‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 17 sur 108 · LA FORMULE DU CONCILE DE LYON · texte numérisé non relu

LA FORMULE DU CONCILE DE LYON

l'ait déplacée, puisque ces paroles sont adressées à Pierre, pris à part des autres apôtres. La raison pour laquelle le pape ne peut se tromper en concile ne dépend évidemment pas du concile, mais c'est l'infaillibilité du concile qui dépend du pontife (i).

En voilà assez sur la doctrine de saint Antonin.

Au chapitre quatorzième de sa brochure le cardinal Rauscber rejette la preuve de l'Infaillibilité tirée de la x>rofession de foi de Michel Paléologue, au IP concile de Lj^on 1274. Voici les j)aroles du symbole : « Ipsa quoque sancta Romana Ecclesia summum et plénum primatum et principatum super universam Ecclesiam catholicam obtinet; quem se ab ipso Domino in beato Petro, apostolorum principe sive vertice, eu jus Romanus pontifex est successor, cum j)Otestatis plenitudine récépissé, veraciter et liumiliter recognoscit. Et sicut prae ceteris tenetur fidei veritatem defendere ; sic et si quae de fide subortae fuerint quaestiones, suo debent judicio definiri (2) ». Cette dernière phrase suggère au cardinal Rauscher la remarque suivante / : « Il n'est pas dit qu'une décision prise parle pape sans l'assentiment de l'Eglise soit irréformable. » A quoi notre auteur réplique : « Il n'est pas davantage affirmé que le pape ne puisse trancher une question de foi qu'avec l'assentiment de l'Eglise. Au contraire, il est dit en termes formels que l'assentiment de l'Eglise n'est pas requis pour rendre une décision irréformable. » C'est que le mot décider [définire] renferme toujours l'idée d'un jugement définitif et irréformable, comme l'usage des conciles le prouve surabondamment. Aussi ne dit-on jamais des évêques, tout juges qu'ils soient individuellement, qu'ils décident [définissent] des vérités de foi, excepté quand, assemblés en concile oecuménique, ils agissent unis au pape. Le mot définir

(1) Animadversiones , p. 77.

(2) Denzinger, Enchiridion, n° 466.

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ne désigne pas un jugement quelconque, mais bien le jugement suprême qui finit la question, le jugement définitif et irréformable.

Dès lors, la formule [de la profession de foi de Lyon] reconnaît la compétence du pape dans les questions de foi, dans les termes mêmes usités j)Our les conciles œcuméniques. Mais si les conciles oecuméniques définissent une question, ils portent un jugement irréformable. Or, que pareil jugement n'appartienne pas au pape seul — car c'est bien de lui seul qu'il s'agit — tout ce qui a été dit à son sujet n'est plus, en fin de compte, que fausseté (i).

Le cardinal Rauscher soutient aussi que les évêques grecs, et le patriarche Veccus lui-même, j)artisan de l'union des deux Eglises, avaient ensuite refusé d'acceiîter la profession de foi formulée par l'empereur (2). Derechef, et grâce à sa riche documentation, le Père Wilmers prouve que c'est tout juste le contraire qui est vrai (3). Mais, remarque-t-il au préalable « que prouverait ce refus, même s'il était historique ? Le refus des Grecs peut-il infirmer la valeur d'une formule de foi déjà confirmée par un concile œcuménique ? Les décrets du concile de Trente sont-ils sans valeur, du fait que les Grecs schismatiques ne les ont pas acceptés ? /

Pour finir, le cardinal Rauscher attaque par un autre biais la profession de foi du concile de Lyon : « Sans doute, dit-il, les évêques latins assemblés à Lyon, étaient présents, mais il n'y a pas trace de délibération, pas trace de décision sur le texte de la profession de foi (4) ». « Comment, s'écrie le Père Wilmers, les Pères latins n'ont pris aucune décision? Mais, je vous le demande, y a-t-il moins dans une profession

(1) Anvriadversiones, etc., p. 82.

(2) Animndversiones, p. 7sqq.

