CHAPITRE III
Les débats sur l' Infaillibilité.
Les débats devaient surtout porter sur l'opportunité de la définition. Mais la doctrine elle-même fut mise en cause. Peu de Pères la niaient; la grande majorité des opposants combattirent la définition comme prématurée ou attirèrent l'attention sur les objections qu'elle rencontrait.
Le premier, M»'" Greith (i), contesta que la doctrine fût solidement établie. — Je n'ai pas été médiocrement surpris, dit-il, d'entendre le rapporteur de la foi parler comme si cette doctrine était d'ores et déjà le dogme le plus certain./ Il n'en est pas ainsi. Xous avons d'abord à chercher si elle est contenue dans la révélation. Nous sommes tous d'accord sur la primauté, ses prérogatives, son magistère enseignant suprême. Xous ne doutons pas davantage de l'infaillibilité de ce magistère quand il est exercé par le chef uni au corps épiscopal. Mais l'infaillibilité personnelle du Pape doit être soumise à un examen préalable. Etudions les raisons qui la fondent, mais sans diminuer ni esquiver les difficultés ; car ce n'est pas en cachant les difficultés qu'on les écarte et l'on ne résoud aucune objection par des falix-fuyants... Il y a encore des objections graves contre l'infaillibilité et les motifs qui l'appuient. Mais elles disparaissent toutes, si nous
(1) 52' congrégation générale (17 mai). Acta, etc., III, 50 sqq.
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suivons saint Antonin qui dit : « Le Pape ne peut errer quand il a recours au concile et à l'aide de l'Eglise universelle (i). »
Contre l'infaillibilité personnelle du Pape s'élèvent, notamment, des difficultés historiques et le concile se doit d'examiner avec le plus grand soin les documents, les actes de l'antiquité ecclésiastique qui se raj)portent à notre question. Enfouis autrefois dans les archives, les documents sont, à l'heure actuelle, accessibles à tous, et si nous omettons cet examen avant la définition, les ennemis de l'Eglise l'entreprendront sans nous, avec parti -pris, pour combattre non seulement l'infaillibilité du Pape, mais celle de toute l'Eglise.
L'orateur proteste, en terminant, qu'il entend rester, comme tous ceux qui partagent son opinion, parmi les plus fidèles partisans du Siège romain, et demande qu'on définisse la doctrine attribuée j^ar lui à S. Antonin. Que si le concile persiste à maintenir les débats sur la doctrine de l'Infaillibilité telle que le schéma l'expose, il émet le vœu de voir confier à une commission spéciale l'examen approfondi de la question. /
M^'' Héfelé succéda à M^"^ Greith. Le grand historien, consacra tout son discours à déveloj)per quelques-unes des objections contre l'Infaillibilité (2).
Jamais, dit-il, en substance, je n'ai ressenti une émotion comparable à celle que j'éprouve maintenant, en face d'un sujet d'une telle gravité et d'une incalculable xjortée ; mais je dois déclarer, en conscience, que je suis opposé à la définition de l'Infaillibilité. Je la déconseille : d'abord à raison des dangers immenses qu'elle renferme en elle-même, ensuite parce qu'elle élève un obstacle redoutable à la conversion
(1) Voir plus haut p. 55 sqq.
(2) 52'Congrégation générale (17 mai). Ac/fl, etc., III, 58 sq.
des âmes séparées de l'Eglise, et enfin parce que la théologie et l'histoire sont contre elle. Je m'en tiendrai au derniei point de vue.
