RAPPORT DE M^^ PIE 14Ï
qiiemadniodum etiam,etc., dans la formule de foi du concile de Florence, addition qui manquait dans le schéma primitif. Ces mots avaient d'abord été laissés de côté parce qu'ils ont été mal expliqués par beaucoup. Aussi les cinq cents évêques réunis à Rome, il y a trois ans, pour le centenaire des Princes des Apôtres, ne les avaient-ils pas cités, sans craindre le reproche de mutiler le texte. La clausule vient d'être ajoutée sur le désir très légitime d'un grand nombre de Pères, pour donner le symbole de Florence dans son intégrité. On eût mieux fait de ne jamais l'omettre, d'autant que, dans le texte authentique de l'original, loin d'être une restriction, la clausule explique et confirme ce qui précède. De la définition du concile de Florence, le concile du Vatican tire ensuite, sous une forme explicite et impérative, les conclusions niées par les novateurs des derniers siècles (i).
Le nouveau schéma attribue au Pape la potestas jiirisdictionis episcopalis, pour répondre aux instances de nombreux Pères qui désiraient le maintien de ces mots, à cause de la controverse qui subsiste dans leurs diocèses. D'ailleurs les paroles de Jésus-Christ, la tradition et l'histoire s'accordent à prouver, sans doute possible, la juridiction épiscopale du Pape sur l'Eglise universelle, ce dont conviennent les Pères du concile qui ne s'entendent pas tout à fait avec nous sur d'autres paragraphes du schéma. En suivant S. Thomas, le rapporteur montre que rien n'empêche d'attribuer à deux personnes, subordonnées l'une à l'autre, la même juridiction sur une même communauté (2). A l'appui de sa thèse sur la juridiction universelle du Pape, M^' Pie est heureux de citer le témoignage de ses illustres compatriotes, Bossuet et S. Bernard (3). Il se fonde sur l'écrit des évêques orientaux
(i)C. K.,294 d. sqq.
(2)Ibid.,295b. sqq.
(3)Ibid.,29ôc. sqq.
au Pape Symmaque (i) pour prouver l'extension du pouvoi pontifical à tous les rites. / Dans le paragraphe quatrième, fait-il encore remarquer, on a revendiqué la liberté des com munications entre le Pape et les fidèles, sous une forme beaucoup f>lus modérée qu'on n'était en droit de le faire. Le dernier paragraphe traite du recours au Pape comme juge i suprême, en invoquant surtout les paroles du second concile de Lj'on, et repousse le droit d'en appeler des décisions du | Pape (2).
M^"" Pie arrive enfin au chapitre quatrième.
« Nous convenons tous — dit le rapporteur — qu'un con- ? cile général ne saurait passer sous silence la primauté de S. Pierre, objet d'attaques si furieuses et si répétées, depuis I trois siècles. Or, à la notion de juge suprême, en matière | ecclésiastique, et surtout à la primauté dont il a été jusqu'ici) question, se rattache si étroitement le privilège de l'iner-j rance ou de l'infaillibilité, que je suis obligé de me demander «omment le saint concile pourrait s'en désintéresser. Au reste, des raisons extrinsèques bien connues, non moins que l'évolution naturelle des choses, interdisent à l'Kglise de se taire sur le magistère suprême de son chef; le silence créerait à son endroit un préjugé défavorable et tel qu'il n'y en eut jamais contre l'autorité doctrinale de Pierre et de ses successeurs, depuis le jour où Jésus-Christ a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.., » (3)
« L'Introduction de la constitution l'affirme à bon droit : la'', doctrine de ce chapitre appartient à la plus ancienne et à la \ plus ferme croyance de l'Eglise universelle : le Saint-Siège «t l'Eglise romaine, qui ne peut errer, l'ont toujours tenue pourjvraie; la foi et la pratique de l'Eglise l'ont toujours confirmée ; on peut, en effet, déterminer l'époque, le lieu, les
(l)lbid.,298a.
(2)Ibid.,298b. sq.
(3)Jbid.,298c. sq.
RAPPORT DE M*^"" PIE Ho
-circonstances qui virent naître l'opinion opposée, à rencontre •de la croyance du reste de l'univers chrétien, en dépit des protestations des plus célèbres docteurs, et malgré l'opposition de personnages honorés aujourd'hui d'un culte public dans l'Eglise ; des conciles généraux ont exposé la doctrine, ■et la formule même de la définition ne fait qu'exprimer leur témoignage, celui, notamment, des conciles d'union (i) / ». M=r Pie attire l'attention des Pères sur la formule de définition. Elle détermine exactement V objet de l'infaillibilité et son caractère extérieur : le pontife romain « dana la personne de St Pierre » est infaillible « quand il exerce la fonction de docteur suprême de tous les chrétiens ». De la sorte, la définition ne peut être étendue au Pape en tant que personne privée.
La formule détermine encore Vacte spécifique dans l'exercice duquel le Pape est garanti de l'erreur par l'assistance divine, à savoir : quand il définit en vertu de son autorité apostolique. Personne ne croira donc que la définition enveloppe tout acte du Pasteur suprême.
