L INFAILLIBILITE DE L EGLISE ET DU PAPE
naissance implicite de l'infaillibilité du pape mais ils l'insinuent vraiment. »/
« De grâce, répond le Père Wilmers, s'il est « juste » que les fidèles accej)tent avec une « ferme » confiance, et comme règle de foi, les décisions pontificales, qu'arrivera-t-il si le pax^e est cependant sujet à l'erreur! Tous les fidèles se croiront tenus en « justice » de mettre leur foi d'accord avec ces décisions; ils croiront donc blesser la justice en ne le faisant pas. N'arrivât-il au pape de ne se tromper qu'une fois, et dans une seule décision : toute l'Eglise pourrait-elle faire autrement que de tomber dans l'erreur, puisqu'elle ne peut, sans injustice, refuser son obéissance dans les questions dogmatiques ? C'est précisément là que l'auteur des considérations est pris en défaut. Il a toujours omis de considérer qu'en vertu des promesses divines l'Eglise entière ne peut tomber dans l'erreur, et que pourtant elle y tomberait si celui auquel toute l'Eglise doit obéissance en matière de foi s'écarte de la vérité dans l'exercice de son magistère enseignant. Que l'auteur veuille donc examiner comment il peut défendre l'infaillibilité de l'Eglise sans admettre l'infaillibilité du pape, et soutenir qu'elle est toujours restée la colonne et le fondement de la vérité...
a Au demeurant, dans ses discussions sur la pratique constante de l'Eglise et du x^euple chrétien, l'auteur a fourni de l'infaillibilité du pape une preuve qui n'est pas sans valeur (i). )>
Le même chapitre du cardinal Rauscher mentionne aussi la crainte, — souvent exprimée par les adversaires de la définition, — de provoquer contre l'Eglise une recrudescence de haine et de l'exposer à de grands périls par cette proclamation. Les protestants s'éloigneraient d'elle encore davantage, et l'on verrait s'unir à eux les catholiques qui ont déjà
(1) Animadversiones, p. 88 sqq.
fait naufrage dans la foi ou cxui voudraient passer pour libéraux./ (c Celui qui veut contenter de tels adversaires, répond avec raison le Père Wilmers, devra sacrifier non seulement l'infaillibilité du pajje, mais encore l'infaillibilité de l'Eglise; ajoutez-j'^ les mystères de la Très Sainte Trinité, de la Sainte Eucharistie, tous les autres mystères, tout l'ordre surnaturel lui-même et toute la religion chrétienne. Car c'est à l'ordre surnaturel tout entier qu'en veulent les hommes dont l'auteur paraît redouter la haine. La brochure de summi Pontificis infallibilitate personali convient même loyalement (p. 3o) que les ennemis de l'Eglise « ne craignent réellement que l'infaillibilité de l'Eglise ».
L'infaillibilité du pape ne fùt-elle pas définie, ces gens-là trouveront toujours devant eux, inébranlable, cette infaillibilité de l'Eglise qu'ils redoutent et détestent cordialement, et comme elle ne peut être sacrifiée, les catholiques resteront toujours en butte à la haine des ennemis de l'Eglise. La même brochure peut aussi conclure que les railleries et les insultes dont elle redoute l'amertume ne manqueront jamais^ parce que l'obstacle que nos adversaires craignent seul au monde, c'est-à-dire l'Eglise catholique, ne périra jamais(i).)>
Omettons les développements suivants de l'auteur de la Quaestio (p. 91 sqq), où l'infaillibilité du pape est qualifiée de « miraculeuse » (2). Vers la fin, le Père Wilmers revient à l'objection précédente du cardinal Rauscher : « Si l'infaillibilité n'est pas solennellement proclamée, tout ce qu'on lui trouve d'odieux sera-t-il écarté? La situation ne va-t-elle j)as empirer? L'auteur l'avoue : les catholiques tiennent qu'il est a juste » d'accepter les décisions pontificales avec une « confiance inébranlable ». Tant de millions d'hommes sous-
(1) Quaestio, p. 26 b. //// qui personalem et miraculosam unius et solius Rom Pontijicix infallibilitatein de{endunt.
(-2] Animadversiones , p. 90.