CHAPITRE VI Seconde discussion sur le Petit Catéchisme
Les écrits mentionnés plus haut parurent en majorité à l'époque des débats sur le schéma de la foi catholique. Mais la controverse se prolongea bien après la clôture de la troisième session solennelle.
Les membres de la Majorité voyaient dans la définition de l'Infaillibilité le seul moyen de rétablir dans les âmes une paix aussi nécessaire aux évèques qu'aux fidèles. Ils espé-raient, la première constitution achevée, voir l'Infaillibilité soumise à une discussion immédiate. Aussi, grande fut leur déception quand, le lendemain de la troisième session solennelle, 24 avril, on remit aux Pères le schéma corrigé du petit catéchisme, en les informant qu'on commencerait à le discuter le 29 avril (i).
Le nouveau schéma (2) était grossi d'un paragraphe de caractère historique, formant préface : on y rappelait l'attention donnée de tout temps par l'Eglise à l'instruction religieuse de l'enfance, l'obligation faite par le Concile de Trente aux évêques de faire instruire les enfants de chaque paroisse au moins les dimanches et jours de fête, / l'initiative qu'il prit même de rédiger un texte précis, pour donner au peuple une connaissance sérieuse de la foi chrétienne, et pour servir
i'2)lbid.,t564d. sqq.
dOO HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
aux pasteurs dans l'exercice de leur saint ministère; — il s'agit du catéchisme romain à l'usage des curés, composé par les soins du Saint-Siège sur le désir du concile. Le pape avait fait plus : désirant qu'une méthode uniforme réglât dorénavant l'enseignement de la doctrine chrétienne, il avait chargé le vénérable cardinal Bellarmin d'écrire un petit catéchisme à l'usage des enfants, et l'avait instamment recommandé aux évêques et aux curés.
Les paragraphes suivants se bornent à reproduire les articles du premier projet complétés ou remaniés d'après les observations faites. « En ces dernières années — poursuit le schéma — la diffusion d'un trop grand nombre de petits catéchismes dans les provinces ecclésiastiques et jusque dans les divers diocèses n'a pas été sans inconvénients sérieux. Pour y obvier, le Pape songerait avec l'assentiment du concile, à faire rédiger un nouveau catéchisme en latin, sur le modèle du catéchisme d(; Bellarmin, en s'inspirant aussi des catéchismes les plus en usage. Il serait obligatoire partout. Les patriarches ou archevêques de chaque province s'entendraient avec leurs suffragants, et avec les évêques de même pays et de même langue, pour les faire traduire soigneusement en langue vulgaire. Ordre exprès de s'en tenir constamment au petit catéchisme pour l'instruction élémentaire des fidèles; au reste les évêques seraient toujours libres de publier des instructions catéchétiques plus développées, pour compléter l'instruction des fidèles et les mettre à l'abri des erreurs répandues dans les diverses régions. Que s'ils voulaient les fondre dans le petit catéchisme, ils devraient veiller à maintenir, bien distinct et reconnaissable, le texte prescrit par Rome. Le schéma conclut en recommandant avec insistance l'emploi du catéchisme romain par les curés. /
Un rapport (i) annexé au schéma rend brièvement compte
li) C. F., 665 c. sqq.
LE NOUVEAU SCHEMA lOd
de la façon dont la députation a procédé au remaniement du schéma.
Faut-il, en principe, rédiger un petit catécliisme pour toute l'Eglise? Faut-il en recommander ou en prescrire l'introduction ? Double question de fond, que la députation eut à examiner suivant les désirs formulés lors du premier débat. « Elle ne pouvait répondre à la première que par l'affirmative : nombre d'évêques n'avaient-ils pas réclamé un catécliisme universel, dès avant le concile ? L'idée n'avait-elle pas été fort applaudie au concile même, et appuyée de sérieux considérants ? .. Mais de plus, la fréquence des déplacements exposait dès lors à tant d'inconvénients l'emploi de catécliismes variés, qu'il semblait nécessaire à la députation d'assurer'par une loi spéciale l'usage du catéchisme nouveau; elle était en cela d'accord avec la plupart des orateurs des congrégations générales. »
Touchant les observations de détail, on s'entendit pour mentionner les catéchismes les plus répandus, à côté du catéchisme de Bellarnïin; sur la traduction ou adopta le vœu de quelques évéques : au lieu d'une traduction Uttéralej on parlerait d'une traduction fidèle, terme dont s'était servi le concile de Trente. {Sess. XXIV cap. j de Reforni.) Quant aux développements, point ne serait besoin de les publier à part ; on ne pourrait cependant les insérer dans le catéchisme qu'à la condition de distinguer nettement le texte et les explications ajoutées. L'enseignement élémentaire des fidèles, spécifiait-on pour finir, comporterait l'usage exclusif, et sans addition, du catéchisme universel. » /
Le schéma contenait certaines remarques auxquelles on ne pouvait donner suite. Elles portaient, par exemple, sur l'obligation pour les curés et les prêtres d'enseigner le catéchisme, déterminaient la méthode de rédaction du petit catéchisme, le temps à consacrer à ce travail, les personnes à y appliquer, les précautions à prendre pour parer aux inconvé-
nients qui, suivant quelques Pères ne manqueraient pas dans le cas d'un catéchisme imposé par l'autorité. Ces questions, et d'autres, s'écartaient du but du schéma; n'était-il pas préférable de les abandonner au zèle et à la prudence du Saint-Siège? » Là s'arrête le rapport.
