THÈSE DE LA MINORITÉ
iibiqiie, quod ab omnibus ; ils citèrent le cardinal Bellarmin, pour qui les dogmes doivent être prouvés par l'unanimité des Eglises; une définition dogmatique, concluaient-ils, requiert l'assentiment unanime des Pères qui représentent l'Eglise.
Le règlement (n° i3), auquel se rapporte ce passage de la protestation, n'avait pas établi pour règle que les définitions dussent se faire à la majorité des voix. Le paragraphe iS*"® n'a pas un mot qui les concerne. / Il traite du vote des évêques sur les amendements proposés aux différentes parties du schéma ou au texte de chacune d'elles (i). Dans les délibérations, où les évêques seuls figurent, il va de soi que la majorité des suffrages fixe les décisions : comment clore autrement une discussion sur l'emploi de tel ou tel mot, par exemple, à insérer dans le texte du schéma? S'il faut choisir, pourquoi s'arrêter au mot qui ne satisfait qu'un nombre restreint de Pères ?
Mais la protestation entend parler des délibérations où il est question de définir une vérité de foi. La difficulté est ainsi conçue : Le pape peut-il approuver une doctrine et en faire un dogme quand la fraction la plus importante de l'épiscopat lui donne seule son placet? Nous savons avecquelle énergie quelques Pères — dont M^"" Strossmayer — soutenaient la thèse de l'unanimité morale. Ce dernier menaça même de quitter le concile si la règle de l'unanimité morale n'était pas reconnue (2). La même demande fut renouvelée le 25 mars par quatre évêques américains : M**" Purcell, archevêque de Cincinnati, et les évêques Fitzgerald, de Little- Rock, Vérot, de Saint-Augustin, et Whelan, de Wheeling; leur postulat (3) aux présidents du concile prouvait la nécessité de l'unanimité i)ar la prière sacerdotale de Jésus- Christ, où le Sauveur insiste sur l'union nécessaire parmi
(1) «Tum super emendationibus, tum super singularum partium textu. » CF., 69 b.
(2) Voir IIP vol., p, 57.
(3) C.V.,974cl, sqq.
ses disciples et la donne comme le signe distinctif des siens. Ils citaient aussi saint Vincent de Lérins et l'exemple de Pie IV.
Pareilles manifestations étaient évidemment inspirées par le désir d'assurer la victoire de l'opposition sur la majorité, dans la question de l'Infaillibilité. Mais elles provenaient surtout de l'erreur qui voyait dans l'unanimité des Eglises le seul moyen de prouver la vérité chrétienne et de celle qui estimait que le devoir unique des évêques au concile était de témoigner de la foi de leurs diocèses respectifs. Le seul moyen de découvrir la vérité chrétienne, disait-on, c'est l'unanimité des Eglises dans la foi./ Or, les évéques rassemblés de tout l'univers nous apprennent ce que croient les Eglises. Si leurs affirmations concordeut, c'est donc que toutes les Eglises sont d'accord sur la doctrine en question, et nous sommes, dès lors, assurés que cette doctrine est révélée. Par contre, si le témoignage d'un grand nombre d'évêques contredit le témoignage des autres (nous n'avons pas à tenir compte de rares unités), plus d'unanimité des Eglises, partant plus de raison d'affirmer que la doctrine appartient au trésor de la révélation.
Comment des erreurs aussi flagrantes ont-elles jni trouver crédit auprès de certains évêques ? A coup siir, l'identité d'une croyance dans toutes les Eglises est une preuve certaine de sa vérité, l'Eglise entière ne pouvant tomber dans l'erreur. Mais cette identité n'est pas un fait si commun, surtout quand un concile est tenu au moment où se propage une hérésie: l'on peut voir alors des parties notables de l'Eglise infectées par l'erreur et même nombre d'évêques séduits par elle. Si l'Eglise entière est garantie contre toute défaillance dans la foi, il n'en va pas de même des Eglises particulières. Ainsi l'unanimité des Eglises n'est pas le seul moyen de découvrir la vérité chrétienne : et la Sainte Ecriture ! et les ouvrages des Pères de l'Eglise ! et les déci-