LE « CAS DU CONSCIENCE
preuves positives sont à elierclier dans les textes clairs de la Sainte Ecriture et dans la Tradition catholique. Il ne suffit •donc pas de juger que cette doctrine est une déduction théologique plus ou moins prouvée; d'avoir lu quelques phrases des Pères diversement interprétées, de considérer l'Infaillibilité comme une pieuse doctrine, qui manifeste plus de filial dévouement envers le Pape, etc./
La troisième question demandait : Que doit farre l'évêque après cet examen? — Il peut alors, dit la réponse, ou rester dans le doute, ou tenir la doctrine comme vraisemblable, ou la considérer comme certaine. Dans le premier cas, s'il donne un Placet, il commet un vrai crime. Dans le second cas, personnellement, il peut tenir cette doctrine pour solide, mais il ne peut l'imposer aux autres : c'est un AVm Placet •qu'il doit déposer. Mais s'il reconnaît avec pleine certitude que la doctrine en question est vraiment révélée, et qu'elle a toujours et partout été crue comme telle par l'Eglise catholique, (ce qui, dans la pensée de l'auteur, sera difficilement le cas), il lui faut encore chercher s'il est opportun en face des tempêtes que provoquera sans doute la définition, de promulguer cette doctrine, quand l'Eglise, pendant dix-huit siècles, n'a jamais cru devoir la définir.
Enfin, l'auteur décrivait les conséquences redoutables de la définition et ajoutait: Quelles angoisses les évêques n'auront-ils pas à endurer s'ils doivent un jour reconnaître les funestes suites de leur imprudente témérité !
En somme, si l'on fait abstraction d'exagérations considérables, on pourra ne pas rejeter toutes les opinions de cet écrit. Mais ce qu'on doit reprocher à l'auteur, quel qu'il soit, c'est l'audace avec laquelle il s'érige en docteur et juge de tout l'épiscopat. Il s'oublie jusqu'à reprocher à la grande majorité des évêques une faute grave et un manque de conscience. Car, après avoir affirmé, avec une assurance déconcertante qu'il
y aurait pour un évêque quadruple péché mortel à voter la définition d'une doctrine sans avoir la certitude que cette doctrine est révélée, il avance de plus qu'il est difficile à un évêque, après examen sérieux, d'arriver à la certitude touchant l'Infaillibilité. L'auteur n'est pas sans savoir que plus de cinq cents évèques avaient proposé la définition de cette doctrine, et étaient prêts à la voter. Avaient-ils la pleine assurance que cette doctrine est révélée, oui ou non ? / L'auteur affirme qu'ils ne l'ont pas, un grand nombre du moins. On ne peut donc les excuser.
Les évèques sentirent l'injure que leur infligeait cette brochure envoyée à chacun d'eux, à son domicile particulier. Comme elle parut au mois de mai, lors de la discussion générale sur le schéma de la première constitution de Eccleaia, plusieurs Pères exprimèrent publiquement leur désapprobation dans leurs discours. M^"" Salas, évêque de la Conception au Chili, ajouta à sa déclaration sur l'égalité de tous les évèques, les paroles suivantes : « qu'ils le sachent bien, ces nouveaux docteurs des évèques, qui, dans leur arrogance et leur mépris de la dignité épiscopale, se sont glissés chez nous furtivement sans nous saluer, pour nous apprendre^ ainsi qu'à des écoliers sous la férule du maître, comment nous devons nous y prendre pour voter eu sûreté de conscience : de tous les écrits contre l'Infaillibilité dont on nous accable, aucun ne condamne plus sévèrement son auteur. Quand, pour défendre leur cause, des avocats recourent à des procédés aussi indélicats, aussi injurieux pour les évèques, c'est que la cause est déjà perdue, ou bien près de l'être (i) ».
D'après M^'"" Manning (2), supposer que les évèques n'avaient pas la pleine certitude touchant le caractère révélé de l'Infaillibilité, c'était déjà faire injure à l'épiscopat, tant
(1, Acta congregationum generalicum III, 256 s(i. (24 mai) (2) Ibid. m. 279.