Au jour fixé, les travaux de la 47^ congrégation générale s'ouvrirent par les explications complémentaires fournies de vive voix, suivant le règlement, par Mgr AVierzchlej'ski, archevêque de Lemberg, du rite latin. Parlant au nom de la Députation de la discipline (i). sur la nécessité d'un catéchisme universel, il fait siens les motifs énumérés par Pie V dans son introduction au catéchisme romain ; il observe qu'aucun catéchisme — bien qu'il y en ait d'excellents — ne jouit de l'autorité qu'aurait un catéchisme décrété par le concile général. De plus, les raisons qui rendent nécessaire un catéchisme de ce genre valent pour tous les paj'^s : il faudrait donc le rendre obligatoire partout; autrement jamais la diversité des catéchismes ne disparaîtra : les uns adopteront le nouveau catéchisme, les autres ne l'adopteront pas; des provinces, des diocèses, et jusqu'à des paroisses auront leur catéchisme particulier où à côté d'omissions graves, on verra s'étaler des développements suspects et inutiles.
L'intelligence exacte des choses de la foi dépend, pour une part, de l'expression, il ne faut pas l'oublier; « à nous, dit Vorateur, d'empêcher l'erreur de se glisser à la faveur de cette diversité des catéchismes, en mettant entre les mains du peuple le catéchisme du concile, bouclier qui le garantira des erreurs naissantes. / Des esprits cultivés peuvent reconnaître l'identité de la doctrine sous la diversité des formules, mais il n'en va pas de même des enfants et des esprits simples: s'ils entendent en deux endroits la même doctrine exposée en termes différents, ils ne reconnaissent plus les locutions
(1) Acta conyreijationu'H generaliuin II, 455 sqq.
L UNIFICATION DES CATECHISMES 103
familières, ils s'imaginent entendre une doctrine nouvelle, ils ■se troublent et se scandalisent.
Dans le débat antérieur, quelques Pères avaient objecté que la différence de mœurs, de race, de civilisation, s'opposait à l'adoption d'un même catéchisme dans tous les pays. Assurément, réplique le rapporteur, il faut tenir compte, •dans l'explication du catéchisme, de la diversité des peuples, mais un même catéchisme, qui s'en tient aux seules notions fondamentales de la religion, peut fort bien convenir à tous les peuples. Même réponse à ceux qui avaient mis en avant les divergences que l'on rencontre dans certaines contrées, par exemple sur les impots ecclésiastiques, la célébration des fêtes, les Jours de jeiîne et même les commandements de l'Eglise. L'introduction d Un catéchisme universel, observait-on encore, restreindrait trop l'autorité et les droits des évêques. L'orateur réi)ond qu'une décision ])rise en concile <»cuménique, par tous les évêques, eiît décision de l'Eglise, •et ne peut s'opposer à leurs droits. Mais l'introduction du nouveau catéchisme ne risque-t-elle pas d'échouer devant l'opposition du peuple qui tient à ses anciens catéchismes? «Pareille opposition n'est pas insurmontable, répond l'archevêque. Il ne s'agit d'ailleurs pas de supprimer d'an coup les anciens catéchismes pour y substituer le nouveau. Qu'on le réserve d'abord aux enfants qui débutent, tout en laissant aux plus âgés le catéchisme auquel ils sont habitués. L'Eglise indiquera d'ailleurs la voie à suivre pour l'introduction du nouveau catéchisme » L'orateur termine bientôt en recommandant l'adoption du schéma. /
Le cardinal Donnet prit ensuite la parole. Cinquante ans de ministère, déclara-t-il (i), m'ont convaincu de la nécessité d'un seul et unique catéchisme. Le besoin en est plus airgent qu'à l'époque du concile de Trente; avec la facilité
(1) Acta. etc., II, 462 sqq.
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des déplacements, le goût des voyages s'est généralisé. On voit des hommes qui n'ont plus de foyer stable; sans cesse,, ils courent de province en province, de paj'S en pays; l'instruction religieuse de leurs enfants est soumise à d'incessantes fluctuations, surtout quand elle fait défaut dans la. famille môme. Voyagent-ils à l'étranger, la langue double la-j difficulté; mais déjà, à passer d'un diocèse à l'autre, il y a degrands inconvénients quand les catéchismes sont différents. Les enfants apprennent quasi mécaniquement; le changement des forjnules entraîne la confusion des idées : nouvelle étude nécessaire, nouveau labeur et, pour tout profit, l'ignorance.
L'orateur trouve à l'unité du catéchisme, un triple avantage : « pureté de doctrine, union plus étroite et plus solide des fidèles entre eux, et attachement plus fort au Saint-Siège. Et qu'on ne dise pas que la puissance du chef suprême s'accroît au détriment des membres. « De même que l'organisme physique tire sa vigueur de la vie générale qui, de la tête et du cœur, circule dans tous les membres, ainsi le corps moral, composé de volontés diverses et partant opposées, tire sa vie et sa force de la volonté suprême qui les dirige toutes. » Le cardinal signale l'écueil du patriotisme exagéré et de l'esprit du siècle : on ne trouverait pas en France, en Allemagne, ailleurs encore, tant de chrétiens pour nier l'autorité et l'infaillibilité du Saint-Siège si, dans leur enfance, ils avaient été solidement instruits sur ces points.
L'orateur suivant, le Cardinal Rauscher, développa la thèse opposée (i). Il s'était déjà prononcé jadis (2) contre l'introduction du catéchisme universel. Depuis lors, aucun des arguments qu'on a fait valoir n'a ébranlé sa conviction. / L'exemple du catéchisme romain est mal choisi : ce caté-
(1) Ibid., II, 465 sqq.
(2) Voir2' volume, p. 260.