CHAPITRE VIII
Rapport de la Dépiitation de la Foi sur le schéma de la première constitution
DE ECCLESIA ChRISTI.
Nous connaissons déjà la teneur du scliéma (i); les troi»| canons qui le terminent sont relatifs aux trois premiers cha-j pitres; laclausule du chapitre quatrième tient lieu de canon.
Ce dernier chapitre devait être le plus discuté./
Suivantla procédure indiquée parle décretdu 20 février (2), le nouveau schéma avait déjà été soumis aux membres du concile; il formait alors le chapitre onzième et le caput adden-^i dum de la constitution antérieure de Ecclesia. Les observa- j tions qu'il avait provoquées furent discutées par la Députa-' tation de la Foi, dans le sens indiqué par l'exposé de Schraderj et de Maier (3); Ja députation résolut de fondre les deux rapports en un seul, et de le communiquer aux Pères en même temps que le nouveau schéma, ce qui fut fait le 9 mai.
La première partie du rapport (4) constate qu'un schémaspécial sur la primauté du pontife romain concilie tout ensemble le vœu des Pères qui voulaient reporter au début de la constitution le chapitre onzième primitif, et le vœu dej
(1)C. ^'.,269a. sqq.
(2)lbid., 67 a. sqq. Voir 2' volume, p.
(3) Voir plus haut, p. 292 sq.
(4) G. V.,274b. sqq.
plusieurs autres qui proposaient de sectionner le chapitre en plusieurs chapitres indépendants. La forme de l'exposé a motivé des avis contradictoires : elle a semblé à quelques-uns trop sèche, à d'autres trop recherchée; au reste, la plupart des Pères n'y ont rien trouvé à reprendre, et, de son côté, la Députation a cru bon de suivre l'exemple des conciles précédents. La doctrine sur les droits épiscopaux, dont on avait remarqué l'omission, est en partie traitée dans le nouveau schéma, et le sera plus à fond dans la seconde constitution de Ecclesia.
La seconde partie du rapport, la plus longue et la plus détaillée, porte sur les critiques relatives à tel ou tel paragraphe de la constitution, accepte les unes, rejette les autres, avec des considérants aussi brefs que solides./
Ainsi, le schémaavait prouvé la primauté de S. Pierre, par le texte de S. Matthieu i6, i8 : « Tu es Pierre, etc. » Certains observèrent qu'il fallait y adjoindre la phrase précédente : « Je te dis », pour bien montrer que les paroles du Christ sWressent immédiatement à Pierre, et à Pierre seul; d'autres objectaient que Jésus avait accordé, non à Pierre seul, mais à tous les apôtres les susdites prérogatives : le pouvoir d'enseigner, par ces paroles : « Allez et enseignez », le pouvoir de lier et de délier, par les paroles: ((Tout ce que vous lierez », et le pouvoir de gouverner, puisqu'il est dit de tous les évoques : « Etablis par l'Esprit-Saint pour gouverner l'Eglise de Dieu (i) ». Le rapporteur répond (2) que pareilles objections contredisent la doctrine, communément professée par les exégètes et les théologiens catholiques, suivant laquelle : i" les paroles citées par le schéma s'adressent à Pierre seul, à l'exclusion des autres apôtres, tandis que les paroles adressées
(i) Observations 16 et 39. D'après les documents qui se trouvent aux archives, elles proviennent de M"Maret, autrement dit de M" Dupanloup. Voir Friedrich, Documenta, II, 188 et 198 sq.
(2:C. r.,27ob. sq.
aux autres apôtres s'adressent aussi à Pierre ; 2° les pâroleâ adressées à Pierre seul l'établissent prince des apôtres; dans l'explication des autres, il faut tenir compte de la différence qui existait déjà entre Pierre et le reste du collège apostolique ; 3° tout ce qui est dit des apôtres en général vaut aussi pour Pierre seul, mais l'inverse n'est pas vrai ; 4*^ enfin c'est dans lapersonne de Pierre qu'a été institué le pouvoir apostolique destiné de par droit divin, à passer à ses successeurs avec sa suprême autorité apostolique et sans interruption.
Aussi est-il dit que Pierre — non les autres aj^ôtres — a possédé la juridiction apostolique ordinaire; et la différence entre Pierre et les apôtres est ainsi très nette, mais elle l'est plus encore entre les successeurs de Pierre et les successeurs des autres apôtres, c'est-à-dire les évêques en particulier ou le corps épiscopal pris dans son ensemble. Telle est la réponse de la Dépu cation de la Foi. /
X-a partie de beaucoup la plus étendue du rapport traitait évidemment des observations sur le chapitre de l'infaillibilité du Pape (i) : d'abord de celles qui ne demandaient que de petites modifications au schéma; puis de celles qui réclamaient une refonte complète; enfin de celles qui proposaient le rejet total du chapitre.
Parmi les raisons extrinsèques de maintenir le chapitre, notons la volonté et l'autorité de la majorité du concile; les raisons intrinsèques tirent leur valeur du fait que les preuves mises en avant par le schéma sont empruntées aux meilleures sources : formules de foi des conciles œcuméniques antérieurs, de ceux principalement qui réunissaient l'Orient et l'Occident dans la même foi et la même charité; textes scripturaires, exprimant, sinon dans les termes, du moins très clairement le sens plein delà vérité à définir. Par sa définition, le concile du Vatican ne ferait qu'affirmer
ii)C. F., 277 d. -290c.