Les conciles, que j'ai si soigneusement étudiés, toute m£ vie, établissent les trois points suivants : i° Les conciles généraux, du premier au dernier, ont maintenu avec une force égale l'infaillibilité de l'Eglise, comme une vérit^ acquise d'avance, sur laquelle reposait leur existence même et leur autorité ; 2° Ils ont constamment attribué au Saint Siège un rôle prépondérant dans la conservation et la défense de la foi contre les doctrines erronées ; 3° Par contreJ des conciles, en certain nombre, ont pris des positions] énoncé des doctrines qui semblent trancher, par la négative 1^ question dont s'occupe actuellement le concile. Cette dernière affirmation demande àêtre expliquée. Vous vous souvenez qu'an milieu du V^ siècle, Entychès, archimandrite de Gonstantinople, grand adversaire de l'hérésie nestorienne, tomba dans l'erreur opposée et en appela à Rome de sa condamnation par Gonstantinople. Le Pape Léon 1^ écrivit : alors sa lettre magnifique snr l'union hypostatique des deux ; natures en Jésus-Christ. Si jamais lettre de Pape a défini , &x cathedra, c'est bien celle-là. Quelque temps après, le même . Pape envoya des délégués au IV^ concile général de Chalcé- >. doine, avec ordre de publier sa lettre. Cette lettre, avec j d'autres documents, en particulier une lettre de Cyrille i d'Alexandrie, fut donc lue dans la seconde session. / Les i Pères, trouvant la lettre du Pape en plein accord avec les » antiques croyances, les symboles de Nicée et de Constant!- ^ nople, il n'y eut qu'un seul cri : « C'est bien la foi de nos i Pères, nous croyons tous ainsi; Pierre a parlé par Léon, ;| Léon a enseigné avec piété et vérité ; ainsi a enseigné Cyrille; | Léon et Cyrille ont professé la même doctrine. » Ainsi donc i les Pères ont soumis la lettre du pape à leur examen, pour j constater si elle était, ou non, orthodoxe; et parce qu'ils la :•
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trouTèrent conforme à l'antique foi, ils l'approuvèrent. Ils se seraient gardés d'agir de la sorte, s'ils avaient connu la doctrine de l'infaillibilité du Pape, et se seraient immédiatement soumis avec humilité. De plus le concile se comporta pour la lettre de Léon comme pour celle de Cyrille : la conclusion est obvie. Les mêmes évêques, dans la quatrième session, durent répondre, par serment, s'ils trouvaient la lettre de Léon conforme avec les symboles de Nicée et de Constantinople. Que leur conduite eut été différente, s'ils avaient tenu le Pape pour infaillible| ! Au reste, les évêqnes du IV concile ne tinrent pas tous la lettre de Léon pour complètement orthodoxe. Ceux de l'Illyrie et de la Palestine estimèrent trois passages suspects, et, dans la seconde session, refusèrent d'adhérer à la lettre. Aucune objection ne fut élevée contre leur droit dediscussion. Le seul concile de Chalcédoine nous offre donc qnatre preuves contre l'infaillibilité du Pape.
L'histoire du V^ concile prêterait à des objections plus graves encore, mais je me hâte d'arriver au VP.
Lorsque l'erreur monothélite troublait l'Eglise, au VIP siècle, le pape Agathon convoqua à Rome un synode préliminaire. Il envoya ensuite des délégués, porteurs d'une lettre de lui et du synode de Rome, au VI* concile oecuménique, réuni à Constantinople, et exhorta les évêques à exposer la vraie foi contenue dans sa lettre. Mais le concile ne voulut pas considérer la lettre comme émanant d'une autorité infaillible ; il l'examina dans sa septième session, et ne l'approuvra que l'examen une fois achevé.
Le VIP et le VIII^ conciles œcuméniques procédèrent de la même manière, pour la lettre d'Adrien I'"" et la formule d'Adrien II. /
Je ne puis adopter la distinction entre le droit de confirmer et le droit de désapprouver par laquelle le rapport de Députati<5h de la Foi prétend résoudre ces difficultés. Celui qui a le droit d'approuver jouit également du droit d'improu-
ver, sans quoi le premier droit est purement apparent.
On objectera peut-être que le VP concile a précisément reconnu l'infaillibilité du Pape, du fait qu'il sanctionna la lettre d'Agathon, où la doctrine est énoncée. Mais il est douteux que le pape Agatlion parle de l'infaillibilité dans le sens où elle est enseignée maintenant (dans le schéma) ; puis le VI* concile n'a pas approuvé chaque mot de la lettre, mais seulement la doctrine sur les deux volontés en Jésus-Christ.
Il est encore dit dans le rapport, continue M-'" Héfélé, que l'infaillibilité du Pape est une vérité divinement révélée ; par conséquent, les faits historiques qui s'y opposent ou bien ne sont pas des faits historiques vrais, ou peuvent être mis d'accord avec cette doctrine. — Je ne puis me déclarer satisfait de cette argumentation. Elle suppose comme certain ce qui est à prouver, et présente comme admis ce que nous nions ou ce dont nous doutons à bon droit. Dans la canonisation d'un serviteur de Dieu déjà regardé comme un saint par beaucoup, on ne présuppose pas sa sainteté comme un axiome, pour expliquer d'après cela tous les faits historiques qui s'opposent à la canonisation et pour ôter tout obstacle; mais tous les faits historiques sont examinés avec le plus grand soin avant de procéder à la canonisation. Il faut faire de même pour la définition de l'infaillibilité du Pape.
