LIVRE III, DOCUMENT CCXVII
^ 2, Le Concile jugera-t-il cette définition opportune?
En ce pointy comme en tous les autres, le Concile sera dirigé par TEsprit de sagesse promis à TÉglise enseignante, et il y aurait de la témérité à prétendre prévenir son jugement. Nous nous bornerons donc à exposer simplement notre pensée sur cette question.
UÉglise, nous Tavons vu, n'a procédé à des défmitions dogmatiques que lorsque des vérités de foi furent niées ou contestées. Or, pendant les quatorze siècles qui précédèrent le grand schisme d'Occident, jamais Tinfaillible enseignement de la Chaire apostolique n'a été mis en question. C'est à l'occasion du grand schisme, qu'ont apparu les premiers germes de controverse sur cette vérité jusque-là incontestée *.
Le protestantisme ne l'a niée qu'en niant en même temps toute Tautorité de TÉglise enseignante, et l'institution même du sacerdoce. Pendant cette grande tourmente les germes de la controverse dont nous venons de parler restèrent comme endormis, et ]e Concile de Trente a précédé la pleine formation de l'école, qui s'appuya la première sur la distinction par trop nouvelle du Siège de Pierre et de Pierre lui-même, et qui, la première aussi, soutint ex professo l'infaillibilité du Saint- Siège dans la profession de la foi, sans soutenir l'infaillibilité du successeur de Pierre dans l'enseignement de la foi.
Les Papes, tout en réprouvant les doctrines de cette école, n'ont pas cru jusqu'ici devoir les condamner dogmatiquement, soit parce qu'elles étaient plus théoriques que pratiques, et que ceux qui semblaient y tenir spéculativement, protestaient hautement contre elles par leur conduite; soit parce qu'il leur a paru plus convenable d'en laisser le jugement à un Concile général .
Le Concile de 1869 est donc le premier qui se rassemblera
1. On trouvera, à la fin de cet opuscule, une note relative aux deux décrets des sessions quatrième et cinquième du Concile de Constance sur lesquels les Prélats de 1682 ont essayer d'appuyer l'opinion gallicane.
depuis que Topinion gallicane (qui n'est pas, nous Tavons vu, le sentiment de TÉglise dô France) s'est affirmée, dans la déclaration de 1682, de manière à former un corps de doctrine.
Ce corps de doctrine n'est déjà plus, sans doute, qu'une ombre ou qu'un nuage; mais n'est-ce pas justement parce que ce nuage dérobe encore en partie, aux yeux de plusieurs, la splendeur de l'unité catholique, que le Concile jugera très opportun de le dissiper?
Selon quelques théologiens, cette question est sans importance pratique. Le Pape, disent-ils, n'est jamais séparé de l'Église avec laquelle il forme un seul rôle intégral. Il n'est jamais seul à décider, puisque toujours un grand nombre d'Évéques se joignent à lui. Si les Évèques se divisent, ceux qui sont avec le Pape constituent l'Église, selon le mot siconna de saint Ambroise : « Là où est Pierre, là est rÉglise : Ubi Petrus, ibi Ecclesia *. »
Nous savons cela, mais nous n'en croyons pas moins qu'il est d'une très grande importance pratique que tous pénètrent le fond de cette vérité : que là où est Pierre, là est l'Église, justement parce que là oh est Pierre, là doit être V Église, selon la divine institution du Christ, Nous croyons que si TÉpiscopat catholique a dit toujours avec saint Ambroise : Ubi Petrus, ibi Ecclesia, c'est précisément en vertu de sa foi à l'infaillible primauté de Pierre.
Le Christ n'a rien affirmé avec plus de soin et plus de richesse d'expressions que cette vérité fondamentale, comme s'il eût voulu rendre à cet égard le doute impossible : Quand tu seras relevé de ta chute, tu confirmeras tes frères dans la foi^ car j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point; tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ; c'est à toi que je donfierai les clefs du royaume des deux; ']e te constitue le Pasteur suprême : pais mes agneaux, pais mes brebis : pais les âmes qui reçoivent le lait de la doctrine, et pais aussi celles qui le leur
1. In Psalm. XL, n. 30. (Migne, Pair, lat., t. XIV, col. 1082.)