

Saint Augustin, parlant de la condamnation de Thérésie pélagienne par Innocent P% dit à son peuple : « Deux Conciles ont déjà fait parvenir leur jugement au Saint-Siège sur cette cause : la réponse de Rome est arrivée, la cause est finie ^ »

Saint Jérôme écrit au Pape saint Damase : « Je parle au successeur de Pierre ; je sais que l'Église est bâtie sur cette pierre, c'est-à-dire sur la Chaire apostolique; quiconque ne recueille pas avec vous, disperse; il n'est pas avec le Christ, mais avec l'Antéchrist '. »

Au commencement du v"" siècle, le grand Pape Innocent P' écrivait aux Évêques d'Afrique réunis à Carthage et à Milève : « Vous n'ignorez pas ce qui est dû au Siège apostolique, d'où découle l'épiscopat et toute son autorité... Quand on agite des matières qui intéressent la foi, je pense que nos frères et coévéques ne doivent en référer qu'à Pierre, c'est-à-dire à l'auteur de leur nom et de leur dignité *. »

Vers le milieu du même siècle, le Pape saint Léon dit au Concile général de Chalcédoîne, en lui rappelant sa lettre à Flavien : « Il ne s'agit plus de discuter audacieu sèment, mais de croire ma lettre à Flavien, d'heureuse mémoire, ayant plei-

1. Adv. hœres.y lib. III, c. m (Migne, Pair, grœca, t. VII, coL 849).

2. Epist, 55 ad Comelium (Migne, Patr, lat, t. III, col. 802).

3. Epist 69 ad Athan. (Migne, Pair, grœca, t. XXXII, col. 431).

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