‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 93 sur 536 · LIVRE III, DOCUMEiNT GCXVII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMEiNT GCXVII

races s*en va; les préjugés locaux et nationaux sont partout

battus en brèche, et par cette brèche, large comme le monde, |

passeront la vérité et Terreur tout entières, la vérité totale ou catholique, et l'erreur ou la négation totale ou catholique.

Pendant que le monde spirituel marche à ces deux unités de la foi et de la négation, le monde matériel, ce laboratoire du génie de Fhomme sous Tœil et la main de la Providence, se prépare lui-même pour cette division du monde en deux camps : les peuples se mêlent, la vérité et le mensonge vont d'une extrémité de la terre à Tautre avec la rapidité de Féclair, à la lettre et sans métaphore, et tout nous dit que nous approchons d'une lutte suprême. Il est temps que chacun prenne sa place, choisisse son armée et son drapeau.

C'est aussi ce qui commence à se faire, car notre siècle s*est annoncé déjà comme le siècle des grandes défections et des grands retours, le siècle des apostasies et des conversions de premier ordre.

La nation qui a fourni au monde les premiers apôtres de 'hérésie, fut aussi la première à consoler l'Église par les illustres enfants qu'elle lui a rendus. Stolberg, Schlegel, Wemer, Gœrres, Mœhler, de Haller, pour ne parler que des maîtres de la philosophie, de l'histoire, de la science et de la littérature, ont redit à l'Allemagne savante la parole de la foi avec tous les accents du génie.

L'Angleterre s'est ébranlée ensuite ; et Tanglicanisme a vu les hommes dont il était le plus fier, rentrer dans le sein de l'Église par la porte triomphale du sacrifice. C'est parce qu'ils vivent que nous ne les nommons pas.

La France dont la langue universelle donne le ton à toutes les erreurs et à toutes les vérités, la France qui, au xvm*' siècle, avait cru tout renverser en riant, ne s'est-elle pas assise sur les ruines qu'elle a faites, offrant à Dieu, avec l'expiation de ses larmes et de son sang, tous les dons qu'elle a reçus de lui : l'intelligence, l'éloquence, la force, qu'elle avait trop profanées! Ne pouvant parler des vivants, souvenons-nous du moins des morts. Le premier des penseurs modernes au jugement IV. 9

de ses pairs, celui que le chef de Fécole éclectique nomme le plus profond métaphysicien que la France ait connu depuis Malebranche, celui que Royer-CoUard appelait : Notre nunire à tous^ Maine de Biran, est mort dans la foi. Royer-GoUard lui-même est mort dans la foi.

Le plus grand poète du siècle, celui qui a donné le branle à Técole littéraire moderne, Chateaubriand, est mort non seulement dans la foi, mais dans la piété. Nous le savons du témoin de sa vieillesse, d'un autre vieillard qui fut son ami, du digne supérieur des Missions étrangères, qui nous disait, en nous montrant la table sainte de son église : « C'est là que je Tai vu souvent agenouillé. »

Le plus écouté des historiens, celui qui a fourni dans les luttes contre FËglise tant d'armes qu'il a fini par trouver luimême sans tranchant, Augustin Thierry, est mort dans la foi.

Le doute sur cette mort ne s'est-il pas évanoui en présence du témoignage publiquement rendu aux dernières années de de l'illustre écrivain par d'autres voix illustres et vénérées ' ?

Les maîtres des grandes écoles philosophiques, historiques, littéraires, sont donc moii,s dans la foi.

Mais un autre maître encore, le génie politique et militaire qui a laissé la plus profonde trace dans l'histoire moderne, le César des derniers temps, après plus d'un oubli de Dieu et de sa justice, n'est-il pas mort dans la foi? Conduit par cette divine justice dans le désert des grandes eaux, n'appela-t-il pas le Dieu de son enfance sur son rocher solitaire? N'y coufessa-t-il pas la divinité de Jésus-Christ, et ne donna-t-il pas la raison de sa foi avec cette clarté pénétrante qui fut le caractère propre de son génie? N'expira- 1- il pas, l'eucharistie dans le cœur, la prière sur les lèvres, le crucifix sur la poitrine?

Ces grands noms ne sont qu'un signe du temps, le signe du véritable mouvement de retour à l'unité qui remue l'Allemagne, l'Angleterre, la France et le monde. Mais, encore une fois, ce mouvement n'est pas le seul qui caractérise notre époque. Ou

4. M. Hamon, curé de Saint-Sulpice, et le père Gratry de TOratoire.

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