La cause méritoire du privilège est également signalée : c'est la promesse et la prière de Jésus-Christ : « et moi je te dis..., et j'ai prié pour toi... »
La cause efficiente de l'infaillibilité, est l'assistance divine de Jésus-Christ et du Saint-Esprit, en vertu de laquelle le Pape ne pourra jamais se tromper, dans l'exercice nettement circonscrit de sa fonction.
Enfin la matière sur laquelle porte l'Infaillibilité est définie par les mots : dans les questions de foi et de mœurs, et précisée par la déclaration suivante : l'infaillibilité du Pape porte sur les mêmes objets que l'infaillibilité de l'Eglise.
Après avoir exhorté les Pères du Concile à collaborer avec zèle à l'amendement du schéma proposé, l'orateur prie que,
(1)6". V'.,299a. sq.
« par égard pour notre commune dignité, on en finisse avec ce reproche cent fois ressassé que le schéma traite de je ne sais quelle infaillibilité pontificale séparée, qui détacherait le chef de l'Eglise elle-même ». / Quand le Pape, exerçant sa charge de docteur suprême, proclame avec l'assistance de l'Esprit- Saint, sans demander l'assentiment de ses frères dans l'épiscopat, ce qu'il reconnaît clairement être vrai, peut-on dire qu'il se sépare des membres de l'Eglise et que sa foi n'est pas conforme à la leur? Jamais pareille intention ne pourrait être supposée chez un Pape ou dans un concile général, si l'on se souvient des promesses de Jésus-Christ (i). Suit le passage dont l'auteur des Lettres de Rome a étrangement abusé pour discréditer l'évêque de Poitiers (2). Le voici textuellement : « Loin de nous cette gratuite, fantastique et injurieuse image d'une tête séparée de son corps. Cette décollation de Pierre n'est pas plus conforme à la doctrine ecclésiastique qu'à l'histoire de sa vie. Oui, comme le remarquent de vieux auteurs, tandis que Paul, dont l'apostolat n'était que temporaire et extraordinaire, fut décapité ce n'est pas de ce supplice que mourut Pierre, lui qui, dans tous les siècles, devait être la tête de l'Eglise de Dieu. Permettez-moi, Révérendissimes Pères, de vous citer les paroles d'un autre pape décoré du grand nom de Léon, de Léon IX, que la France et l'Allemagne exaltent à l'envi comme leur appartenant. Dans sa lettre à l'empereur de Constantinople Michel, il écrit : « Voilà (3) ce que proclama Pierre, non seulement durant sa » vie, mais par sa mort,quand il demanda à être crucifié la tête » en bas; par une inspiration divine, il voulut figurer cette w première pierre de taille intimement unie et soudée au » fondement, c'est-à-dire à Jésus-Christ, qui, appuyée sur la
(1) C. V., 300 a. sqq.
(2) Voir 3* volume, p. 259 sqq.
(3) C'est-à-dire que l'Eglise est bâtie sur lui, comme sur la pierre. Voir Har- DOuiN, Acta conciliorum, VI, 1, Paris, 1714, col. 930.
RAPPORT DE M^"" PIE l47
» pierre angulaire, porte avec une fermeté inébranlable la » construction de toute l'Eglise, et, soulevant tous les » membres du corps mystique du Christ attachés à son cou )) puissant et nerveux, les élève vers le ciel » (i)./
Dôllinger n'a pas eu honte d'affirmer que M^r pig avait ainsi raisonné : « Le Pape doit être infaillible parce que Pierre a été crucifié la tête en bas, etc » (2).
Ollivier raconte (3) qu'il entendit, lui aussi, des membres du concile répéter l'argument sous cette forme; mais il faut tenir compte de la déformation que la renommée fit subir à la comparaison de Léon IX, assez curieuse il faut l'avouer. Il était naturel qu'on cherchât à lui donner une forme piquante, M^*" Dupanloup lui-même (4) — Friedrich doit le reconnaître • — ne put, deux heures après le discours de M^*" Pie, trouver aux paroles en question un autre sens que celui-ci : Le Pape et l'Eglise ne doivent point être séparés l'un de l'autre. C'est tout ce que l'orateur avait voulu dire.
(1)C. 7., 300 c. sq. Voir 3* volume, p. 260. I (2)QuiRiNus, p. 412.
Q) L'Eglise et l'Etat au concile du Vatican, II, 279. [« Parmi les arguments invo- I qués par le savant prélat, il en est un qui n'a pas été oublié et que j'aibien louj vent entendu répéter par des membres du concile :« Pierre, a-t-il dit, a été cru- I » cifié la tête en bas ; sa tête portait donc tout le poids du corps; n'est-ce pas une I » preuve que le Pape est le fondement de l'Eglise et qu'il est infaillible? »
Ollivier d'ailleurs fait les plus grands éloges de ce discours, « très net, très grave, très doctrinal. »] I (4) Geschichte des Vatikanischen Konùls, HT, 982, note .2.