Le rapport attire encore notre attention sur les livres parus pour résoudre les difficultés historiques. J'ai lu les meilleurs de ces écrits et d'autres encore, et j'ai gardé mes doutes. Ainsi j'ai étudié attentivement un livre, mentionné par la Députation, sur la question d'Honorius, livre écrit en partie contre moi. La thèse principale de l'auteur est qu'Honorius ne fut pas condamné par le YP concile lui-même, mais seulement par les évêques orientaux présents au concile et qui ne représentaient que la moitié de l'Eglise. Il s'ensuivrait tout au plus que cette unique moitié n'a pas connu l'infaillibilité du Pape. / Mais, outre les orientaux, ont
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aussi souscrit la coiidamnatioa d'Honorius : les trois légats pontificaux, les quatre députés du synode de Rome, qui précéda le VP concile, les évêques de l'Illyrie, en un mot tous les représentants de l'Eglise d'Occident. Ceux-ci n'étaient donc pas davantage convaincus de la doctrine que nous xivons à définir (i).
Je conclus. Sous le rapport de l'obéissance et du respect 4us au Siège Apostolique, je ne le cède à personne. Mais je tiens pour illicite la proclamation solennelle de l'infaillibilité du Pape. Car vous devez formuler votre jugement, non d'après la doctrine de l'une ou l'autre école, mais d'après la pratique unanime et constante, d'après la croyance de l'Eglise universelle. Nous ne sommes pas des arbitres, mais •des témoins, témoins non d'une doctrine inventée i)ar notre raison, comme dit Vincent de Lérins, mais d'une doctrine transmise parla tradition. Voilà pourquoi j'atteste présentement devant Dieu ce que j'ai appris depuis mon enfance, ce que j'ai entendu dans les leçons de théologie, ce que j'ai trouvé ensuite moi-même dans les ouvrages des Pères et ■dans les actes des conciles.
Dans la congrégation générale du i8 mai, M»"" Garcia- Gil prit la parole, comme membre de la Députation de la Foi, pour répondre aux objections contre le schéma. Il s'attacha surtout à réfuter celles de M»"" Héfelé (2). On avait reproché au rapport d'escamoter les difficultés, en donnant l'Infaillibilité comme certaine. / En réalité, la Députation,
(1) Si l'auteur de cet écrit (M" Héfelé veut dire Pennacui, Disserlatio de Honorio Papa) soutient qu'Hoaorius nelutpascondamué par le V concile, mais seulement par les Pères qui y furent présents, il attaque d'une façon fort juste la thèse principale de M'' Héfklé, 6'aMsa Honorii Papae, p. 10 sqq., lequel affirme constamment que le concile œcuménique condamna Honorius.Il appelle ensuite ces Pères des Orientaux, parce que c'était, en masse, des Orientaux. M" Héfelé soulève une objection toute nouvelle quand il dit que tant d'évêques ne savaient rien de l'infaillibilité du Pape. A cette difficulté il faudrait assurément une autre réponse qu'à l'objection soulevée par lui dans son ouvrage.
Cl) Acta, etc., III, 67 sqq.
s'est trouvée dans l'impossibilité de répondre à toutes lesobjections soulevées contre la doctrine ; elle s'est donc bornée à dire que des arguments trop certains démontraient l'Infaillibilité comme vérité de foi, — non définie encore^, sans doute, mais pleinement démontrée par les sources de la foi, — pour qu'il fût nécessaire de résoudre directement cha-^ cune des objections historiques.
Si le dogme de la Trinité ou de l'Incarnalion n'avaient pu être établis avant que toutes les objections eussent été directement et pleinement réfutées, jamais on n'aurait pu défendre un dogme, ni affirmer une vérité comme certaine,. Non, la Députation ne suppose rien qui ne soit certainement prouvé. Elle dit ceci : par des preuves indiscutables, tirées de l'Ecriture- Sainte et des conciles, il est établi que le Pape est infaillible. Dans ce cas, point n'est besoin d'entrer dans l'examen de chaque objection, de la résoudre à fond. Un& réponse acceptable, probable, suffit.
M^'"Garcia Gilne repondit pasàl'objection tirée de la canonisation d'un serviteur de Dieu. Dans un discours ultérieur, M^'" Rota (i) fit voir que l'exemple était mal choisi. « La canonisation, dit-il, ne soulève qu'une question de fait ; l'authenticité des miracles et de la sainteté du serviteur de Dieu. Dans notre cas, il s'agit de savoir si l'Infaillibilité fait partie du contenu de la Révélation. Une fois ce point établi^ peu importent les objections historiques qu'on lui oppose; ne négligerait-on pas les objections d'ordre historique, soulevées dans une canonisation, si Dieu montrait à certains signes que le serviteur de Dieu est réellement du nombre des Saints ? Si donc l'Ecriture-Sainte, la tradition, la croyance universelle de l'Eglise, et, d'une façon générale, les ^sources où les conciles puisent leurs définitions démontrent
(1) 58' Congrégation générale (24 mai). Acta, etc., 111.264.