CRITIQUES ET REFUTATIONS 95^
cette doctrine apparaît claire dans les sources de la révélation. / « Je suis porté à croire, disait-il, qu'une pareille argumentation, ou procède d'un mépris des plus blessants, ou émane d'adversaires non-catholiques désireux de rabaisser la dignité du Concile et de semer la zizanie parmi les Pères.))
M^'' Rota (i) et M^"" Spalding (2) revinrent aussi sur récrit : « c'est, disait celui-ci, un examen de conscience à la Trons^on. Je propose à l'auteur de la brochure un sujet pour son examen de midi; qu'il se demande : puis-je en conscieuce donner ma voix à la déclaration gallicane et à son quatrième article ? je veux dire à cette thèse qui fait de l'assentiment de l'Eglise la condition absurde — je ne trouve pas d'autre mot — de l'infaillibilité des définitions pontificales? alor& que depuis près de deux siècles les Papes ont repoussé pareille doctrine ! ))
L'auteur de la brochure ne se découvrit pas; par leur manière d'y répondre, les Pères semblent croire qu'il se trouvait dans l'assistance (3).
Plusieurs répliques parurent. J*ai sous les yeux une brochure du P. Marie- Ambroise Potton O. P., (4) conçue en termes mesurés, et qui met dans la bouche des évoques la réponse à l'écrit anonyme. Après avoir relevé nombre d'expressions équivoques, l'auteur s'étonne qu'on ait osé, tout en cachant son état et son nom, s'ériger de sa propre initiative en docteur de l'épiscopat uni au Pontife Romain : l'auteur n'intime-t-il pas leur devoir aux évoques, comme un maître d'école fait aux enfants, et sous la menace d'un quadruple péché mortel ? /
(1) Ibid., 111,265.
(2 Ibid., 111,370.
(3) Pelletier, (il/"'" Diipanloup, ]).9S) donne M^Dupanloup comme l'auteur de la brochure.
(4) Responsio ad opusculum quoddam, cm titiilus est. Disquisitio moralis, etc. NeapoLi.
Ce quadruple péché, cinq cents Pères sont pi'êts à le commettre, puisqu'ils sollicitent la définition d'une doctrine si difficile à connaître comme révélée, à en croire l'anonyme.
C'est troj) peu dire, ils sont déjà au fond de l'abîme, si c'est déjà pécher que de vouloir i^oser un acte gravement coupable (p. 9 sqq.). Mais quelle exagération, dans la seule menace d'un quadruple péché! Tout évêque catholique croit à l'infaillibilité des conciles, et que les doctrines par eux définies sont toujours de vérité révélée (i). Il ne pèche donc pas contre la foi, comme s'il imposait à la foi de la chrétienté une croyance douteuse. Il ne jjèche pas plus contre la justice; l'anathème atteint ceux-là seuls qui refusent de croire à une vérité réellement révélée, et définie par un concile légitimement assemblé. Trouble-t il la concorde et la paix de l'Eglise, en collaborant à une définition du concile? mais on ne peut soutenir sans une forte dose d'arrogance qu'une définition du concile trouble la paix de l'Eglise (p. 14 sqq) /.
Pour arriver à la certitude qu'une vérité est révélée, l'auo nyme impose aux évêques une méthode étrangement rigou' reuse. Point n'est besoin d'examiner, de peser toutes les objections soulevées par les opposants : « on remplirait une bibliothèque à vouloir rassembler, non pas les innombrables ouvrages anciens, mais les ouvrages datant de deux ans seulement, pour ou contre l'Infaillibilité ». Et cependant, à en croire l'anonyme, chaque évêque devrait lire par lui même et soigneusement étudier tous ces livres! (p. 17 sq.).
Une vigoureuse réfutation de \ajDisqiiisitio futiDubliée par le P. Antoine Ballerini, S. J. (2), moraliste bien connu du
(1) L'infaillibilité d'une définition conciliaire ne dépend pas. cela va sans dire, du/aî7que chacun des évêques a consciencieusement rempli son devoir; de même l'obliiîation, pour l'Eglise de s'y soumettre, ne peut être conditionnelle, ni dépendre de l'enquête faite par les fidèles sur la conduite des évêques.
(2) Jus el olficium episcoporum in ferenii" fiuff-a(iio pro mfullibditate Romani Pontificis contra nuperas cautlluliones per disqui.silionem inuraiem. Roinae.