‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 14 sur 108 · L INFAILLIBILITE ET L ACCORD DES EGLISES · texte numérisé non relu

L INFAILLIBILITE ET L ACCORD DES EGLISES

non seulement au corps entier de l'Eglise composé de membres diA'^ers, mais aussi aux évêques en communion avec le Pape, c'est-à-dire aux membres les plus éminents en union avec leur chef. C'est à eux que le Christ, en quittant la terre, a i^romis son assistance jusqu'à la consommation des siècles. D'où les théologiens enseignent que les évèques exercent le magistère infaillible lorsque, malgré leur dispersion sur la surface du globe, ils s'accordent avec le Pape dans l'enseignement d'une même doctrine. De même, les fidèles, dès qu'ils savent sûrement ce qu'enseigne leurs évèques en communion avec le Pontife romain, ont de la A'érité de cet enseignement une certitude, je ne dis plus morale, mais absolue, c'est-à-dire fondée sur la parole de Dieu./

« Quant à l'accord des Eglises, ce n'est pas toujours le bon moyen de trouver la vérité. L'enquête a souvent été très difficile à mener, et, de plus, il peut s'agir de questions obscures et insolubles pour les fidèles, voire pour les évèques (p. 22). »

Il est un critérium de tout premier ordre, continue le P. Wilmers, critérium utilisé dès les premiers temps de l'âge post-apostolique. L'auteur des Observations ne l'estime pas assez, bien qu'il eût été mis en lumière par un écrivain aussi remarquable que saint Irénée. Parlant de l'Eglise romaine, l'évêque de Lyon écrivait la phrase célèbre : « C'est avec cette Eglise, en raison de sa primauté souveraine, que doit être d'accord toute Eglise, c'est-à-dire tous les fidèles qui sont dans l'univers, j)arce que c'est en elle que toujours s'est conservée la tradition apostolique (p. 24). »

Le chapitre III traite la question de l'unanimité dans les décrets conciliaires. Nous y reviendrons plus loin.

Les explications du chapitre IV sur l'axiome de Vincent de

Lérins : quod ubiqiie, qiiod semper, qiiod ab omnibus, dont si

souvent abusèrent les adversaires de la définition, méritent

une attention particulière.

Après avoir cité le texte, le cardinal Rauscher laissait écliapper «un cri significatif et presque tragique» : « Quatorze siècles ont passé et la force de ces i)^i't>Ies n'est point diminuée : la vérité qu'elles proclament reste profondément ancrée dans le cœur de tout catholique (i). » Que veut dire cette exclamation ? demande le P.Wilmers. Est-il quelqu'un qui conteste la parfaite vérité des assertions de saint Vincent? (c Dans l'Eglise catholique, on doit soigneusement veiller à s'en tenir à ce qui a été cru partout, toujours et par tous, car c'est cela qui est véritablement et proprement catholique, comme le montrent la force et l'ét^^mologie de ce mot qui enveloppe l'universalité des choses. Il n'en sera ainsi que si nous suivons l'universalité, l'antiquité et le consentement général.» Notre auteur suppose manifestement que Vincent a écrit : « Le consentement général fait seul reconnaître la vérité, » ou encore : « Cela seulement est catholique qui a été cru partout, toujours et par tous. » Sinon, il manquerait à la plus élémentaire logique en poursuivant ainsi : « Si donc une doctrine est catholique parce qu'elle s'est trouvée autrefois et se trouve actuellement dans toutes les Eglises, et si la certitude de la révélation divine s'obtient par la constatation de l'accord unanime des Eglises, le témoignage de l'Eglise romaine, quelque importance qu'on lui donne, ne peut procurer par lui seul aucune certitude (2).»/ (^ui oserait raisonner de la façon suivante : « S'il est certain que le mystère de la Très Sainte Trinité est révélé parce qu'il est contenu dans la Sainte Ecriture, il ne conste pas de sa révélation parce que la tradition l'enseigne ! » Et pourtant c'est ainsi que raisonnerait notre auteur...

Non moins étrange est ce second présupposé : « D'après les

principes de saint Vincent, une doctrine pour être catholique

(1) Ohsenationes, etc., p. 21.

(2) Observationes, etc., p. '21.