RÉPONSES AUX OBJECTIONS i69
que le Pape est infaillible, ou n'a pins à tenir compte des objections : elles manquent de base (i) / ».
Sur l'examen fait par les conciles des lettres des Papes, et l'objection qu'on en tire, voici les remarques de l'archevêque de Saragosse : Il peut y avoir différents motifs de soumettre une question à l'examen ; on veut élucider un point douteux, mettre en pleine lumière une vérité déjà connue, mais encore obscure ; on veut fortifier ceux qui doutent ou qui sont faibles dans la foi ; enfin — et c'est une raison fréquente, nécessaire, pour les théologiens et les Pères, — on veut expliquer à fond un sujet, pour en mieux rendre compte et le défendre. Aujourd'hui encore, les théologiens discutent sur la Trinité et l'Incarnation, et en pèsent les preuves. Xon qu'ils doutent, mais ils veulent mieux éprouver la solidité de ces vérités et les exposer à d'autres avec plus de clarté .
La réponse de M^'' Garcia-Gil demande à être complétée par le rapportde la Députation de la Foi. Il y est dit que les conciles pouvaient porter un jugement sur une vérité déjà définie, sans avoir, pour autant, le droit de la rejeter. C'est donc à tort que M^'' Héfelé déclare qu'une approbation n'est possible que si elle implique le droit de désapprouver.
Que faut-il pour une approbation ? Deux choses: un examen portant sur l'exactitude de la doctrine à confirmer ;. une déclaration solennelle la reconnaissant. Suj)posons un juge qui doit se prononcer dans une affaire criminelle. Il sait parfaitement que l'accusé est innocent, mais il le sait par des voies qu'il lui est impossible d'utiliser comme juge. / Est-il pour autant incapable de pousser plus loin son enquête et d'acquitter l'accusé quand il a reconnu son innocence par voie judiciaire ?
L'application saute aux yeux. Les Pères de Chalcédoine examinèrent si la lettre du Pape Léon était conforme à l'an-
(1) Acta, III, 265.
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tique croj'ance, et reconnurent, par une décision conciliaire qu'il en était ainsi. Ils le savaient déjà, puisque la lettre du Pape avait un caractère d'autorité. Mais tout examen n'était pas pour cela interdit. Le Pape lui-même l'avait voulu, et s'il demandait un jugement conciliaire, il voulait l'examen nécessaire avant de le porter. M«r Gil prouve qu'il pouvaH y avoir des motifs à un pareil ordre du Pape (i).
Qu'il soit possible d'approuver, même quand la désappro bation n'est plus permise, cela ressort aussi du fait qu'un concile peut définir à nouveau une vérité déjà définie par un concile antérieur. «L'histoire du concile de Trente, dit plus tard M^'"" Guastaldi (2), en est la preuve éclatante. Lorsque le concile traita du Canon de l'Ancien et du Xouveau Testa ment, les Pères se demandèrent s'il fallait recourir à un nouvel examen Mais on craignit de nuire à l'autorité des anciens Pères qui avaient déjà fait l'examen. On répondit : nous n'examinons pas pour rejeter, mais pour -confirmer, afin de montrer aux Protestants que nous n'avons rien décrété que nous n'ayions auparavant examiné On refit donc l'examen, bien qu'on reconnût l'entière valeui du premier examen et de l'ancienne définition. »
La fin du discours de M^"^ Garcia Gil fut consacrée à la ■question d'Honorius. Comme elle a été précédemment
{!) M" de Ketteler lui aussi affirme (57*Congrégation générale [23 maij. Ada, etc., 111,223), qu'un jugement est impossible, si la sentence du juge est fixée d'avance; aucun juge du monde n'accepterait de rendre un semblable jugement. — Mais l'impossibilité d'un jugement de ce genre ne vient pas de la nature du jugement, mais d'une circonstance : en affaires séculières le juge ne peut être obligé par aucune autorité à prononcer une sentence déterminée. Supposons, par exemple, que dans l'histoire de Suzanne, le juge ait été instruit de l'innocence de l'accusée par révélation divine et qu'en même temps Dieu lui ait défendu de prononcer la culpabilité de celle qu'il venait de lui montrer innocente, rien n'aurait empêché le juge de faire son enquête comme il fit de fait et de prononcer ensuite la sentence qu'il prononça. Dans le cas présent une condamnation était impossible et illicite, mais un acquittement restait possible.
