LIVRE III, DOCUMENT CCXVIl
douteux équivalait à une vacance prolongée du Saint-Siège.
Le Concile se rassembla en 1414 avec Tautorisation de Jean XXIII, dans le but de juger la cause des trois Pontifes Benoit XIII, Grégoire XII et Jean XXIII. Mais lorsqu*eurent lieu les sessions quatrième et cinquième, il n'y avait encore à Constance que les seuls Prélats de Vobédience de Jean XXIII,
S'il fallait en croire Maimbourg, voici comment aurait été rédigé le décret de la quatrième session, sur lequel prétendent s'appuyer ceux qui soutiennent la supériorité des Conciles sur les Papes, et qui par conséquent contestent Finfaillibilité du Saint-Siège comme juge suprême des controverses en matière de foi :
cf Ce saint synode, légitimement assemblé au nom dû Saint- Esprit, constituant un Concile général et représentant TËglise, tient son pouvoir immédiatement de Jésus-Christ ; et il n'est personne, de quelque dignité qu'il soit, fût-il même Pape, qui ne doive lui obéir en ce qui a rapport à la foi, à Textirpation du schisme actuel, et à la réformation générale de TÉglise dans son Chef et dans ses membres : Hsec sancta synodus... in Spiritu Sancto congregata légitime ^ générale Concilium facienSy Ecciesiam reprsesentans, potestatem a Christo immédiate habet ; cui quilibetj cujsuscumque dignitatis, etiamsi papalis existât^ ùbedire tenetur in his qux pertinent ad fidem, et extirpationem dicti schismatiSj et reformationem generalem Ecclesiœ in capite et VI membris, »
Ce serait donc dans ces termes qu'aurait été conçu le décret de la quatrième session, s^il fallait en croire Maimbourg ; mais Crabbe est le premier qui, dans son édition des Conciles publiée en 1555, introduisit dans ce décret les mots : Ad fidem. Ces mots manquent dans les éditions plus anciennes, telles que celles de Paris, de Cologne, de Haguenau et de Milan.
« Les cinq premières éditions du Concile de Constance, dit l'auteur des Analecta juris pontifiai ne contiennent pas les mots : Ad fidem; elles portent simplement : In his quse pertinent ad extirpationem dicti schismatis. Cette leçon est d'autant plus remarquable que l'édition de Haguenau (1500), qui a servi de
type aux suivantes, a été faite d'après Texemplaire authentique du Concile do Bàle, manuscrit scellé de la huile Sub plumbo . Les Pères de Bàle avaient pourtant tout intérêt à mettre dans leur copie les mots : Ad /idem; s'ils les ont omis, c'est vraisemblablement parce que l'original qu'ils faisaient transcrire ne les contenait pas. Nous n'avons pas observé, dans la discussion de Turrecremata avec les Pères de Bàle, que la controverse ait jamais été engagée sur les mots en question.
« Si d'anciens manuscrits portent : Ad fidem^ il en est d'autres qui lisent : Ad finem et extirpationem dicti schismatis. Cette dernière leçon semble plus rationnelle. A quel propos le Concile de Constance parlerait-il de la foi ? Le préambule de son décret mentionne simplement l'extinction du schisme et la réforme de l'Église.
« Baluze a laissé dans ses papiers la copie du plus ancien manuscrit de Constance qu'il ait trouvé ; or, malgré l'intérêt qu'il avait à confirmer ses principes de prédilection, il a transcrit de sa main : In his qux pertinent ad finem et extirpationem schismatis, La plupart des érudits de nos jours admettent que c'est le vrai texte, et l'on s'explique facilement que la copie qui fut faite àBàle ait supprimé les mots : Adfidem^ et conservé seulement ceux-ci : Ad extirpationem schismatis^ qui oiïrent un sens complet, quoique le Concile de Constance ait vraisemblablement entendu exprimer « l'extinction du schisme et la destruction radicale de ses restes ^ » .
L'édition officielle n'existant pas et les manuscrits étant en désaccord, la saine critique n'exige-t-elle pas que Ton adopte la leçon seule rationnelle et seule conforme à l'enseignement de la tradition catholique ?
C'est en parlant du même' décret de la quatrième session de Constance, que le savant Emmanuel Schelstrate dit que ces paroles qui figurent à la fin du décret n'en ont jamais fait partie : « et à la réformation générale de l'Église dans son Chef et dans ses membres. » Plusieurs voulaient que ces paroles figurassent
J. L'Avenir catholique, 13 mai 1869.