LA CONTROVERSE
l'infaillibilité dans la foi a été garantie par Dieu moins au corps de l'Eglise qu'à des membres particuliers (abstraction faite du Souverain Pontife). Elle irait, enfin, jusqu'à détruire l'infaillibilité de l'Eglise et, pareille unanimité une fois exigée, c'en serait fait du dépôt entier de la foi : comme il peut en effet arriver que quelques éveques adhèrent à des doctrines hérétiques, ces doctrines ne sauraient être atteintes par une condamnation infaillible et la pureté de la foi ne peut être maintenue si ces évêques ne souscrivent pas eux-mêmes à leur propre condamnation (r). »
Il faut aussi repousser comme inutile l'unanimité morale des évêques Car une partie relativement considérable de l'épiscopat pourrait fort bien s'écarter de la vraie foi, enseigner une hérésie, défendre de fausses doctrines et, soit calcul, soit passion, soit esprit de parti, s'opposer à leur condamnation. Supposez alors l'unanimité morale des évêques nécessaire pour une définition : le concile se verrait dans l'impossibilité de définir la vérité menacée./ Pareille hypothèse entraîne cette double alternative : qu'il n'est pas au pouvoir de l'Eglise de condamner les hérésies naissantes ou bien que Dieu a dû s'engager à ce qu'il ne se trouvât jamais un nombre important d'évêques pour s'opposer à la définition de la vérité. Mais il n'y a pas trace d'une promesse de cette nature dans l'Ecriture Sainte, ni dans la tradition (p. 56); pas davantage dans l'histoire de l'Eglise, aurait pu ajouter l'auteur, car dès les premiers conciles où furent agitées des questions sur la Très Sainte Trinité et la personne de Jésus-Christ, un nombre assez considérable d'évêques étaient partisans de l'erreur.
Il ne serait pas facile aux tenants de l'unanimité morale, remarque ensuite Sangaineti, de déterminer quel est le nombre d'évêques dont l'opposition rendrait une définition
(1) Votum, p. 54 sqq.
impossible. La huitième partie des Pères du concile n suffirait pas, répond Sarpi. Que dire alors du septième, etj comment prouver que l'opposition du septième des voix rendrait la définition invalide ? Rendue dans de pareilles: conditions, une définition serait repoussée par les opposants,! sous prétexte que runanimité des Pères a fait défaut, les] simples fidèles seraient troublés et la foi catholique risquerait de périr. La seule raison — ou mieux le seul prétexte — pour soutenir l'unanimité morale est d'esquiver une définition du concile qui déplaît. « Et, de fait, l'expression est assez équivoque pour qu'un homme habile puisse, en exploitant les circonstances, présenter l'opposition de dix ou douze Pères sous un jour tel que 1 unanimité morale semble être ruinée (p. 57). »
Les défenseurs de l'unanimité morale puisèrent leurs arguments surtout dans l'histoire Passant en revue tous les conciles généraux, depuis le premier concile de Nicée, ils affirmaient que les définitions dogmatiques ont toujours été obtenues du consentement moralement unanime des Pères./ En fùt-il ainsi, il ne serait pas prouvé que l'unanimité soit nécessaire (i). Mais que peut-on tirer des conciles invoqués? L'exemple du premier concile de Nicée est déjà mal choisi. Suivant les auteurs ecclésiastiques cités par M^'"" Fessier (2), dix-sept ou vingt-deux Pères, sur les trois cent dix-huit qui composaient le concile, étaient favorables à l'Arianisme. Tous, à vrai dire, font remarquer nos adversaires, finirent par souscrire à la définition, deux exceptés (3); mais, en
(1) Par contre, n'eût-on qu'un exemple d'un concile œcuménique décidant une question de dogme sans l'unanimité des Pères, c'en serait assez pour établir qu'elle n'est pas nécessaire. «Si, pour atteindre un but, on a suivi mille lois telle route, et une fois seulement utilisé telle autre, il n'en faut pas plus pour conclure qu'il y a encore une route en dehors de la première. ■» Zinklli, /. c p. 24.
(2) Praxis conciliorum, etc., p. 1.
(3) De l'unanimité ?norale, etc., p. 6.
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