LIVRE III, DOCUMENT CCXVII. i
un siècle de doutes, de sarcasmes et de mépris, ne tenait plus devant le besoin de foi qu'éprouvera toujours Fhumanité.
Mais comme il ne voulait pas remonter la pente de Terreur, que fit-il? 11 appela du nom de foi l'attachement de l'homme à sa propre pensée ; et cette pensée il la nomma révélation !
Le xvm® siècle avait dit : Il n'y a pas de révélation. Le xix® assure qu'il n'y a rien d'autre, et que toute pensée humaine est divine !
L^athéisme avait rejeté le Dieu muet du déisme, en s'écriant : Dieu n'est rien. Le panthéisme lui répond que Dieu est tout, et que tout est Dieu, mais que Thomme est la plus haute manifestation de la divinité, et que c'est uniquement dans l'homme que Dieu arrive à la conscience et à la science toujours progressive de lui-même !
Vous l'entendez : c'est la proclamation du droit divin de l'homme, c'est la théocratie nouvelle, la théocratie sans Dieu, l'idolâtrie moderne où l'esprit humain est lui-même à lui-même sou idole. Celte doctrine n'est-elle pas écrite presqu'à toutes les pagres des livres, des brochures, des revues, des journaux qui inondent aujourd'hui la terre? N'est-elle pas le pain quotidien de notre temps ? Ses apôtres et ses docteurs se gênent-ils pour nous dire : Nos pensées sont changeantes, nos doctrines passent et ne tiennent pas, nos mœurs et nos lois ne sont pas plus fermes que nos doctrines ; mais c'est justement là ce à quoi nous prétendons, car nous sommes des révélateurs qu'aucune vérité n'oblige, puisque la vérité c'est nous !
N*est-ce pas là l'imitation sacrilège, la profanation de VEffo sum Veritas ?
N'est-ce pas là l'absurde théorie d'une vérité toujours à faire et qui ne sera jamais^ puisqu'elle rC est pas?
N'est-ce pas l'affirmation do la négation, le symbole même du néant ?
Mais Dieu a toujours manifesté sa puissance en faisant servir le mal lui-même au triomphe du bien, l'erreur au triomphe de la vérité, et il fera voir encore, par la grande lutte du rationalisme, que la vraie foi seule est invincible. Là
esl la missioa de l'erreur daas sa forme radicale. Les cultes noQ chrétiens ne résislerout pas à cette épreuve. Le paganisme et l'islamiame ne vivent qu'à l'abri des remparts élevés par la force autour de leur faiblesse pour les protéger contre la lumière. Pas plus qu'eux, le schisme et l'hérésie ne supporteront le choc de l'esprit humaiu. L'expérience l'a prouvé partout où elle a pu être faite : dès que la logique touche le schisme, elle le pousse dans l'hérésie ; et dès qu'elle touche l'hérésie, elle la pousse dans l'incrédulité. C'est ainsi que le ralio- Dalisme arrachera tout ce que la main de l'homme a planté : Omnisplatilatioquamnonpiaîitavit Pater.... eradicabilur ' . Son propre mouvement qu'il appelle progrès, ne sera qu'ua mouvement de dissolution, et son activité dévorante que l'activité de la mort. 11 demeurera seul avec la foi catholique seule, et tous les deux combattront d'un bout du monde à l'autre : la foi, pour le Dieu fait homme par amour ; le rationalisme, pour l'homme qui se fait Dieu par orgueil ; la foi, pour la révélaiioD de Dieu à l'homme; le rationalisme, pour la révélation de l'homme à Dieu, oui! de l'homme à Dieu, car il ne faut pas oublier que le faux dieu du rationalisme radical ou du panthéisme ne se révèle à lui-même que par l'humaaité I
La voilà donc telle qu'elle est, dans sa houleuse nudité, l'erreur colossale qui retentit de toutes parts et par toutes sortes de voix, sans excepter celles des poètes et des romanciers * !
Le temps des sectes, des erreurs partielles, des cultes de
i. Matth., XV, 13.
2. Voici ce que vient de répondre un grand poëte déchu, Victor Hugo, ù l'invilalion de se rendre au Concile œcuménique des libres penseurs à Naples :
. • Ilauteville-House, S» avril 1869.
Il A rencontre du concile des dogmes, réunir le concile des idées, c'est lu. Monsieur, une pensée pratique et élevée, et j'y souscris. D'un cflté, l'opiniAlrelé théocratique ; de l'autre, l'esprit humain, h'eiprît humain ett t'etprit divin; le ra;oQ est sur la terre, l'astre est plus haut, i
Mais si haut que soit l'astre, l'esprit humain n'en est pas moins le rayon, et l'ei-prU humain ett l'esprit divin, ou Dieu lui-même. La liarpe éolienne de Victor Hugo résonne donc au souffle panthéiste qui passe, en atlend&Dt qu'il en passe un autre.