LES TEXTES DE SAINT VINCENT DE LÉRINS Sl

doit Décessairement s'être trouvée et se trouver dans toutes les Eglises du présent et du passé, » alors que saint Vincent enseigne précisémentle contraire. Use demande, par exemple, ce qu'on avait à faire à l'époque « où le poison de l'arianisme avait infecté presque toute la terre )){Commonit., cap. IV) au point qu'il ne pouvait être question de l'accord de toutes les Eglises (i).

Il suffit, conclut le P. Wilmers, de lire un seul passage de saint Vin cent pour saisir sa véritable pensée et reconnaître que l'accord unanime des Eglises d'aujourd'hui et d'hier n'était tenu par lui ni comme un moyen nécessaire d'arriver à la vérité, ni surtout comme le seul chemin propre à y conduire. Même, d'après saint Vincent, on doit recourir à l'autorité du magistère suprême. / Le texte se trouve au chapitre IV du Commonitorium : « Que faire si quelque contagion nouvelle s'efforce d'empoisonner, non plus seulement unepetite partie de l'Eglise, mais l'Eglise tout entière? Alors encore le catholique aura soin de s'attacher à l'antiquité, qui certes ne j)eut plus être séduite par aucune nouveauté mensongère. Que faire, si même dans l'antiquité il voit deux ou trois témoins, ou une ville, ou même une i^rovince imbus d'erreur? Alors il opposera à l'audace ou à l'ignorance de quelques hommes les conclusions d'un concile œcuménique, qu'il trouvera dans l'antiquité (i). » Ici Vincent deLérins nous présente, en effet, plusieurs moyens qui, à ses yeux, ont manifestement la même valeur.

Nous passons les chapitres suivants des Animaduersiones, dans lesquels l'auteur traite de la formule d'Hormisdas, de la discussion des Trois- Chapitres de la question d'Houorius, "des opinions de quelques papes sur le ministre de l'ordination sacerdotale, de la suprématie des papes sur les princes et les Etats au moyen âge, des rapports de l'Église avec le pouvoir

(1) Animadversiones , etc., p. 32 sq.

civil et l'État elirétien, et réfute les différentes erreurs qu'ont 1 commises ses savants adversaires. Xous arrivons au chapitre XIII, qui est consacré à la doctrine de saint Thomas et aux écoles des ordres religieux. Le cardinal Eauscher avait affirmé dans ses Remarques que saint Thomas n'était arrivé à sa doctrine sur l'Infaillibilité que parce (^u'il avait été induit en erreur par des textes falsifiés, et c'est son autorité qui avait alors ouvert accès à cette doctrine chez les docteurs réguliers. C'est sur ce point que le P, Wilmers insiste davantage (p. 78, sqq).

Il examine d'abord quel a été l'enseignement de saint Thomas. Après s'être demandé s'il appartient au Pape de publier un nouveau symbole,- saint Thomas (i) expose les objections, leur oppose (Sed contra est...) et enfin déveloi^pe sa propre pensée : Je réponds (Respondeo dicenduni qiiod...) qu'une nouvelle édition du symbole est nécessaire pour s'opposer à de nouvelles erreurs. / La publication d'un symbole appartient à celui qui a autorité pour définir ce qui est de foi et pour l'imposera l'obéissance des fidèles. Or, ce dernier rôle revient au pape à qui sont soumises les plus graves questions de l'Eglise [Décrétâtes, Extra, de Bapt. cap. majores). C'est pourquoi Notre Seigneur a dit à Pierre (Luc 22^-) : « J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne chancelle pas; et toi, une fois converti, affermis tes frères. » Car toute l'Eglise doit avoir une même foi selon ce mot de l'Apôtre : « Ayez tous le même langage ; qu'il n'y ait pas de divisions entre vous. » Or cette union est impossible si les controverses dogmatiques ne sont pas tranchées par le chef suprême de l'Église, dont la décision sera admise par tous. Ainsi donc seul le Pape peut donner une nouvelle édition du symbole ; lui seul peut d'ailleurs régler les questions relatives à l'Église universelle, comme de réunir un concile général, etc. » Telle est la

(i) IIsI[««, q. 1. a. 10.

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