(3) Ibid.,p. 83 sqq. Comparez aussi Hefelé (2* (^d.), H9 sqq.

(4) Observa(wnes,eic., p. 18.

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de foi, que dans une décision? Les historiens que nous résumons ont assez dit quelle explosion de joie salua le retour éclatant à l'unité de foi, par la profession du même sj'mbole ! » Mais on n'a pas délibéré sur le « texte » de la profession de foi ! S'ensuit-il que le concile n'aarait ni discuté, ni api^rouvé le texte ? Mais une délibération est-elle indispensable pour qu'il y ait jugement ? L'a-t-on jamais soutenu ? A coup sûr, sans connaissance de cause, aucun jugement sérieux n'est possible; mais connaître n'implique pas nécessairement : délibération et discussion.

Et de fait y avait-il formule plus notoire, et qu'il fût moins nécessaire de discuter, que cette formule déjà présentée aux Orecs sept ans auparavant, donc connue des latins, et où n'entraient que des assertions dès longtemps familières et reçues des latins ?

Aussi bien trouvons-nous ici une preuve nouvelle du pouvoir du pape en matière de foi. Les Grecs — on doit en dire autant des latins — s'abstinrent de toute délibération ; le pape Clément IV avait dit, en effet, dans sa lettre à l'empereur : « Il ne conviendrait pas, et nous ne voulons pas que les dogmes de la vraie foi (la profession de foi) fassent encore l'objet de discussions et de décisions, car on pourrait en tirer occasion de les révoquer en doute, contre tout droit et toute ■convenance ». S'il a été question, dans la lettre ci-dessus mentionnée (i), de convoquer un nouveau concile..., nous n'avons nullement la pensée de le réunir en vue de ijareilles discussions et décisions.../ Il y aurait souveraine inconvenance et bien inutile infraction au devoir à révoquer en doute cette foi reconnue pure et véritable, qui a été confirmée par tant de témoignages de la Sainte-Écriture, par les déclarations de tant de Saints, et par la définition immuable [stubili definitione] de tant de pontifes (2).

(1) La lettre de l'empereur au Pape.

(2) Aniinadversiones, etc., p. 8G. Cl. Raynald, adann., 1-237, n. 79.

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Il y a plaisir à suivre les péripéties de cette joute intellectuelle ; toutefois le lecteur ne pourra se défendre de trouver que les adversaires de la définition ont mis en avant plus de subterfuges que de sérieuses difficultés.

L'explication de la formule dogmatique du concile de Florence nous a suffisamment retenus (i). Examinons i)lus en détail le chapitre quinzième « sur l'obéissance due au Saint- Siège, » il est des jjIus instructifs.

Le Père Wilmers remarque d'abord que les textes cités par le cardinal Rauscher ne fournissent aucun argument contre l'Infaillibilité.

« L'auteur des « Remarques » reconnaît qu'il faut obéir au pape dans les questions de foi ; il va même plus loin et semble vouloir embrasser la thèse qu'il a si vivement combattue : « Bien qu'un exposé véridique du passé historique [nous avons vu quelle histoire véridique il nous a donnée du concile de Lyon] soit peu favorable à la thèse de l'infaillibilité personnelle du pape, il est pourtant de nature à inspirer aux fidèles une vénération profonde et une filiale confiance envers le Saint-Siège. [Comprenez que la vénération et que la confiance dont a toujours joui le Saint-Siège reposent sur une opinion fausse ! ] Quiconque examine comment la Chaire de Saint-Pierre, dix-huit siècles durant et plus, a géré les intérêts de Dieu, de la foi, et de l'humanité, reconnaîtra que le doigt de Dieu est là; il ne pourra s'empêcher de trouver juste et convenable qu'en matière de foi ou de moeurs les fidèles s'inclinent du fond du cœur, avec une inébranlable confiance, devant les décisions du Siège Apostolique, et il trouvera ces décisions toujours conformes à la doctrine révélée .

Non que ces sentiments de confiance soient une recon-

(1) Animailrersiones, p. 87 sqq.

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