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explicitement la doctrine des conciles précédents, développer, en la continuant, la croj^ance des anciens conciles, comme ils ont fait eux-mêmes par rapport à d'autres dogmes.
Un des vœux proposait d'ajouter aux formules de foi déjà citées la définition du concile de Florence sur le pontife romain, qui invoque le troisième texte scripturaire classique sur la primauté de S. Pierre. [Jean 21, i5.] Ce texte, pris en lui-même, ou éclairé par la tradition de l'Eglise, prouve clairement l'infaillibilité du prince des apôtres et de ses successeurs. /
Le rapport s'étend longuement sur les motifs invoqués pour écarter toute définition de l'Tnfaillibité ; il défend d'abord contre les objections les plus diverses les arguments donnés par le schéma. La formule d'Hormisdas, le second concile de Lyon, les passages de l'Ecriture Sainte relatifs à cette doctrine font l'objet d'un examen minutieux (i). Suivent les critiques nombreuses de la formule même de définition : l'infaillibilité du Pape ressortant simplement de la croyance catholique n'est pas susceptible de devenir un dogme de foi; l'infaillibilité personnelle du Pape ne peut être prouvée; jamais on ne pourrait prouver qu'elle satisfait aux conditions requises pour une définition e.v cathedra; par la nouvelle doctrine, le Pape, chef de l'Eglise, serait détaché du corps, c'est-à-dire des évêques; l'objet de l'infaillibilité est difficile à circonscrire ; enfin le terme même d'infaillibilité risque d'être diversement interprété et de créer des malentendus. A toutes ces difficultés le rapport répond brièvement (2).
Il examine, dans le dernier paragraphe et plutôt à la lumière des principes, les objections tirées de l'histoire de l'Eglise (3), et discute enfin, très à fond, le célèbre canon de
(1) Ibid., 279 d. -283c.
(2)Ibid.,283d.-287b.
l3) Ibid., 287 b. -288 d.
d34 HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
Vincent de Lérins : qiiod seniper, qiiod nbiqiie, qiiod ab omnibus {i). Les principes de solution des difficultés historiques méritent une mention ; les voici :
1° L'Infaillibilité une fois prouvée invinciblement comme vérité diviaeraent révélée, il est impossible qu'elle soit fausse, à raison de faits historiques. Les faits de ce genre qu'on pourrait alléguer, en tant qu'ils contredisent cette doctrine, sont controuvés. /
2° Il faut ajouter que si l'Infaillibilité est démontrée comme vérité révélée, c'est à dire primordiale, purement et simplement primitive, en vertu de l'axiome appliqué déjà par Tertullien elle se trouve in possessione, en face de toute opinion ou conclusion opposée, et ne peut être évincée. La même conclusion ressort de la doctrine du concile du Vatican, au chapitre quatrième de la constitution de fîde catholica, à savoir que « toute doctrine opposée à la foi éclairée doit être tenue pour fausse ».
3" La définition dogmatique de l'Iufaillibilité requiert, et requiert seulement, que la doctrine paraisse aux Pères du concile divinement révélée par les sources de la foi : l'Ecriture-Sainte et la Tradition; ce n'est pas tant aux Pères qu'aux écoles théologiques, que revient la charge de résoudre les difficultés tirées d'ailleurs, et Ton sait si elles ont depuis longtemps rempli leur devoir Les difficultés de l'histoire ne sont, au reste, point nouvelles et elles ont été (lors des controverses avec les protestants, les jansénistes, les fébroniens et autres) si brillamment résolues, que les Pères, en les soumettant à un nouvel examen, donneraient à croire que les objections faites à la vérité catholique ont eu et conservent une réelle importance, ou bien que la vérité révélée et la doctrine de l'Eglise n'ont pas encore été exposées et défendues comme il faut. Qu'on s'en tienne donc aux auteurs sérieux qui font
(1) Ibi<i.,289a -290 c Sur Vincent de Lérins, voir plus haut, p. 49 sqq.
autorité et qui, avec les objections relatives à l'infaillibilité, ont exposé les règles principales pour les réfuter,
4° C'est un principe courant dans toutes les sciences, et important surtout dans les choses de la foi divine, qu'une vérité, établie par les moyons propres d'une science, peut être conciliée avec les difficultés ou hj^pothèses contraires par toute solution probable, toute raison solide. /Or, les plus graves difficultés historiques opposées à l'infaillibilité du Pape ont trouvé aujourd'hui une solution pleinement satisfaisante, et le rapport énumère les ouvrages où ces solutions sont exposées.
Tel est le résumé du rapport ; il n'a pas manqué à la tâche que lui avait assignée la Députation de la Foi. Les difficultés étaient résolues en principe (i); elles pourraient l'être en détail par les membres de la Députation, si elles s'offraient à nouveau dans la Congrégation générale. Eux aussi, nous le verrons, furent à la hauteur des circonstances.
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U) Voir plu» haut p. 122.