LIVRE III, DOCUMENT CLXVII
donnent, pais les fidèles et les pasteurs. Nous ne connaissons dans rÉvangile qu'une seule vérité qui s'y trouve affirmée avec la même surabondance de clarté ; c'est la présence réelle de Jésus-Christ dans TEucharislie. Il était juste que le Christ parlât, avec un amour à part, du cœur et de la lète de son Église.
Ne craignons pas de faire comme lui, et ne craignons pas non plus de voir définir, pour ceux qui ont encore besoin de cette définition, la vérité qui sert de base à la divine constitution de rÊglise, vérité que FËcriture nous a révélée avec éclat, et que l'histoire de vingt siècles a glorifiée.
Mais, dira-t-on peut-être, ne convient-il pas de se souvenir aussi de cette parole apostolique : Non potestis portare modo : Ton ne doit manifester certaines vérités qu'à ceux qui sont capables de les porter ? N'y a-t-il aucun danger à l'heure où le schisme et l'hérésie, l'Orient et l'Occident, semblent tourner les yeux vers Tunilé perdue, n'y a-t-il aucun danger à définir l'autorité pontificale? Cetle définition ne créera-t-elle pas un nouvel obstacle à leur retour? Ne suffit-il pas de dire à toute la chrétienté ce qui est déjà défini : que l'Église enseignante doit être unie à son Chef pour être infaillible ?
Mais toute la chrétienté ne sait-elle pas quelle est en ce point la croyance catholique ? Le Non potestis portare modo n'est donc pas ici à sa place.
Et puis, l'infaillibilité du Saint-Siège, expliquée comme elle doit l'être, loin d'éloigner les esprits de bonne foi, ne peut que les attirer. C*est en la dénaturant qu'on l'a rendue repoussante ; ce sera en la montrant et en la définissant telle quelle est, en la faisant voir dans l'Évangile et dans la foi de tous les siècles chrétiens, de toutes les Églises de l'Orient et de rOccident^ ce sera en la proclamant par cette parole : Et erit untim ovile et unus pastory il n'y aura qu'un bercail et qu'un pasteur suprême, qu'on lui gagnera tous les vrais chrétiens. Pourrait-on les gagner en leur cachant les œuvres de prédilection de Jésus- Christ? Certains catholiques ont souvent le grand tort, quand il s'agit de la vérité, de rester sur la défensive. L'apostolat est une offensive d*amour. Pierre ne gagna-t-il pas les cœurs des
iU LE CONCILE DU VATICAN.
Juifs, en leur disant : JésuSy que votes avez crucifié, est ressuscité cT entre les morts ; il est la pierre que vous avez rejetée et que Dieu a choisie pour être la pierre de t angle du grand édifice *.
Et, de nos jours, comment l'Église catholique attire-t-eile les âmes ? Comment altire-t-elle les chrétiens d'Angleterre, par exemple ? Est-ce en cachant sou culte, ses tabernacles et la divine hostie qu'ils renferment? Non, c'est en découvrant son cœur aux enfants qu'en lui a ravis.
L'Église, dans le prochain Concile, nous en. avons la profonde conviction, déchirera donc aussi le voile qu'on a voulu lui jeter sur la tète.