‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 16 sur 108 · LES TEXTES DE SAINT ANTONIN · texte numérisé non relu

LES TEXTES DE SAINT ANTONIN

à toi, c'est-à-dire à Pierre et à cliacun de ses successeurs que je donnerai les clefs. » « Cette explication faite d'autorité, continue saint Antonin, peut s'interpréter encore d'une injonction qui nous impose comme vraie et définitive l'explication du pape, etc., et interdit de soutenir ou de penser le contraire. En ce sens, le droit ou pouvoir suprême de résoudre ces doutes n'appartient qu'au pape.

Voici la preuve de ce droit : Il faut admettre dans l'Eglise un chef auquel appartienne l'explication des doutes, spéculatifs ou pratiques, concernant la foi : impossible, en effet, de maintenir toutes les âmes chrétiennes dans l'unité d'une même foi, si elles ne peuvent, dans leurs doutes, s'adresser à un chef — à un chef suprême — ayant pleine et entière puissance pour les résoudre. / Mais où chercher pareil chef, en dehors du pape? A lui donc le devoir de résoudre les doutes. Dira-t-on que le pape, en tant que personne privée, peut pécher et tomber dans l'erreur? Sans doute, répondronsnous, le pape, quand il fait acte de personne privée, peut se tromper... Mais quand il recourt au concile (quelques-uns lisent conseil) [concilio, alii : consilio] et revendique l'assistance de l'Église entière, il ne peut tomber dans l'erreur. Dieu l'a ainsi réglé lorsqu'il dii à Pierre : « j'ai prié « pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ». Et il est impossible que l'Eglise entière admette comme vérité une erreur (i). »

L'auteur de la Qiiaestio tirait de ce passage la conclusion suivante : le pape, d'après saint Antonin, n'a le droit de publier, en matière de foi ou de mœurs, un décret obligeant toute l'Eglise que s'il est conforme à la doctrine de l'Eglise entière. Mais alors, si le pape venait à se tromper, l'Eglise universelle aurait à juger cette erreur, puisque, suivant saint Antonin « il n'est pas possible que l'Eglise entière admette

(1) Animadver s lones, etc., p. 74.

une erreur comme vraie » (i). Le Père Wilmers n'eut, évidemment, pas de peine à montrer en quoi cette conclusion était fausse : Il s'agit précisément d'un doute relatif à la doctrine universelle; selon saint Antonin, c'est au pape, seul juge suprême, à le résoudre. « Si la foi de l'Eglise est déjà connue, joas n'est besoin de s'adresser au juge suprême (2) )>. D'autre part, saint Antonin conteste absolument à l'Eglise le droit de juger une erreur du pape puisqu'il déclare tenir pour notoirement hérétique l'opinion qui permet d'en appeler d'une décision du pape à un concile général (3).

De la doctrine de saint Antonin, il ressort donc que le pape jouit de la j)lénitude du pouvoir sur tous les chrétiens, qu'il a seul, comme fondement de l'Eglise, autorité pour décider sans appel, et qu'il peut seul donner force de loi aux décisions des conciles. Ceci prouvé, le Père Wilmers continue : /

L'on comprend à présent pourquoi le saint distinguant entre le pape j)ersonne privée, et le pape docteur de l'Eglise mentionne le concile, ou un conseil et « l'assistance de l'Eglise universelle, w Ce n'est pas du concile ou de l'assistance de l'Eglise qu'il déduit l'Infaillibilité — le concile ne communique au pape aucune infaillibilité — mais quand le pape se sert d'un concile ou qu'il demande l'appui de l'Eglise universelle, il devient évident qu'il parle en docteur suprême. A d'autres signes encore, saint Antonin aurait pu nous faire observer que le pape ne parle pas comme personne privée. Et de fait, il parle ailleurs du « jugement » que le pape i)orte seul, en matière de foi et auquel il faut nous soumettre. Si le sens de ce passage n'était pas celui que j'ai donné, la citation du texte «J'ai prié pour toi « serait tout-à-

(1) Quaestio, etc., p. 48 a.

(2) Animadversiones, etc., p. 75.

(3) S. 77(.,3, tit. 23, c. 3.

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