(2) 61* Congrégation générale (30 mai). Ada, etc., 111,390.
NOUVELLES OBJECTIONS i7i
traitée et que nous aurons bientôt à y revenir, nous ne pousserons pas plus loin le résumé de ce discours.
Les cardinaux S chwarzenberg, Donnet et Rausclier lui succédèrent à la tribune. Le cardinal Donnet prit très franchement parti pour le schéma tel qu'il était proposé. « Je me tiens pour obligé, devant Dieu et devant les hommes, devant toute la cour céleste et le concile oecuménique, en face du trône de ,.Pie IX et du tombeau de Pierre, de confesser ma foi, celle de mes diocésains et de mon clergé. . . d'élever la voix pour exprimer l'assentiment plénier avec lequel j'embrasse et j)rofesse la doctrine de l'infaillibilité du Pape (i). »
Les cardinaux Schwarzenberg et Rauscher parlèrent conlitre la définition. « Je me vois contraint d'affirmer, dit le preaiier, que la question n'est pas encore mûre, ni suffisamment "éclaircie au point de vue théologique. Parmi nous régnent •des opinions diverses : la plupart des Pères et aussi la Députation de la Foi, son rapport l'atteste, sont pleinement -certains de la doctrine ; d'ores et déjà ils la considèrent comme article de foi et affirment qu'elle est reconnue et enseignée par tous les catholiques. C'est ce que nous nions, pour les raisons les plus sérieuses. Nous concédons que c'est une doctrine de théologiens, mais une doctrine que nient -d'autres théologiens, en grand nombre et d'égale autorité, non seulement en Allemagne et en Autriche, mais encore «en France, en Angleterre et en Amérique. Non seulement les textes scripturaires.mais encore les documents de la tradition «ont expliqués par les catholiques d'une façon différente. / On prétend le contraire ; mais on ne peut pas effacer les -écrits des saints Pères, on ne peut pas faire disparaître des Ibibliothèques les écrits des théologiens anciens et récents, -qui tiennent pour vraies d'autres explications . Enfin les -difficultés, que l'histoire nous oppose avec tant de netteté.
<(!) Ada, etc.,lll. 83.
demandent encore une solution satisfaisante. On ne doit pas pour une école laisser de côté d'autres écoles surtout si elles sont plus anciennes. » (i)
Nous connaissons l'opinion de M^"" Rausclier sur la doctrine de l'infaillibilité du Pape par son écrit Observationes quaedam de infallibilUatis Ecclesiae subjecto (2). Nous en retrouvons les pensées dans son discours, dont M^"^ Héfelé donna lecture (3). Ce discours débute, comme l'écrit, par l'exposé des points sur lesquels tous sont d'accord, ',mais la^ question se pose de savoir si quelqu'un, sans pécher contre^ la foi, peut admettre que les définitions du Pape en matière de foi et de mœurs, puissent avoir besoin d'être amendées^ La majorité des Pères ne le pense pas. Pour lui, il ne peut se rallier à cette opinion, à cause d'un certain nombre d'objections insolubles, à ce qu'il lui semble.
Les objections sont les suivantes (4) : Ceux qui désirent la définition de l'infaillibilité du Pape supposent ce qui est en question, que la doctrine de l'infaillibilité du Pape est a déjà un dogme de foi. Cette affirmation ne concorde pas avec la vérité, et il est contraire à la charité chrétienne de traiter presque d'hérétiques ceux qui sont d'un avis opposé. S. Antonin favorisait-il une hérésie, quand il exposa une doctrine,, que tous les Pères opposés à l'infaillibilité admettraient volontiers? Oublie-t-on qu'Innocent XI loua dans deux lettres, l'exposé de la foi catholique par Bossuet, où il est dit que l'Infaillibilité ne fait point partie du dépôt de la foi ?
L'orateur répète ensuite l'allégation du cardinal Schwarzenberg (5), que deux périodiques catholiques bien connu» (la Civiltà et L'Univers) sont les instigateurs de toutes les
{ij Acta, m, 8i.
(2) Voir plus haut, p. 20 sqf|
(3) Acta, etc., III, 87 sqq.
(4) lbid.,111, 89 sqq
(5) Ibid., III, Si.